Politique

500 camarades contre les violences policières malgré l’arrêté préfectoral

[Dernière Minute] Rennes, manif interdite. « Ils nous ont gazés massivement pour nous faire dégager »

Publié le 14 mai 2016

En dépit des communiqués de la Préfecture et des déclarations de Nathalie Appéré, maire socialiste, relayés par la presse, l’enjeu de la manifestation d’aujourd’hui n’était pas de « casser » mais de se mobiliser contre les « casseurs en uniforme », particulièrement violents, à Rennes contre les manifestants contre la Loi Travail. Nassées sur l’esplanade Charles de Gaulle en début d’après-midi, gazées à la lacrymo, 500 personnes ont tout de même pu se rassembler malgré l’interdiction de manifester qui avait été prise.

Correspondants

Le déploiement policier était énorme, avec, au final 400 CRS et gendarmes mobiles supplémentaires en renfort, des contrôles à tous les coins de rue dans le centre et les canons à eau appelés à la rescousse. Le préfet de l’Ouest a interdit, ces dernières semaines, le centre-historique aux manifestants. Pour la manif contre les violences policières d’aujourd’hui, il l’a purement et simplement interdite.

Des appels au meurtre… des manifestants

Selon les autorités, le risque était celui du « débordement », là où l’on sait que les seuls véritables « débordements » sont le fait d’une police qui matraque, gaze et tire sur les manifestants, à Rennes plus qu’ailleurs, au point de blesser grièvement un jeune étudiant qui a perdu son œil le 28 avril. Patrick Dallennes, le préfet, a évoqué des « appels au meurtre contre la police », là où les appels à la violence viennent du gouvernement, avec un Manuel Valls parlant un dispositif policier « conséquent » pour empêcher la manif de se tenir et Appéré disant « attendre de l’Etat des actes forts », et ce après l’expulsion, hier à l’aube, de la Maison du Peuple de Rennes, occupée avec le soutien des syndicats par les opposants à la Loi Travail depuis le Premier mai. Dans ce cadre, comment s’étonner des actions d’hier soir ? De façon ciblée, des groupes de manifestants s’en sont pris à plusieurs établissements bancaires, au commissariat de la rue de Penhoët et au local du PS rue de la Chalotais.

Un rassemblement pacifique esplanade Charles de Gaulle…

Malgré l’interdiction de manifester, plus de 500 personnes, militants et militantes du mouvement, ont commencé à affluer vers l’esplanade Charles de Gaulle dès la fin de matinée en dépit de la multiplication des points de contrôle dans le centre,à la gare et aux abords de la place. Plusieurs prises de parole ont rappelé que les violences policières de ces derniers temps ne sont que la conséquence de l’impunité qui entoure les meurtres policiers de ces dernières années, qu’il s’agisse de celui de Zyed et Bouna, dont les assassins ont été acquittés à Rennes, de celui de Rémi Fraysse ou encore de celui de Babacar Guèye, tué à Rennes en décembre lors d’une intervention de police à son domicile.

…violemment dispersé

Vers 13h30, lorsque les manifestants ont voulu se mettre en mouvement en direction de la gare, pacifiquement, avec à leur tête une fanfare, ils se sont heurtés à un mur de flics en armure qui ont commencé à les gazer. Les tirs de lacrymogènes se sont poursuivis pendant une demi-heure, forçant les manifestants à reculer vers l’esplanade d’où ils ont pu se retirer, par petits groupes.

C’était l’objectif de la préfecture et du gouvernement : ne pouvant soutenir le coût politique d’une répression à grande échelle dans le contexte actuel, « ils nous ont gazé massivement pour nous faire dégager au plus vite », disaient plusieurs jeunes mobilsiés depuis des semaines et qui sont loin d’avoir baissé la garde.

Inutile de dire, dans ce cadre, que les manifestants d’aujourd’hui sont plus remontés que jamais pour redescendre dans la rue le 17 mai, pour la nouvelle journée de grève contre la Loi Travail. Ni même que la répression de samedi, à Rennes, cette nasse à ciel ouvert et le gazage massif, comme aux Invalides, à Paris, jeudi, pose à nouveau la question du renforcement de l’autoprotection des cortèges contre les violences policières.