Société

Bas-les-pattes

Bure, le nouveau Notre-Dame-Des-Landes

Publié le 28 juillet 2016

Fabien Saez

Nous sommes à Bure, minuscule village de 82 habitants, coincé entre la Meuse et la Haute-Marne. Le village est (in)connu pour son lavoir, sa terre calcaire, son champ d’éoliennes, et bientôt son site d’enfouissement de déchets nucléaires.

En effet, le petit village avait tout pour rester paisible, hormis son sol « à fort potentiel géothermique », qui a décidé l’Agence pour la gestion des déchets radioactifs ( l’Andra) à y établir son projet Cigéo. C’est-à-dire, son projet d’enfouissement souterrain des déchets radioactifs à 500 mètres, sur une surface de 15 km2, pouvant accueillir jusqu’à 83500 m3 de déchets.Le projet d’Andra consiste à installer dans le bois Lejuc, situé sur le territoire de la commune de Bure, des « cheminées d’aération des galeries souterraines » afin d’y stocker, ce que le numéro 2 de l’agence, Jean-Paul Baillet appelle « des cochonneries ». Celles-ci sont générées par les centrales françaises et sont classées en différentes catégories, selon leur radioactivité et leur durée de vie, les déchets que l’Andra projette d’enfouir à Bure sont les plus dangereux.

L’Andra a, malgré les recours judiciaires des habitants (toujours en cours d’examination par la justice) et des associations écologistes, débuté les travaux en juin dernier, et a d’ores et déjà annoncé, que ceux-ci coûteraient 35 milliards d’euros et dureraient jusqu’en 2156...

Comme à Tchernobyl, à Fukushima et ailleurs, les autorités annoncent que le site sera « sécurisé », qu’il n’y a « aucun risque », et que les riverains n’auront pas à se plaindre du projet.

Cependant, les habitants ne sont pas dupes de la propagande de l’agence et comptent bien ne pas se laisser faire. D’autant qu’ils bénéficient du soutien de nombreuses associations environnementales, notamment du réseau « Sortir du nucléaire ». Malheureusement, l’affrontement entre les deux parties consiste désormais en un « dialogue de sourds », depuis que l’Andra a fait évacuer par les forces de l’ordre, le Bois Lejuc, et a construit un mur autour de celui-ci pour continuer ses travaux à l’abri des regards.

Depuis lors, la lutte antinucléaire s’organise avec les habitants, ainsi qu’avec de nouveaux militants, venant de différents horizons (écologistes, libertaires, militants des Nuit Debout, extrême-gauche...), depuis la « Maison de la Résistance » de Bure.

Avec ce nouvel élan d’habitants engagés pour la défense de leurs terres, et de l’environnement, la bataille autour du site d’enfouissement de déchets nucléaires de Bure semble partie pour durer, car depuis NDDL, la population française ne laisse plus de lointains technocrates, partisans du « progrès », décider de son avenir.