Société

À quand la trêve des expulsions et des gardes à vue ?

Créteil. Une mère de 5 enfants gardé à vue pour avoir réinvesti un logement d’où elle avait été expulsé

Publié le 16 novembre 2016

À Créteil, dans la cité de Mont-Mesly, il commence à être monnaie courante que la police expulse manu militari les résidents, et exerce toute sa répression sur ceux qui sont en passe d’être privés d’un toit pour cet hiver. Après une intervention digne d’une opération anti-terroriste début octobre pour expulser une vieille dame de son appartement, c’est au tour d’une mère célibataire de cinq enfants d’aller en garde à vue parce qu’elle était retournée dans le logement dont on l’avait chassé.

Boris Lefebvre

Impossible de chiffrer exactement le nombre de familles chassées de leur logement depuis septembre selon la confédération nationale du logement (CNL). Dans la cité de Mont-Mesly à Créteil, ce sont officiellement huit familles qui auraient été expulsées rapidement et sans ménagement avant la trêve hivernale, qui impose aux bailleurs de garder leurs locataires pendant les mois les plus froids de l’année. Qu’à cela ne tienne, les familles sont mises sur le pas de la porte ou à la rue, rarement relogées, juste avant que le froid ne devienne un obstacle pour virer les « mauvais payeurs ». Mais ces derniers sont plus à plaindre qu’à blâmer, d’autant plus que priver qui que ce soit de son logement c’est le précipiter dans la misère.

Début octobre, un contingent de police, équipé comme s’il allait débusquer un terroriste, a mis toute la cité en émoi quand il a débarqué pour expulser sans sommation une famille de son logement. Cette opération était menée dans la continuité des expulsions pratiquées depuis la fin septembre. Mais l’infamie a été atteinte plus récemment quand une femme de 36 ans a été interpellée et mise en garde à vue pour avoir réinvestit le logement dont on l’avait expulsé avant la trêve hivernale. Mère célibataire de cinq enfants, dont l’un d’entre eux est né très peu de temps après son expulsion, elle a dû revenir s’installer dans son ancien appartement, faute de relogement. Les associations de défense de droit au logement dénoncent que cette famille n’ait pas été relogée, alors que vue la situation dans laquelle elle se trouve cela devrait être une priorité. Mais c’est le rôle de la police, au service de la répression des plus pauvres, qui est tout simplement révoltant dans cette histoire. Il n’est désormais plus à prouver qu’elle est bien au service des possédants et qu’elle ne fait que défendre la propriété, même si cela doit conduire les plus démunis vers la misère.