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Politique

Le grand débat national

Dans l’Eure, le "Grand débat" en état de siège avant la venue de Macron

La commune de Grand-Bourgtheroulde dans l’Eure est en état de siège depuis hier soir avec la venue à 15h d’Emmanuel Macron pour lancer le début du grand débat national. Le choix de commencer ce grand débat dans cette région n’est pas anodin. Des arrêtés préfectoraux interdisent tout rassemblement des Gilets jaunes dans de nombreuses communes de l’Eure soumettant les Gilets Jaunes à de lourdes sanctions. Si l’on ajoute à cela le fait que la plupart des hôtels de la régions sont occupés actuellement par les forces de l’ordre et que la commune est fermée à toute personne n’ayant pas de justificatif, on ne voit pas bien qui il restera sur place pour « débattre ». On est bien loin de la volonté affichée par le gouvernement de renouer le dialogue.

Crédit photo : Bastien Bocquel sur twitter

Au moment où le gouvernement est les institutions sont profondément délégitimées, le grand débat national est censé répondre à la crise des Gilets Jaunes via le « dialogue », et ainsi ramener ce mouvement qui a fait reculer le pouvoir dans la rue sur le terrain des institutions. Dans les faits, c’est un autre son de cloche. En effet, la répression continue et se durcit contre le mouvement. La commune choisit pour accueuillir la première réunion est la petite commune de l’Eure, Grand-Bourgtheroulde. Un choix pour montrer également une sorte de proximité entre Macron qui fera le déplacement et les petites gens des campagnes. Mais derrière cette com’, on voit surtout un appareil répressif hors normes à l’œuvre.

Un choix de département pas anodin

Dans un entretien donné à Reporterre Maitre Aïnoha Pascual explique, document à l’appui, que la préfecture de l’Eure interdit systématiquement tout rassemblement des Gilets Jaunes dans de nombreuses communes. Grand-Bourgtheroulde est frappée d’un de ces arrêtés depuis hier. « En matière de libertés, c’est révélateur. L’Eure est un département où la contestation est absolument muselée depuis un mois, et c’est ce département-là que l’on choisit pour lancer le grand débat national, qui a vocation à renouer avec les citoyens et à répondre au moins en partie aux revendications des Gilets jaunes. Mais cela fait un mois que les Gilets jaunes, sur ce territoire, s’exposent à six mois de prison et 7.500 euros d’amende s’ils organisent une quelconque action ! »

Du symbole de la discussion au symbole de la répression

A cette interdiction de manifester, il faut ajouter tout un dispositif qui place la bourgade dans un état de siège. Toute une série d’arrêtés ont été pris. L’un interdit « la vente de carburant dans des contenants transportables pour éviter la confection de cocktails Molotov, un autre interdisant la vente de feux d’artifice, de pétards et de fusées et un troisième interdisant la consommation d’alcool sur la voie publique ». D’après Le Monde, les fourgons de gendarmerie étaient nombreux en Normandie lundi soir et la plus part des hôtels de la région sont occupés par les force de répression.

La journaliste du Monde dépêchée sur place a publié des photos et vidéos sur twitter montrant l’étendue du dispositif répressif. Elle explique qu’en plus du « bouclage du village par les gendarmes, les commerces alentours sont fermés, même le supermarché ». Personne ne peut entrer dans le Grand-Bourgtheroulde si ce n’est « les personnes qui y habitent, les parents d’élèves scolarisés dans la commune et les personnes travaillant en ville, le tout sur présentation de justificatifs ». Les forces de répression ne font pas juste des contrôle d’identité, en effet, ils prennent des photos des personnes rassemblées et ordonnent aux Gilets Jaunes de retirer leur gilet « sous peine de 135 euros d’amende ».

Malgré tout, des centaines de Gilets Jaunes sont actuellement à Grand-Bourgthroulde pour manifester, bravant les interdictions, et contournant les barrages policiers. Comme l’a expliqué à l’AFP, Thierry-Paul Valette, venu de Paris, il est « important symboliquement d’être là, c’est le premier jour du débat. Il faut montrer à Emmanuel Macron que même s’il veut nous écarter, on sera là comme une moule accrochée à son rocher ».




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