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Débats

D'où vient la violence ?

Champigny. Une « violence » : deux poids, deux mesures

La vidéo de la scène a fait le tour des réseaux sociaux depuis deux jours, celle de cette policière qui reçoit des coups au sol par plusieurs jeunes et qui a suscité beaucoup de réactions. Mais comme toujours les réactions que cela suscite ne vise qu’à stigmatiser les mêmes : « la racaille de banlieue », « les barbares », « les voyous », « les délinquants ».

Lorsque le ministre de l’intérieur s’indigne et condamne fermement la violence qu’a subit la policière, ce n’est pas car il s’inquiète de l’état de la femme, de l’humain fait de chair et de sang, mais il condamne uniquement l’attaque de l’uniforme, en somme de l’institution policière ; cette institution répressive, coercitive, qui n’a d’intérêt que pour "maintenir l’ordre" et assurer la protection du système bourgeois dans son ensemble.

Voilà ce que le gouvernement Macron habilement essaye de faire condamner, l’attaque et les violences sur la police, pour que « les fainéants », « les cyniques », « ceux qui ne sont rien », n’osent un jour se rebeller et attaquer l’Etat, ses institutions et se confronter à l’institution policière qui sera au rendez vous pour les réprimer.

Comment peut-on condamner les actes de ces jeunes, sans comprendre cette violence au quotidien que vive les jeunes des quartiers populaires, entre violences policières et violences économiques infligées par le chômage ? Mais l’extrême droite vous dira que la vente de haschisch les fait vivre comme des patrons. Nous attendons donc que Bernard Arnault se lance dans l’ouverture de coffee shop si la petite délinquance comme les médias bourgeois l’appellent maintient les quartiers populaires dans l’aisance.

C’est donc toujours le même cinéma lorsqu’une voiture de police brûle, ou lorsque trois poubelles dans un quartier sont en feu pour le 31 décembre. On lance un appel à ce que tous les prolétaires s’associent à la souffrance de la police nationale et baise la main imaginaire de l’institution policière.

Mais l’ensemble des contrôles policiers violents qui se déroulent toutes l’année en France dans les différents quartiers de banlieue parisienne ou des régions françaises, eux hélas sont passés sous silence et ne profitent d’aucun élan comme celui de la policière de Champigny. Comme si la violence policière faisait partie de la vie et en réalité est totalement banalisée quand elle se produit dans ce sens.

La violence vient avant tout de la police

Si tout le monde s’arrête sur le fait en lui-même, on finit par oublier le pourquoi du comment. Que faisait la policière à la sortie d’une soirée du 31 décembre, venue renforcer des compagnies de CRS qui ont gazé et tiré au flashball de l’autre coté de la rue ? Ceux là même qui ont créé de fait un mouvement de panique et l’hystérie générale. On aimerait voir aussi les vidéos des jeunes qui ont pris des flashball alors qu’ils attendaient depuis 3h dans le froid de pouvoir eux aussi accéder à la fête du nouvel an avec leurs amis.

Comment s’indigner de cela quand on comprend que la violence fait en premier lieu partie du rôle des forces de l’ordre. Qu’attendait-on de la part de 500 jeunes courant dans tout les sens à la rencontre d’une policière venu les prendre en tenaille ? Un baise-main ? Voila la réalité des choses : une soirée avec des organisateurs qui ont fait plus de ventes qu’ils n’avaient de places dans la salle, et qui n’étaient pas venus pour protéger cette jeunesse des quartiers réunie dans une salle tellement bondée que le plafond et les murs étaient entrain de se décrocher et menacé de tomber sur la tête des clients. Au lieu donc de les protéger, d’appeler les pompiers, ils ont décidé d’envoyer les lacrymogènes et les flashball en guise de soutien, ajoutant de fait déjà à la panique de se faire piétiner par l’effet de masse, la peur de se faire tirer dessus. Car comme on le répété souvent, « Théo et Adama, nous rappellent pourquoi Zyed et Bouna courraient », et tous les jeunes des quartiers connaissent leurs morts et leurs histoires. C’est leur vie la violence policière.

Et c’est toujours cette même police qui au-delà de Champigny, viole Théo à Aulnay, soulève le piquet de grève de St-Denis des travailleurs d’ONET, soulève le blocage de la raffinerie de Grand Puits, assassine Adama, et qui de la même manière lorsque les catalans votaient pour l’indépendance de leur pays, venaient leur marcher sur la tète et les matraquer dans les isoloirs pour confisquer les urnes à la demande du gouvernement espagnol. A-t-on entendu Macron condamné la police espagnol et ces scènes surréalistes de matraquage et de coups de pied collectifs que distribuaient la police espagnole ? Non bien au contraire, le président francais soucieux de maintenir l’ordre républicain dans son pays, comme n’importe quel président bourgeois, c’est précipité d’appuyer les positions de son homologue espagnol. C’était d’ailleurs les mêmes scènes lors de la révolution du jasmin en Tunisie. Combien se rappelle de cette phrase de Michèle Alliot Marie, ministre de l’intérieur de Sarkozy, qui expliquait qu’elle allait faire le maximum pour renforcer la police tunisienne en moyens matériels.

Lorsque les manifestants prennent des coups de matraque pour défendre leurs droits, les gouvernements se relayent-ils dans les médias pour condamner la police ? Pourquoi alors demande-t-on à l’ensemble de notre classe de s’indigner et de condamner Champigny ?

Et parlons trois secondes de toutes ces insultes sur les réseaux sociaux lancées par l’extrême droite, et de leur représentants appelant les jeunes de banlieue « des barbares », mais de quels barbares de banlieue parle t-on exactement ? Du Barbare Balkany qui sévit dans la banlieue du 92, du Barbare Dassault qui sévit lui plus au Sud dans la Banlieue du 91 à Evry ou bien du Barbare Guéant qui sévit lui aussi avec son copain Balkany dans la banlieue du 92 à Boulogne Billancourt pas loin du chef suprême des Barbares Nicolas Sarkozy qui a sévit des années dans la banlieue insalubre de Neuilly sur Seine ?

Ci-dessous voici une série de photos qui nous rappellerons à tous qu’en terme de violence, la police nationale francaise à beaucoup de choses encore à nous apprendre et non le contraire.

S’il y’a quelque chose à condamner, c’est la misère sociale, la précarité, le chômage, les inégalités, l’augmentation des sans-domiciles en France, la chasse aux migrants, les tentes des SDF déchirées par la police, l’évasion fiscale, les 9 millions de Français sous le seuil de pauvreté, les 6 millions de chômeurs, l’augmentation des bénéfices des patrons du CAC 40, l’augmentation du nombre de milliardaires, les violences policières que subissent tout les jours les prolétaires dans les quartiers populaires ou sur les piquets de grève et la liste est presque illimitée. Mais en sommes plutôt la condamnation de l’Etat Bourgeois qui nous opprime et l’indignation face aux milles violences et atrocités produites par ce dernier que l’indignation ou la défense de l’agression de ces deux policiers ce soir de réveillon.




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