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Monde

Du nouveau dans l’enquête

Assassinat de Marielle Franco. Un conseiller municipal de droite et un ex flic mis en cause

Près de deux mois après l’assassinat de la militante afro-féministe du PSOL, Marielle Franco, en plein centre de Rio, et alors que l’enquête piétine, un nouveau témoignage vient relancer l’affaire, mettant en cause un ancien policier et un conseiller municipal. Un meurtre qui aurait été commandité pour faire cesser des activités jugées « dérangeantes ».

Il y a près de 60 jours, Marielle Franco, 38 ans, militante du Parti Socialisme et Liberté (PSOL) et conseillère municipale de Rio rentrait d’une rencontre afro-féministe lorsqu’elle, et le conducteur de la voiture dans laquelle elle se trouvait, furent froidement exécutés de plusieurs balles dans la tête. Dans l’opinion publique, fortement remuée par les évènements, les soupçons se tournent rapidement vers la Police Militaire dont Marielle dénonçait les exactions dans les quartiers populaires de Rio, en particulier depuis la mise sous tutelle de la ville par le président Michel Temer. Quelques jours plus tard, la chaîne de télévision brésilienne, TV Globo, renforçait cette hypothèse en révélant que les balles qui avaient servi à tuer la militante du PSOL provenaient d’un stock vendu à la police fédéral en 2006.

Depuis ces révélations, l’enquête piétine, vraisemblablement car ceux chargés de l’affaire en sont aussi les principaux suspects. Mardi, le quotidien O Globo relançait l’affaire en révélant un témoignage mettant directement en cause un élu municipal siégeant avec la droite, Marcello Siciliano, et un ex-policier devenu membre d’une milice paramilitaire, Orlando Oliveira de Araujo. D’après le témoin, les activités de Marielle Franco, notamment les actions sociales et politiques qu’elle menait dans les favelas, étaient devenues « gênantes » pour les deux hommes qui « collaboraient » dans la zone Ouest de Rio. Selon ce nouveau témoin, le conseiller municipal en question y finançait plusieurs groupes paramilitaires. Le témoin, qui affirme que le meurtre de Franco était prémédité depuis juin 2017, dit avoir participé à plusieurs réunions en présence des deux hommes durant lesquelles les détails de l’exécution étaient discutés.

L’informateur, aujourd’hui sous protection policière, avait été contraint deux ans durant de travailler pour la milice dirigée par Oliveira de Araujo après que celle-ci avait pris le contrôle de la communauté dans laquelle il travaillait. Les milices paramilitaires, formées surtout d’anciens policiers et de policiers et apparues il y a une vingtaine d’années dans le cadre de la « guerre contre la drogue » (ou, plutôt, de la guerre pour le contrôle du territoire et du trafic) dans les quartiers pauvres de Rio, sèment aujourd’hui la terreur avec des systèmes sophistiqués d’extorsion et de corruption.

La décision de mise sous tutelle du président Temer, dont la volonté affichée était de mettre un terme à la violence dans les favelas mais qui visait surtout à réprimer les mobilisations contre les réformes du travail et de la sécurité sociale et de blinder le régime à la suite du coup d’Etat institutionnel contre l’ancienne présidente Dilma Rousseff et la mise en accusation de Lula, loin d’améliorer la situation, l’a empirée. C’est ce dont attestent les nombreux assassinats de jeunes de favelas par la police militaire ces derniers mois. C’est notamment contre ces violences que se dressait la conseillère municipale, Marielle Franco, au moment où elle a été assassinée.

Caroline Cacau, membre de la direction du Mouvement Révolutionnaire des Travailleurs à Rio, dénonce les multiples manquements dans l’enquête sur le meurtre de Marielle Franco, tels que des témoins oculaires qui n’ont pas été entendus ou la non-exploitation du fait que les caméras municipales présentes sur le chemin de la voiture de Franco avaient été éteintes à l’avance.

« Cette information ne fait que montrer la responsabilité directe de la police et de l’État dans ce crime » dit-elle, avant d’ajouter : « Nous avons besoin d’une enquête indépendante pour que cette affaire soit vraiment résolue […] C’est pourquoi nous devons exiger une commission d’enquête indépendante de l’Etat, et qui soit composée de parlementaires PSOL (parti de Marielle), des organisations de défense des droits de l’homme, des représentants des syndicats, des intellectuels, des spécialistes de la crise sociale de Rio de Janeiro et de celles et ceux qui ont la confiance des classes populaires à Rio ».




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