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Interview du candidat du Socialist Party USA, Mimi Soltysik, aux présidentielles

Élections USA : « On ne peut pas élire le socialisme à la Maison Blanche »

Publié le 11 octobre 2016

Left Voice a eu l’occasion d’interviewer le candidat du Socialist Party USA à l’élection présidentielle, Mimi Soltysik. Cet interview constitue le premier d’une série au cours de laquelle nous interrogerons les divers candidats représentant le camp du socialisme dans la course à la Maison Blanche pendant ce mois de novembre.

Depuis le début de la campagne, la majeure partie des électeurs ne voient que deux candidats – Hillary Clinton ou Donald Trump. Les médias dominants nous bombardent avec des histoires sur ces candidats, mais ne parlent (presque) jamais des alternatives qui existent face au Parti républicain comme au Parti démocrate.

Bernie Sanders, l’autoproclamé socialiste, a suscité un véritable enthousiasme pour les élections avant de finalement annoncer son soutien à la candidate de la caste politicienne et de Wall Street, Hillary Clinton.

Beaucoup d’Américains ignorent ainsi la plupart des individus qui se présentent ce novembre à l’élection présidentielle en tant que socialistes. Ces candidats partagent l’idée que seul le socialisme est une alternative viable, la véritable solution aux grands problèmes économiques et sociaux de notre temps. Tous répudient fortement le système politique dirigé par et pour les riches, les politiciens, qu’ils soient démocrates ou républicains, et le capitalisme en général.

Dans cette série d’interviews, Left Voice cherche à amplifier la voix de celles et ceux qui, issus de partis et de traditions différents, ont choisi de relever le défi de briguer la fonction présidentielle en tant que socialistes. Dans les semaines à venir, nous aurons l’occasion d’interviewer bon nombre d’entre eux. Ils nous raconteront leurs trajectoires, leurs politiques et leurs visions pour l’avenir de la société.

Mimi Soltysik habite à Los Angeles et milite au Socialist Party USA. Sa colistière est Angela Nicole Walker.

Pourquoi as-tu rejoint le mouvement socialiste ?

 
J’ai passé une bonne partie de ma vie à courir après l’auto-gratification et j’étais très loin de toute idée de communauté. Je veux dire, je ne connaissais pas du tout cette idée. Quand je suis entré dans la trentaine, j’étais au plus bas. Ma santé, à la fois physique et mentale, était dans un état catastrophique, et j’avais l’impression de devoir faire un choix. Dans une certaine mesure, c’était comme un réveil pour moi. J’ai commencé à apprendre à nouveau, ce qui n’était pas nécessairement le plus facile pour moi. J’avais souvent rencontré des difficultés pour apprendre. Mais j’ai progressivement fait des progrès. En faisant tout cela, j’ai commencé à construire des liens avec des gens dans mon quartier. Et j’ai commencé à voir, avec une clarté récemment trouvée, la souffrance énorme qui y existait. Peu à peu, j’ai appris, comme tant d’autres avant moi, qu’il y a une source identifiable de cette souffrance : le capitalisme. J’ai aussi appris, encore comme tant d’autres avant moi, qu’il existe une solution : le socialisme. Alors, j’ai cherché des espaces où quelqu’un comme moi pouvait contribuer. J’avais l’impression d’avoir beaucoup à apprendre et j’ai pris, et prend encore, très au sérieux ma participation dans ce mouvement.

Pourquoi as-tu décidé de te présenter à l’élection présidentielle cette année ? Qu’espères-tu accomplir avec ta campagne ?

 
En tant qu’organisation radicale aux Etats-Unis, on a très peu accès aux médias dominants en temps normal. Pendant une élection générale comme celle-ci, cela tend à changer un peu. On pensait également qu’il y aurait plus d’opportunités médiatiques après la campagne de Bernie Sanders aux primaires démocrates. En vue de cette éventualité, on a abordé tout cela avec un plan méthodique et un envie de contribuer au renforcement du camp révolutionnaire dans le pays :

1- Utiliser toutes les opportunités médiatiques pour délivrer, chaleureusement et avec humanité, un message radical sans réserve.
2- Utiliser les réseaux sociaux et les nouvelles technologies pour faire concurrence aux médias dominants.
3- Comme candidats, se rendre disponibles pour celles et ceux dont l’intérêt aurait été éveillé par ces sorties médiatiques.
4- Aider, dans la mesure du possible, à créer des liens entre ces individus, où qu’ils soient, et les militants déjà engagés à travers le pays.
5- Sachant que beaucoup pourraient se trouver géographiquement isolés du militantisme radical, utiliser les nouvelles technologies pour encourager le développement des espaces de collaboration.
6- Ouvrir notre campagne afin de permettre aux autres de raconter leurs histoires, partager leurs idées et expériences, afin d’humaniser le mouvement radical et de mettre les nouveaux venus à l’aise.
7- Créer un cadre pour que cet élan et cette organisation se poursuivent au lendemain de l’élection présidentielle.

Et c’est ce qu’on fait depuis. A vrai dire, et je ne parle qu’en mon nom propre, je ne savais pas quelle réponse on allait recevoir. Je comprends que c’est une approche de campagne assez atypique et j’admets tout à fait la possibilité que des gens disent « mais on s’en fout, non ? » Je suis heureux de vous dire que la réponse a jusque-là dépassé toutes mes attentes. C’est une expérience qui me rend plus modeste.

Selon toi, quelle est la plus grande différence politique entre ta campagne et celle des deux partis capitalistes principaux ? Comment ton programme et ta campagne diffèrent-ils de Bernie Sanders qui se revendiquent socialiste ?

 
La plus grande différence ? Merde. Nous, on est explicitement anti-capitaliste. Explicitement socialiste. Les partis capitalistes sont un fléau. Ils sont pour la destruction. Bernie Sanders défendait une position plus social-démocrate, il cherchait à mettre en place des réformes au sein du système. Tant qu’on vit sous le capitalisme, on continuera à vivre l’exploitation et l’oppression. Nous ne visons pas une exploitation et une oppression réformées. En dernière instance, nous défendons la socialisation des moyens de production sous contrôle des travailleurs eux-mêmes. Bernie Sanders a aussi soutenu des guerres. Je ne vois pas comment cela est compatible avec un quelconque programme socialiste.

Pourquoi les candidats indépendants, y compris socialistes, sont-ils écartés des débats et des plateaux télé des médias dominants ?

 
Je pense que la réponse est plutôt simple. Si les médias dominants invitent les candidats socialistes à leurs débats, ce serait en dernière analyse la « fin » pour la classe capitaliste. Et je pense que ce sera bientôt le cas pour elle de toute manière. Aujourd’hui, les gens ont facilement accès à l’information. C’est de plus en plus difficile de mentir, de perpétuer les mensonges du capitalisme.

Comment ta campagne cherche-t-elle à communiquer avec la classe ouvrière, le mouvement ouvrier et les mouvements sociaux ? A quels mouvements sociaux existants t’intéresses-tu particulièrement ?

 
Pour commencer, Angela et moi-même nous faisons partie de la classe ouvrière. On passe du temps dans les communautés où on vit. On ne déconne pas là-dessus. C’est ce qu’on est et qu’on fait. Bien qu’on soit membres du Socialist Party USA, on n’aborde pas notre travail avec une approche exclusive. Que ce soit du côté de Black Lives Matter, du Stop LAPD Spying Coalition (Coalition contre les pratiques de surveillance de la police de Los Angeles) ou des projets éco-socialistes, on est et sera toujours là. On est certes candidats mais ce qui est plus important c’est qu’on appartient vraiment à nos communautés. C’est là où on a fait la plupart de notre travail pendant cette campagne et c’est là où on sera après. On veut lutter contre l’oppression et l’exploitation. Point.

Comment construirais-tu l’unité dans l’action parmi les groupes se revendiquant du socialisme et les organisations de la classe ouvrière autour des demandes communes ? Quelles possibilités vois-tu pour l’activité électorale unifiée au sein de l’extrême-gauche dans l’avenir proche ?

 
On a tendance à s’approcher des gens en se concentrant sur nos objectifs communs d’abord plutôt que de se concentrer sur nos différences. On voit ces gens comme des amis, comme de la famille dans la lutte, et je pense que cela a des effets positifs sur la manière dont nos rapports se construisent. Si on peut partager un rire, une étreinte, un sourire, une histoire, il devient plus facile de combattre le sectarisme par la positivité.

Une poignée de socialistes se présentent indépendamment aux Républicains et Démocrates. Comment convaincrais-tu nos lecteurs à voter pour toi ?

 
Si nos idées, nos mots, nos actions résonnent en vos lecteurs et ils choisissent de voter pour nous par conséquent, c’est super. Mais, finalement, je pense que le militantisme révolutionnaire à l’échelle locale est la clé. Si notre campagne aide les gens à faire un pas dans ce sens, à s’engager dans le mouvement révolutionnaire, on est content. A chaque fois qu’on le voit, c’est comme une victoire.