Société

Amnesty International dénonce le travail des enfants dans les mines

Ces (toutes) petites mains qui produisent les smartphones

Publié le 29 janvier 2016

Dans un rapport publié le mardi 19 janvier, Amnesty International alerte les multinationales de l’industrie électronique et automobile quant aux conditions d’extraction du cobalt, nécessaire aux batteries lithium-ion. De nombreux enfants travaillent dans ces mines, s’exposant à des maladies et accidents mortels.

A. Bronstein

Plus de 50% de la production mondiale de cobalt vient de la République Démocratique du Congo. Cet élément chimique est particulièrement prisé par l’industrie électronique et automobile car il entre dans la composition des batteries. Au centre du rapport d’Amnesty, le géant de l’exploitation minière Huayou Cobalt et sa filiale CDM qui transforment le minerai avant de le revendre à des fabricants de composants de batteries en Chine et en Corée du Sud, qui fournissent eux-mêmes de grandes multinationales telles qu’Apple, Samsung ou encore Sony. Huayou Cobalt s’approvisionne à 40% en RDC.

En bas de la chaîne de production, en République Démocratique du Congo, ce sont les enfants qui trinquent. D’après l’UNICEF, en 2014 ils étaient 40 000 à travailler dans les mines du sud du pays. Certains n’ont pas huit ans, et ils sont déjà creuseurs ou chargés de trier les minerais après leur extraction. Ils sont ainsi exposés à de nombreux risques : éboulements, inhalation de la poussière de cobalt hautement toxique, forcés de porter des charges lourdes...

Les chiffres officiels évoquent 80 mineurs morts sous terre dans le sud de la RDC entre septembre 2014 et décembre 2015. Mais c’est sans compter les nombreux cadavres ensevelis par les éboulements des tunnels et qui n’ont jamais été retrouvés. Au cours de leur étude, en avril et mai 2015, des chercheurs d’Amnesty International et d’Afrewatch se sont entretenus avec 87travailleurs dans les mines de cobalt, parmi lesquels ils ont compté 17enfants. Ils rapportent ainsi le témoignage de Paul, un orphelin de 14 ans, travaillant depuis deux ans dans les mines : « Je passais 24heures d’affilées dans les tunnels. J’arrivais le matin et repartais le lendemain matin... Je devais me soulager dans les tunnels… Ma mère adoptive voulait m’envoyer à l’école, mais mon père adoptif était contre, il m’exploitait en m’envoyant travailler dans la mine. »

Une autre partie de l’étude concerne les multinationales approvisionnées par Huayou Cobalt et dont la plupart, contactées par Amnesty International, ont nié l’implication de travail infantile dans l’élaboration de leurs produits. Mark Dummett, spécialiste de la responsabilité desentreprisesen matière dedroits humainsà l’ONG, a ainsi déclaré que « tant que les entreprises ne seront pas tenues légalement de contrôler la provenance des minerais et leurs fournisseurs et de rendre ces informations publiques, elles continueront de tirer profit de violations des droits humains. Les gouvernements doivent en finir avec ce manque de transparence, qui permet aux entreprises de tirer profit de la misère. » Ce rapport, ciblant les multinationales Ahong, Apple, BYD, Daimler, Dell, HP, Huawei, Inventec, Lenovo, LG, Microsoft, Samsung, Sony, Vodafone, Volkswagen et ZTE , insiste sur l’urgence de la situation.

Le capitalisme est basé sur l’exploitation et n’épargne pas les enfants ; interpeller les grandes firmes sur la provenance des matières premières qu’elles utilisent n’est pas suffisant, c’est le système dans son ensemble qu’il faut combattre !

partager

Mots-clés