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Monde

La réaction en action

En attendant son mur, Trump envoie l’armée surveiller la frontière USA/Mexique

A quelques mois des élections de mi-mandat, prévues en Novembre prochain, Donald Trump a décidé de renouer avec la thématique du sécuritaire et de la chasse aux migrants. Ainsi, alors que la construction du mur séparant les Etats-Unis et le Mexique n'a pas commencé, le président-milliardaire a décidé d'envoyer la garde nationale surveiller la frontière.

Solidifier sa position en apparaissant, une nouvelle fois, en chef de guerre. Un objectif pour Trump

Il est peu dire que la présidence de Trump est jonchée de difficultés. Entre l’affaire de l’ingérence russe, ses démêlés avec l’ex-directeur du FBI ou ses échecs sur des réformes anti-sociales, la liste est longue. Une période de crise qui a même commencé à poser dans le paysage la question de la destitution de Trump, même si son application réelle semble aujourd’hui écartée.

Fragilisé dans sa posture même de chef d’Etat, Trump a rapidement cherché à solidifier sa position en endossant les habits du « chef de guerre ». Là aussi, le président-milliardaire est loin d’avoir réussi a atteindre ses objectifs. Sa sortie guerrière anti-Iran en Arabie Saoudite l’été dernier a en effet débouché sur une crise profonde dans le Golfe, aboutissant à l’embargo de son allié qatari. Autre épisode marquant, l’escalade verbale avec la Corée du Nord, allant jusqu’à laisser planer la menace d’une intervention nucléaire, et qui aura en définitive conduit à une forme de rapprochement entre la Corée du Nord et la Chine, mais aussi à l’ouverture de possibles discussions entre les deux Corées.

Autant dire que, loin d’avoir rassuré et élargi sa base sociale, les envolées guerrières de Trump ont plutôt pour effet de maintenir, voire d’accentuer la crise de légitimité de ce dernier. Du côté de larges franges des classes dominantes, ouvertement néo-libérales et déjà sceptiques face au programme libéral-conservateur de Trump et à son tournant protectionniste, le constat est similaire : la suspicion et la méfiance se sont largement renforcées.

Pourtant, peu d’options, en dehors de la démonstration de force guerrière, s’offrent à Trump pour redorer son blason présidentiel. C’est pourquoi le président américain a sauté sur l’occasion de la tentative de passage d’une caravane de 1500 migrants à la frontière mexicaine pour hausser le ton. « Jusqu’à ce que nous ayons un mur, nous allons protéger notre frontière avec l’armée, c’est un grand pas » a t-il ainsi annoncé, une opération confirmée ce 5 avril. De quoi revenir sur un terrain qui a fait son succès lors de l’élection de 2016 : celui de la sécurité intérieure et de la xénophobie anti-latinos.

L’envoi de l’armée à la frontière mexicaine : une décision influencée par des besoins électoralistes

« En attendant le mur, l’armée ! » Voilà qui résume en quelques mots le mot d’ordre que pourraient brandir les pro-Trump à l’occasion des élections de mi-mandat. En effet, les américains sont appelés aux urnes en novembre prochain, afin de renouveler la chambre des représentants et un tiers du Sénat américain.

Il y a là un véritable enjeu pour le pouvoir Trump, qui a vu sa côte de popularité dégringoler et sa politique contestée ces derniers mois. Déjà contrarié par sa propre majorité au Sénat sur sa réforme du système de santé, l’hypothèse d’un raz-de-marée démocrate est aujourd’hui la plus probable. De quoi renforcer Trump dans sa conviction de renouer, en ces temps électoraux, avec un terrain qui lui a réussi en 2016, et ce alors que dans le même temps, les Etats-Unis ont tout simplement « laché » leurs désormais ex-alliés Kurdes face aux cannonades d’Erdogan et de Bachar al-Assad.

Exacerbation des tensions à la frontière mexicaine ?

L’envoi de troupes militaires américaines à la frontière mexicaine est loin d’être une nouveauté. En effet, George W. Bush, en 2006, et Barack Obama, en 2010, avaient tous deux envoyé la garde nationale.

Si ces deux envois de militaires à la frontière étaient en soi profondément réactionnaires, la version « Trump » laisse entendre qu’il ne s’agit que d’une « mesurette » en attendant la mise en place réelle de sa politique xénophobe : construire le mur. En d’autres termes, mettre en place une répression militaire dans le seul et unique but de mettre sur pied une arme redoutable contre les migrants fuyant la misère.

La méthode, tout comme le fond politique, est particulièrement brutale. En effet, ré-ouvrir de la sorte le dossier du mur, à l’heure où les palestiniens tombent sous les rafales de l’Etat d’Israël à Gaza, est chargé d’une forte symbolique macabre. Sans oublier que la question du mur a cristallisé les tensions avec le Mexique au début du mandat de Trump. Une telle annonce pourrait donc avoir des répercussions, et être source de nouvelles tensions, entre l’impérialisme états-unien et les pays latino-américains.

Crédits photos : (GUILLERMO ARIAS / AFP)




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