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Genres et Sexualités

Les femmes en première ligne

Comment la Loi travail XXL va aggraver la précarité des femmes

Les femmes sont en général plus touchées par la précarité que les hommes. Comment la Loi travail XXL que cherche à faire passer Macron à travers ses ordonnances va-t-elle aggraver cette situation ?

En France, la différence de rémunération entre les femmes et les hommes est en moyenne de 25%, différence qui s’élève à 42% quand il s’agit des retraites. Des études montrent que les femmes sont de plus en plus exposées à la précarité : par exemple, elles sont aujourd’hui toujours plus nombreuses à occuper des postes à temps partiel ou des contrats à durée déterminée (CDD). Plus de 90% de ces emplois à temps partiel se concentrent au sein du secteur tertiaire, dans lequel travaillent 76,9% des actifs occupés et près de neuf femmes sur dix (88,3%) contre 66,3% des hommes. Dans ce contexte, la Loi travail XXL que Emmanuel Macron s’apprête à mettre en place à travers les ordonnances va accentuer la précarité de tous les travailleurs ; et les femmes en seront les premières victimes. Les travailleurs les plus touchés par la réforme seront ceux en CDD ou travaillant dans des petites entreprises, là où les femmes sont plus nombreuses que la moyenne.

Licenciements facilités et plafonnement des indemnités prudhommales

Parmi les nombreuses mesures précarisant encore plus les plus précaires, la Loi travail XXL va faciliter les licenciements. Une de ces mesures prévoit que l’employeur ne soit plus obligé de motiver le licenciement sur la lettre de licenciement. Cela peut engendrer une facilité accrue pour licencier une femme qui tomberait enceinte ou qui aurait des contraintes familiales fortes, ou encore qui se serait victime de sexisme de la part de son employeur. En cas de licenciement abusif, les indemnités prudhommales seront plafonnées. Emmanuel Macron prévient que ce plafond ne s’applique pas en cas de discrimination. Cependant, il ne semble pas considérer le licenciement pour manque de disponibilité en raison d’une situation familiale comme une discrimination.

Inversion de la hiérarchie des normes et fusion des instances représentatives du personnel

L’ « inversion de la hiérarchie des normes » est une formule qui signifie que les accords sur des sujets tels que le nombre maximum d’heures quotidiennes et hebdomadaires, le temps de repos, les congés payés... sont définis entreprise par entreprise, plutôt qu’au niveau d’une branche d’activité comme c’était le cas auparavant. Dans une tribune publiée sur Mediapart, plus de 60 personnalités et organisations féministes alertent sur la question :

« Les congés enfants malades pris en immense majorité par les femmes, l’allongement du congé maternité et le maintien de la rémunération à 100%, l’allègement du temps de travail des femmes enceintes... tous ces droits, prévus jusqu’alors dans les conventions collectives de branche, pourront être demain remis en cause par accord d’entreprise. »

Autre mesure, la suppression du caractère obligatoire des négociations annuelles amène la suppression de la négociation portant sur « l’égalité professionnelle et la qualité de vie au travail », qui obligeait notamment les employeurs à fournir des données aux salariés sur les inégalités professionnelles entre les hommes et les femmes. D’autres éléments pourront, avec la Loi travail XXL, être définis par un accord d’entreprise : des clauses de mobilité, sans limité géographique ni prise en compte de la situation familiale des salariés ; mais aussi des modifications d’horaires et de temps de travail, ou encore des baisses de salaires. Là encore, les organisations et personnalités féministes rappellent :

« « Les femmes, plus souvent à temps partiels, plus souvent précaires, à la tête de familles monoparentales et prenant en charge une immense partie des tâches parentales seront particulièrement pénalisées par ces mesures. Le premier argument invoqué par les femmes qui se retirent du marché du travail est l’impossibilité de remplir leurs responsabilités familiales du fait des horaires atypiques qui leur sont imposés. »

Alors que 20% des femmes déclarent avoir subi du harcèlement sexuel sur leur lieu de travail, les ordonnances prévoient la disparition du CHSCT (le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail). Ce comité vise à protéger la santé et la sécurité des salariés de l’entreprise, et peut également mettre en place des actions de prévention du harcèlement.

Des bâtons dans les roues aux travailleurs et travailleuses voulant s’organiser

La disparition du CHST est également une mauvaise nouvelle pour le rapport de force entre salariés et employeurs : cette instance avait jusqu’à présent la personnalité morale et juridique permettant de poursuivre en justice l’employeur. C’est une attaque aux droits des travailleurs à s’organiser face à leur patron. Toujours dans le sens de l’inversion de la hiérarchie des normes, le patron pourra désormais, à sa seule initiative, convoquer un referendum d’entreprise. Une mesure qui vise à court-circuiter les syndicats et à renforcer la toute-puissance du patronat dans les entreprises. Le pourcentage des femmes qui se syndicalisent est inférieur à celui des hommes, et ce pour des facteurs tels que la crainte de représailles des employeurs ou encore le manque de temps en raisons des responsabilités familiales. Les ordonnances mettent un frein supplémentaire à cette capacité des femmes à s’organiser pour défendre leurs droits, en tentant de réduire la portée du syndicalisme.

Opprimés et exploités, organisons la riposte !

Que l’on pense à la suppression des contrats aidés, aux attaques visant les fonctionnaires, ou encore à l’austérité dans les services publics, la politique de Macron ne se limite pas aux ordonnances, et de nombreuses autres mesures vont aggraver les conditions de vie des plus précaires et donc des femmes. Pour nous préparer à cinq ans d’attaques et cinq ans de lutte de classe, la manifestation du 12 septembre est une date centrale à construire dans la rue, pour montrer une opposition massive à Macron et à son programme de « Robin des bois inversé », où il prend aux plus pauvres pour donner aux plus riches (on pense notamment à la baisse de l’impôt sur la fortune). Les secteurs les plus précarisés de notre classe, comme les femmes mais aussi les LGBTI+ ou les jeunes racisés des quartiers populaires ont un rôle central à jouer dans ces mobilisations.

Crédits photos : AP Photo




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