Monde

Crise politique au Brésil

Dilma Rousseff destituée, le Coup d’Etat institutionnel entériné

Publié le 31 août 2016

61 sénateurs sur 81 ont voté pour la destitution de la présidente brésilienne Dilma Rousseff. De cette façon le coup d’Etat institutionnel est confirmé. Le président intérimaire, l’ancien allié du Parti des Travailleurs (PT), Michel Temer du Parti du Mouvement Démocratique du Brésil (PMDB) sera nommé président mais cette fois, en principe, jusqu’à décembre 2018.

Philippe Alcoy

En effet, finalement l’alliance PMDB, PSDB (Parti Social-démocrate du Brésil – droite), ce que l’on a appelé le « parti judiciaire » (le pouvoir Judiciaire très impliqué dans la procédure d’impeachment) et les médias dominants ont réussi leur coup pour écarter le PT de Lula et Dilma du pouvoir. Et cela malgré les grandes faveurs et services que ce dernier a rendu aux capitalistes brésiliens et aux capitaux impérialistes qui dominent le pays.

L’impopularité de Dilma, alimenté par des politiques d’austérité et les scandales de corruption, était devenue un obstacle pour mettre en place les ajustements structurels exigés par les classes dominantes et l’impérialisme. L’usurpation de 54 millions de voix, qui avaient voté pour Dilma en 2014, par une poignée de politiciens oligarques s’est imposée peu à peu comme le moyen d’arriver à cette fin (la destitution définitive de Dilma).

On n’a pas encore oublié le spectacle pathétique que les députés brésiliens avaient offert en direct à toute la planète lorsqu’ils décidaient d’ouvrir la procédure d’impeachment il y a quelques mois. Elle a révélé le caractère décadent des institutions du régime politique brésilien. La procédure d’impeachment elle-même en est une autre démonstration. Ainsi, Dilma est chassée du pouvoir car reconnue coupable « d’irresponsabilité fiscale » après avoir utilisé un mécanisme, constitutionnel, qui permet de « maquiller » les comptes de l’Etat deux années de suite. Un dossier dont la validité légale est plus que douteuse.

Malgré cette offensive de la droite et cette atteinte gravissime aux droits démocratiques fondamentaux, le PT a adopté pendant ces derniers mois une stratégie de négociations et d’actions dans le cadre des règles de ce même régime décadent. Bien que les résistances et les réactions populaires n’aient pas manqué, la politique du PT n’a jamais été de développer la résistance dans les rues, dans les lieux de travail, dans les lieux d’étude, dans les quartiers populaires. Bien au contraire.

Cependant, avec la destitution de Dilma et la consommation du Coup les problèmes ne sont pas finis pour les capitalistes brésiliens, l’impérialisme et cette caste politicienne corrompue. Le gouvernement de Michel Temer est faible et les attaques exigées sont profondes (réforme des retraites, privatisations massives, coupes dans les dépenses sociales). C’est la troisième fois que le parti de Temer, le PMDB, arrive à la tête de l’Etat au Brésil. Toujours de façon indirecte, jamais à travers le vote populaire. Mais c’est la première fois que le défi est si important. Et cela alors que Temer récolte 29% d’opinions négatives parmi la population ; que le taux de satisfaction avec sa gestion intérimaire est de 14% (Dilma était à 13%) et que si aujourd’hui il y avait des élections, les intentions de vote pour lui ne sont que de 5%.

De cette façon, le gouvernement du PMDB reste très dépendant de ses alliés au parlement et au sénat, notamment du PSDB. Et bien que ce dernier soit d’accord sur le « besoin de réformer », il est contrarié par le calendrier électoral : dans un mois il y aura des élections municipales au Brésil et aucun candidat ne veut apparaître collé à l’image d’un gouvernement austéritaire. Les analystes donnent en effet jusqu’à décembre 2017 à Temer pour mettre en place ces réformes car ils estiment que 2018 sera une année où toute l’énergie des alliés politiques de Temer sera concentrée sur l’élection présidentielle.

Pour les travailleurs et les classes populaires il n’y a d’autre alternative que la préparation urgente de la réponse face aux attaques du gouvernement putschiste. Comme affirme Diana Assução du Mouvement Révolutionnaire des Travailleurs sur le site d’information brésilien d’extrême gauche, Esquerda Diario : « le Coup mené aujourd’hui contre Dilma vise aussi les travailleurs. Aujourd’hui les tenants du pouvoir choisissent entre eux qui dirigent le pays. C’est à nous de tirer les leçons pour organiser la résistance contre les attaques du gouvernement putschiste de Temer, de lever une voix anticapitaliste qui se batte sans relâche face à une droite furieuse qu’aujourd’hui fait la fête dans tout le pays ».