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Politique

« Jospin, es-tu là ? »

Comme dans un vieux couple, Hamon essaye de recoller les morceaux

Il n’a jamais été aussi aubryste. Ou hidalguiste, c’est au choix, selon que l’on se réfère à la maire de Lille ou à celle de Paris. Dans les deux cas, elles défendent une ligne social-libérale qui gouverne non pas tant dans la solitude du 49.3, comme Valls, mais sur la base d’un regroupement de « la gauche », à commencer par les Verts et les communistes. Hamon, en tout cas, semble plus que jamais convaincu qu’il faut une Gauche plurielle bis, autant s’il veut préserver ses chances d’arriver au second tour des présidentielles (hypothèses qui n’est pas complètement improbable au vue de la déconfiture de la droite et des filloneries à répétition de son candidat) que pour sauver les meubles lors des législatives. Comme dans un vieux couple qui s’est disputé, donc, Hamon essaye de recoller les morceaux.

Jean-Patrick Clech

Hamon et Jadot, l’affaire est dans le sac

Avant même le résultat du second tour, les écolos avaient pris contact avec l’équipe de Hamon pour sonder le terrain. Quoi de mieux, quand on n’a pas un sou en caisse et peu de signatures sous le coude, ce qui est le cas des Verts, que de se rabattre sur le candidat du PS au nom du fait qu’il aurait « gagné sur les idées et le programme d’EELV » car il parle transition écologique, sortie du nucléaire et VI° République ? La ficelle est un peu grosse mais elle a l’air de passer auprès d’une majorité de militants.

Hamon est bien entendu prêt à tendre toutes les mains du monde en direction des écolos, il sait que toutes les voix vont compter dans le cadre d’un premier tour des présidentielles où l’expression électorale sera surtout dominée par l’abstention et le vote éminemment fragmenté, ce qui pourrait être une chance pour le PS dans le cadre de la plongée de Fillon. Côté écolo, néanmoins, ce n’est pas la première fois que l’on repeint en vert le programme rose pâle des socialistes et que ces derniers rajoutent un peu de vert au leur : c’est en réalité une marque de fabrique des écologistes français d’avoir voulu occupé des strapontins, à tous les échelons. Pour les socialistes, c’est un mariage de raison.

Avec Mélenchon, c’est plus compliqué

S’il n’y avait que la direction du PCF, tout aurait déjà été plié. Prenant le contrepied d’un Valls qui a passé son temps à faire le ménage sur sa gauche, lors de son discours d’investiture, dimanche, Hamon a évoqué ce qu’il retient comme les grands moments du progressisme avec le Front Pop’, Mitterrand et Jospin. On remarquera le decrescendo…

La direction du PCF s’est embarquée, référendum oblige auprès de sa base, dans un soutien à Mélenchon qui, aujourd’hui, se retrouve un peu à l’étroit dans la mesure. En effet, Hamon n’est pas Valls et le candidat socialiste brouille les pistes du réformisme qu’emprunte le candidat de la France Insoumise. En d’autres termes, Jean-Luc, qui se veut le digne continuateur de Mitterrand, a de plus en plus de mal à disputer l’héritage à l’autre légataire, Benoît.

Accroché comme il est à sa candidature, il est fort improbable que Mélenchon cède sa place, même s’il fléchit dans les sondages. Côté communiste, en revanche, une bonne partie de la direction, André Chasseigne et Pierre Laurent en tête, a des fourmis dans les jambes et ne verrait pas d’un mauvais œil un accord avec les socialistes. Il existe, certes, la question des investitures aux législatives, un certain nombre de candidats pressentis du PS, comme Mathieu Hanotin, essayant de déboulonner les communistes des dernières places fortes qui leur reste dans l’ancienne ceinture rouge parisienne. A Colonel Fabien, néanmoins, on estime qu’il vaut mieux continuer à se faire plumer par les socialistes, mais rester sur les bancs de l’assemblée, que d’en être éjecté si l’on n’arrive à aucun accord tacite ou officiel pas d’accord pour les législatives.

Macron à distance, mais jusqu’à quand ?

Pour ce qui est de Macron, Hamon s’en tient à distance, jusqu’à présent. Il ne saurait tenter un rapprochement de l’ex banquier et surtout ex collègue sans se griller au niveau d’une partie de son électorat potentiel. En vue d’un second tour, en revanche, les choses seraient bien différentes. Les deux sont comptables d’une orientation gouvernementale qu’ils ont validé et qu’ils ont portée, indépendamment de la façon dont ils tentent, l’un sur la droite, l’autre sur la gauche, de s’en distancer aujourd’hui.

Par-delà le discours électoraliste de Hamon, le candidat sait bien que la Gauche Plurielle de son mentor, Lionel Jospin, allait de Strauss-Khan à Marie-Georges Buffet en passant par Christiane Taubira. En attendant de récupérer les deux premiers ou leurs descendants, il a pris la dernière dans son escarcelle pour son investiture.

Tout, dans la mise en scène de Hamon et de ses conseillers en com’, sent le rafistolage et le rabibochage de la dernière heure. Ça devient une vieille habitude chez les socialistes.

Le seul vote utile, celui qui prépare les combats à venir et les renvoie tous dans les cordes : Poutou

La principale question qui se pose, pour celles et ceux qui seraient tentés par voter Hamon, par réalisme ou résignation, c’est que ses références à la Gauche Plurielle sont lourdes de sens. Non pas tant parce que le gouvernement Jospin a plus privatisé, entre 1997 et 2002, que sous la droite, qu’il n’a rien fait contre les licenciements, de Vilvorde et d’ailleurs et qu’il a appliqué des choix néo-libéraux en phase avec l’idéologie de la fin des années 1990. La Gauche Plurielle et Jospin, surtout, ce sont cinq ans qui finissent par rimer avec 21 avril. La Gauche Plurielle, de par la politique qui a été la sienne, a amené Le Pen au second tour de la présidentielle. Ce que risque Hamon, et ceux qui seraient tentés de rouler pour lui savent que c’est un danger réel, c’est que le 22 avril 2017 ressemble fort au 21 d’il y a quinze ans.

C’est en ce sens aussi que le seul vote utile, au printemps, ce sera pour le seul candidat qui touche le même salaire que la grande majorité des travailleurs, qui n’a pas fait de la politique sa profession, qui est syndicaliste, combat contre la fermeture de son entreprise et représentante une option anticapitaliste : Philippe Poutou. Avec Poutou, c’est aussi la meilleure façon de renvoyer dans les cordes tous ces politiciens de droite, de gauche et d’ailleurs qui à longueur d’année font de leur position une rente. Au-delà de Philippe, ouvrier de l’automobile, c’est une alternative anticapitaliste, antiraciste et révolutionnaire qu’il faut consolider pour se préparer à résister aux mauvais coups qui se préparent, d’où qu’ils viennent. Les resucées de gauche sous l’égide du PS ou des réformistes mènent, à l’inverse, à la défaite avant même d’avoir commencé à se battre.




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