Politique

300 CRS en renfort, contrôles aux frontières, hélicoptères, canons à eaux

Rennes en état de siège. La préfecture interdit la manifestation contre les violences policières

Publié le 13 mai 2016

A Rennes, où l’escalade de violences policières est allée crescendo pendant ces deux mois de mobilisation contre la loi Travail, la préfecture d’Ille-et-Vilaine a émis un arrêté d’interdiction de la manifestation contre les violences policières. Après la matraque, puis le 49-3 pour imposer en force la Loi Travail, le gouvernement tente-t-il, sur fond de montée de la figure du « casseur » et de stratégie de la tension, d’interdire pendant l’Euro de Football 2016 les manifestations contre la loi Travail ?

Damien Bernard

Le gouvernement à la manœuvre pour interdire la manifestation


« Les manifestations violentes à Rennes, ça suffit », a annoncé ce midi le préfet délégué à la défense et la sécurité de zone Ouest, Patrick Dallennes. « J’ai pris un arrêté pour interdire la manifestation de samedi contre les violences policières », affirmait le représentant de la préfecture. La maire PS de Rennes, Nathalie Appéré, a confirmé dans un communiqué l’appui et le soutien total du ministre de l’Intérieur. « Il m’a assurée de sa ferme volonté de tout faire pour qu’elle ne soit pas l’occasion de violences et de graves débordements », a-t-elle déclaré.

« J’ai indiqué à la maire de Rennes que je mettrai à la disposition du préfet le renfort nécessaire de forces de l’ordre pour que toute infraction à cette interdiction de manifester donne lieu à interpellation et que les auteurs soient mis à disposition de l’autorité judiciaire », a confirmé Bernard Cazeneuve. Après avoir réprimer pour museler toute contestation contre sa loi Travail et sa politique antisociale, le gouvernement et ses relais locaux criminalisent désormais le simple fait de manifester, qui plus est, contre les violences policières.

Provocations et répression policière pour cultiver l’image du « casseur violent »


Rennes tout comme Nantes, ont été le théâtre d’une répression particulièrement forte, pour notamment mater la jeunesse. Presque dès le début de la mobilisation, le centre-ville a été interdit aux manifestations contre la loi Travail. Il s’est ensuivi une très forte répression et des violences policières qui visaient à mettre un coup d’arrêt à la mobilisation, notamment de la jeunesse. Suite à un tir de « lanceur de balles de défense » (LBD40) de la police, c’est un étudiant en géographie de Rennes 2 qui a perdu son œil.

Aussi, les nombreuses provocations des forces de police surarmées, les déclarations gouvernementales, bien appuyées par un déferlement médiatique contre ce qu’ils appellent les « casseurs », ont tenté de diviser les « bons » et les « mauvais » manifestants. L’objectif est clair, imposer dans l’opinion publique que les violences viendraient des « casseursviolents » et non de la police. « Ces personnes se sont préparées, sont entraînées », affirme la préfecture. Pour appuyer son interdiction, les « autorités » expliquent même redouter « la présence de militants radicaux dont certains venus d’Allemagne ».

Un dispositif répressif sans précédent


Après que le RAID a évacué vendredi la « Maison du Peuple », devenue l’un des QG du mouvement contre la loi Travail, c’est désormais une manifestation contre les violences policières qui est interdite. Pour imposer cette interdiction dans les faits, c’est un dispositif policier sans précédent qui sera mis en place à Rennes. Dans le centre-ville de Rennes, un hélicoptère et des canons à eau seront présents pour assurer la surveillance rapprochée et la répression. Entre quatre et cinq compagnies de CRS sont attendues en renfort, soit plus de 300 forces de répression.

Intimidation et répression judiciaire seront aussi au rendez-vous. Toute personne participant à la manifestation est menacée de poursuite pénale. Des contrôles de gendarmerie ont été mis en place à l’extérieur de la ville pour « éviter que des individus fichés puissent entrer dans Rennes ». L’arrêté « va entraîner pour les organisateurs un risque de sanction pénale et également des sanctions pour les personnes qui participeraient ».

Vers une interdiction des manifestations contre la loi Travail ?


Reprenant aussitôt la matraque après son 49.3, le gouvernement, appuyé par ses relais locaux, tentera en réalité de réinstaller l’état d’urgence que le sénat vient tout juste de prolonger de deux mois. Cet état d’urgence, la mobilisation contre la loi Travail l’a mis entre parenthèses, malgré la forte répression policière et ses violences. Le gouvernement pourrait ainsi bien chercher une issue pour mater définitivement la mobilisation contre la loi Travail, et son second round, cette fois-ci emmener par des grèves reconductibles beaucoup plus concrètes.

C’est dans ce contexte que la petite musique relayée depuis le 28 avril, journée de forte répression, par les médias pourrait prendre sens. Ainsi des sondages comme « Loi Travail : faut-il interdire les prochaines manifestations ? » fleurissent dans les journaux. Celles-ci font aussi échos aux récentes déclarations du député Les Républicains Eric Ciotti qui réclame l’interdiction des manifestations et des rassemblements Nuit Debout. Cette première interdiction de manifestation qu’Hollande et sa police vont tenter d’imposer dans les faits, est-elle en train de préfigurer, notamment pendant l’euro, l’interdiction des futures manifestations contre la loi Travail ?