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Monde

Total et le gouvernement main dans la main pour réprimer

Congo-Brazzaville : grève générale contre Total et le clan présidentiel

© Getty Images Initiée par des revendications sociales des travailleurs du secteur pétrolier, c'est toute la population congolaise aujourd'hui qui regarde vers la lutte de Pointe-Noire. Total et le gouvernement, de leur côté, ont choisi la carte de la répression, jusqu'aux menaces de morts vis-à-vis d'un syndicaliste étudiant.

Dès la fin 2016, Total, en lien étroit avec le clan du président Sassou NGuesso, prévoyait de revenir sur le peu d’acquis existants des travailleurs du secteur pétrolier (bien qu’il existe déjà une situation où de nombreux travailleurs appartiennent à des sociétés sous-traitantes de Total ou ENI, souvent dirigées directement par le clan Nguesso, qui ne sont pas affiliés à ce secteur mais à d’autres moins avantageux, comme la métallurgie par exemple). Plus précisément, la direction compte supprimer entièrement les prêts à taux zéro pour les salariés et les primes, qui constituaient jusque-là une part importante du salaire. C’est à cela qu’ont réagi les syndicalistes du secteur, réclamant le départ du directeur général Pierre Jessua, et initiant une grève le 13 juillet. 

La grève du secteur pétrolier : une lutte qui effraie particulièrement le gouvernement

La réaction de Total et du gouvernement ne s’est pas faite attendre, et elle est brutale. Pour "négocier", le gouvernement n’a envoyé rien de moins que Jean-François Ndenguet, c’est-à-dire le directeur général de la police nationale, qui a fait gazer les grévistes au lacrymogène (pendant que Pierre Jessua annonçait le licenciement de 400 salariés...). Et les menaces sont explicites. Dans un enregistrement audio, on entend celui qu’on comprend être le général menacer ouvertement un syndicaliste étudiant : « Tu as rédigé quoi sur tes tracts ? Tu veux qu’on arrive chez toi ? […] Puisque tu veux la guerre, je vais te montrer », et la menace de mort explicite : « je crois que tu vas disparaitre, toi ».
Une autre phrase attire aussi l’attention « Tu veux empêcher les élections ? Tu es fou ? ». Dans cette phrase sont concentrées beaucoup de choses. On y lit à la fois l’instabilité d’un pouvoir dont les élections législatives, prévues le 16 juillet, sont contestées et boudées par une énorme partie de la population : « Nous ne croyons plus à nos hommes politiques, ils sont tous les mêmes. À quoi sert-il d’aller voter lorsque l’on sait que cela ne changerait rien sur le terrain ? », peut-on lire dans le journal Jeune Afrique, mais aussi la nécessité pour le gouvernement de réprimer vite, de tuer dans l’œuf ce qui pourrait représenter un espoir de changement, pas seulement pour les travailleurs du secteur, mais pour toute la population congolaise. 

La lutte des pétroliers, un espoir pour toute la population

Face à la répression armée, à l’emprisonnement de militants politiques, et aux multiples « affaires » qui touchent le clan au pouvoir, comme l’affaire les "biens mal acquis" qui concerne directement la présidence, les grévistes tiennent tête. Par solidarité avec leurs collègues au sol, les agents techniques en haute mer ont déclaré la grève le 13 juillet, en s’adressant au régime en des termes clairs : « si votre milice est si forte, alors envoyez-la ici en haute mer et on verra ! ». A l’heure où nous écrivons, à la mi journée du 14 juillet, une assemblée générale des travailleurs de toutes les compagnies pétrolières est en cours à la Bourse du travail de Pointe-Noire. Les salariés se disent déterminés à tenir bon et à « aller au bout ». En parcourant les commentaires des réseaux d’information comme Brazza News, on remarque un soutien important de la population au mouvement de grève. 

De plus, les étudiants de l’université de Marien Ngouabi annoncent une grève illimitée à partir du lundi 17 juillet, sur des revendications propres (contre l’augmentation des frais d’inscription et pour le paiement des bourses). Une situation sociale qui pourrait s’avérer explosive, si les travailleurs combattifs et la jeunesse commençaient à converger dans leur bataille contre le gouvernement répressif du clan « Sassoucratique », et ses appuis impérialistes, notamment français. En effet, la République du Congo et particulièrement le clan Nguesso, est historiquement liée aux intérêts des grandes entreprises françaises, et notamment des entreprises pétrolières. En 1997, le clan Nguesso arrive au pouvoir après une guerre civile de cinq mois, durant laquelle il est soutenu financièrement par Elf-Aquitaine, une entreprise pétrolière française rachetée par Total en 2000. Autant dire que dans le pays, les décisions de Patrick Pouyanné, le PDG de Total, valent presque plus que celles du président, d’autant plus que Total est évidemment soutenu inconditionnellement par la diplomatie française. Cependant, si la situation intérieure venait à de détériorer et que le clan présidentiel venait à perdre toute capacité à diriger le pays, la France et ses intérêts pourraient changer leur fusil d’épaule et miser sur un autre cheval pour défendre leurs intérêts.




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