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Politique

Lecteur de Valeurs Actuelles, amateur de Dupont-Aignan…

Au lycée de Stains (93), les enseignants s’opposent à la nomination d’un gendarme à la direction

Au lycée Utrillo de Stains (93), les difficultés sont grandissantes : dans un climat de violence qui touche élèves et enseignants, la rentrée 2018 s’est faite avec deux CPE et plusieurs enseignants manquants. La solution du rectorat de Créteil, dans la droite ligne sécuritaire des nouvelles recommandations « Blanquer-Castaner » : un « chef d’escadron de la gendarmerie en détachement » en guise de proviseur adjoint. Pas question pour les enseignants qui refusent de voir « l’école publique comme l’antichambre d’un commissariat ».

Crédits Photo Cha Gonzalez

Les enseignants du lycée Utrillo de Stains en attestent : le nouveau proviseur adjoint nommé dans leur établissement est non seulement un gendarme qui « assurera des fonctions de sécurité en lien avec la préfecture », selon les mots de leur direction, mais, à en croire sa page Facebook dont les contenus ont été depuis effacés, il serait un lecteur du très droitier journal « Valeurs Actuelles », et amateur de l’homme politique d’extrême-droite, Nicolas Dupont-Aignan (parti Debout la France). Des opinions d’extrême-droite et une fonction qui présagent du pire pour les enseignants. Ces deniers connaissent les méfaits stigmatisants des forces de l’ordre envers leurs élèves que ce soit lors des sorties scolaires ou aux abords des établissements
Dans une tribune parue sur le BondyBlog, les personnels d’éducation d’Utrillo dénoncent une volonté de transformer « l’école publique […] en commissariat », et de faire du lycée Maurice Utrillo la laboratoire des nouvelles mesures répressives « Blanquer-Castaner » pour répondre aux violences qui sont livrées dans et surtout hors des établissements.

Ils s’étonnent, surtout, de la capacité du Rectorat à créer « des postes exceptionnels » pour un poste de « chargé de sécurité » alors qu’eux-mêmes n’ont obtenu que peu de réponse « après de multiples audiences au Rectorat de Créteil (pour obtenir que des professeurs soient remplacés, pour renforcer l’équipe de vie scolaire, pour plus d’infirmières, de psychologues, d’assistantes sociales ». Après les épisodes de violence en mars 2018, le rectorat de Créteil n’avait pas réagi.

Des moyens qui diminuent, des violences qui s’installent

La nomination de ce gendarme n’est sans doute pas sans lien avec les épisodes de violences, en particulier liées à des rixes, qui ont marqué la fin d’année 2017-2018 au lycée Maurice Utrillo. En mars, suite à une intrusion dans l’enceinte du lycée, des lycéens sont agressés à la machette et au marteau. Au mois d’avril, les affrontements entre bandes rivales aux bords du lycée se multiplient. Les enseignants qui craignent pour la vie et les conditions d’étude de leurs élèves décrivent alors une « atmosphère de chaos ». Mais pour les personnels d’éducation, la réponse du Rectorat, qui a rogné sur les moyens accordés depuis quelques années, est parfaitement inadaptée.

En effet, à la rentrée 2017-2018, à Utrillo comme ailleurs, on subit la suppression des 200 000 emplois aidés : trois postes de vie scolaire y sont supprimés. Dès septembre, première mobilisation sans succès, puis en janvier, après une grève de 10 jours unanimement suivie par l’ensemble des CPE et des Assistants d’Education – fait rare -, le rectorat cède la réouverture d’un poste sur les trois. Il en manque toujours deux. Par ailleurs, les effectifs des élèves, comme ailleurs sur le département, continuent eux de grimper. Les conditions de prise en charge des élèves s’affaissent drastiquement.

Il manque toujours, depuis la rentrée 2018-2019 « deux CPE sur quatre et plusieurs enseignants (de sciences économiques et sociales, de mathématiques, de vente, d’anglais) » explique la tribune du BondyBlog. Et l’établissement n’a plus les moyens « de proposer des entrainements aux examens le samedi matin ou des stages durant les vacances », de « dispenser des cours de théâtres ou d’histoire de l’art aux classes de seconde ». Une situation qui rend d’autant plus scandaleuse la nomination.

Appel à la grève le 5 novembre contre les lycées casernes !

« Au risque d’être blâmés, nous ne reconnaissons pas l’autorité de ce nouveau proviseur adjoint comme nous ne reconnaîtrons jamais, dans l’enceinte d’une école, l’autorité d’un gendarme sur un enseignant, sur un CPE, sur un assistant d’éducation ou sur un élève » indiquent les personnels qui appellent à une journée de grève le lundi 5 novembre et enjoignent leurs collègues du district à les y rejoindre.
« A l’heure où les ministres de l’Intérieur et de l’Education se déclarent favorables à la présence de policiers dans les établissements, il paraît clair que notre mobilisation dépasse l’enjeu local » explique le communiqué des personnels d’Utrillo. Et la réponse qu’ils apportent aux propositions sécuritaires et répressives du duo « Blanquer-Castaner » donne la marche à suivre.




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