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Politique

A droite toute… pour mieux frayer la voie de l’extrême droite

Ce que signifie le maintien de Fillon dans la course à la présidentielle

Juppé ayant fini par jeter l’éponge, c’est Fillon qui réussit à reprendre la main à la suite de la manifestation de dimanche. Lundi soir, le Comité Politique des Républicains lui a renouvelé son soutien. Est-ce pour autant la fin d’une crise majeure, à droite, qui n’est que la pointe émergée d’une crise politique organique plus profonde des mécanismes traditionnels de domination de la bourgeoisie ? Loin s’en faut. Faut-il s’en réjouir ou, au contraire, en appeler à la responsabilité de la droite au nom du risque de voir Le Pen arriver en tête du premier tour ?

En attendant, c’est bien Fillon qui reste dans la course. Le soutien qui lui a été confirmé n’invalide en aucun cas les défections de ces derniers jours avec plus de 300 élus, députés, sénateurs et barons du parti qui lui ont tourné le dos sans pour autant être en capacité de se mettre d’accord, entre les différents courants autour desquels la droite hexagonales est atomisée, et d’imposer un candidat de rechange.

En radicalisant son discours, en le resserrant autour d’une base sociale de droite traditionnelle, les plus de 65 ans, les franges catho de l’électorat, Fillon sauve la face sans pour autant sauver les meubles. Il est peu probable, dans la configuration actuelle du rapport de force électoral, qu’il arrive au second tour. Mais Fillon n’est que l’expression d’une tendance plus profonde de la droite française. De part son insistance sur les thématiques réactionnaires - l’islam, l’immigration et l’identité - il est à la fois le prolongement du sarkozysme et l’expression de la crise du fin de cycle sarkozyste dont à bénéficié Hollande en 2012 pour se faire élire et faire, au final, pire que la droite : CICE, état d’urgence, Loi Travail. La liste serait longue.

Le FN est parfaitement conscient de cette situation et se frotte les mains. Le Pen espère bien que la combinaison d’une fragmentation du vote de la droite et un renforcement de l’abstention lui permettre de briser le plafond de verre auquel l’extrême droite française se heurte. Ce n’est pas tant par une croissance des votes du FN que l’extrême droite compte gagner que par le biais d’un affaiblissement de ses concurrents dans le cadre d’une abstention forte. Le scénario du 21 avril 2002, mais dans un contexte absolument différent, sur fond de crise économique, pourrait bel et bien se reproposer en avril 2017.

Est-ce pour autant qu’il faut en appeler à la responsabilité de la droite et d’exiger une normalisation du débat présidentiel comme le font Hamon, Mélenchon ou Clémentine Autain, ces dernières heures ? Ce n’est pas à notre camp social d’apporter des solutions à la crise organique que vit la représentation politique traditionnelle et qui l’affaiblit. En revanche, sans l’intervention politique du monde du travail, de la jeunesse et des classes populaires, cette même crise peut accoucher des pires monstruosités.

C’est pour toutes ces raisons que plus que jamais il faut qu’il y ait un candidat aussi radicalement anti-système anticapitaliste, contre la caste de politiciens corrompus, internationaliste et issu du monde du travail. Fillon n’est que le candidat d’un système pourri, et de ce que l’on fait de plus réactionnaire, rétrograde et nauséabond au sein de la frange de droite de l’électorat. Ce candidat, qui a un nom, Philippe Poutou, ouvrier et syndicaliste CGT chez Ford Blanquefort, doit pouvoir porter un message pour la préparation de notre camp social et la reprise de l’initiative face à ce que nous réserve un gouvernement qui sera d’autant plus dur qu’il sera le fruit de la crise de régime à l’œuvre.

Ce combat politique, qui doit se prolonger dans le cadre des législatives, avec le rassemblement le plus large du camp des révolutionnaires, des équipes militantes d’entreprises, de la jeunesse et des militants des quartier contre le racisme et les violences policières, est la seule façon pour empêcher que nos adversaires, qu’il s’agisse des meilleurs alliés du patronat, la droite, ou les pires ennemis des travailleurs, l’extrême droite, ne finissent par tirer parti de cette crise organique.




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