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Société

Bébés de tous les pays, rebellez-vous !

Couches au Roundup et nourrissons toxiques. La nouvelle formule des industriels

Dioxines, toluène, styrène, composés volatiles organiques irritants et neurotoxiques. Voilà quelques-uns des ingrédients que l’on retrouve non pas tant dans les armes de destruction massive de feu Saddam Hussein que dans la quasi-totalité des couches pour bébés. C’est en tout cas ce que révèle une étude menée par 60 Millions de Consommateurs sur 12 marques de couches.

Elle est longue, en effet, la liste des résidus toxiques détectés dans les couches par la nouvelle étude de 60 Millions de Consommateurs qui s’intéresse aux changes pour bébés après avoir passé au crible les produits de beauté, les tampons et les serviettes hygiéniques. Comme on pouvait s’y attendre, les marques les plus prestigieuses n’échappent pas aux critiques. Pampers, avec sa gamme « Baby dry », commercialise ainsi des couches à l’herbicide. Des traces de glyphosate, l’un des composants du Roundup de Monsanto, désherbant ultra-toxique interdit en France, ont ainsi été relevées sur les couches du groupe Procter &Gamble.

Le Groupement Français des Fabriquants de Produits à Usage Unique pour l’Hygiène, Group’Hygène, a immédiatement publié un communiqué se voulant apaisant et destiné aux consommateurs pour rappeler que les « couches-bébés peuvent être utilisées en toute sécurité ». Repris par le site Usine Nouvelle, la revue du patronat de la métallurgie, le docteur François Hubert, expert-mercenaire payé par le Group’Hygiène souligne, pour rassurer le consommateur, que « l’important ce n’est pas tant telle ou telle substance citée, extraite expérimentalement, mais de savoir si dans les conditions normales d’utilisation il peut exister un risque lié à cette substance. Or ce qui est détecté dans des conditions expérimentales très lointaines des conditions d’utilisations réelles, ce sont des traces infinitésimales, pouvant être jusqu’à quelques millions de fois plus faibles qu’une dose tolérable ».

Pas de panique donc : l’enfant peut rester dans son pipi absorbé par sa « couche pure-cellulose-aux-dérivés-de-pétrole », il n’y a aucun risque pour la santé selon les industriels. Le seul hic, selon la journaliste qui rappelle les résultats de l’enquête scientifique commandée par 60 millions, c’est qu’il n’y a pas « aujourd’hui d’évaluation du risque [qu’implique le contact de certaines substances présentes dans les couches] pour le cas de couches appliquées directement sur la peau, toute la journée ». Victoire N’Sondé, à l’origine du papier, rajoute par ailleurs que les nouveau-nés, nourrissons, bébés et jeunes enfants étant « particulièrement sensibles aux substances toxiques (...), le principe de précaution [devrait] prévaloir, tout résidu soupçonné de risques toxiques [devant] être écarté des couches pour bébé ». Pour les industriels, c’est un autre son de cloche : tant que « la loi » n’interdit pas, tout doit être considéré légal et absolument normal.

Martine Pinville, secrétaire d’Etat chargée du Commerce et de la Consommation, a indiqué, dans la foulée de la vague d’indignation suscitée par l’étude, faire « preuve de vigilance ». « Pour définir les niveaux acceptables en traces de produits chimiques dans les couches, il est nécessaire de s’appuyer sur une analyse de risque dédiée », précise la ministre qui indique avoir saisi l’Agence Nationale Chargée de la Sécurité Sanitaire en 2016 à ce sujet.

Les nouveau-nés peuvent donc faire leurs nuits et dormir tranquillement, avec ou sans sucette. Rien de mieux, pour commencer dans la vie, que de se retrouver avec des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) collés au derrière. La plupart des couches en recèlent. Rassurant.




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