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En voyage en Chine, Macron revendique une commande de 184 A320

Une commande de 184 A320 pour un total de 18 milliards vient d’être conclu entre le président français et son homologue chinois. Alors qu’Airbus connaît une crise du fait d’affaires de corruption, les présidents français et allemand tentent d’assurer leur géant industriel. Cette commande cristallise la concurrence avec Boeing qui prend place en Chine, et annonce une intensification de l’accélération des cadences.

Alors que les actionnaires tentaient d’évacuer le contrôle des États (notamment français et allemand) sur les décisions du groupe, la nouvelle crise d’affaires dans laquelle s’embourbe Airbus pourrait remettre ses alliés étatiques sur le devant de la scène. Il est en tout cas hors de question pour Macron et Merkel de laisser leur fleuron de l’industrie se démener seul dans une crise de corruption. C’est surtout pour le président français un énorme coup de pub que d’annoncer, alors qu’Airbus est enferré dans ses démêlés judiciaires, une commande de cette ampleur qui lui permet de s’afficher comme un leader dans les relations commerciales. Une logique pouvant mener les chefs d’État à « brader » ces achats en échange de la possibilité d’afficher un gros contrat.

Après la mascarade pro-droits-de-l’hommiste menant aussi à la signature de juteux contrats avec la Turquie et son dictateur Erdogan la semaine dernière, Macron s’est rendu en Chine cette semaine rencontrer le tout aussi autoritaire Xi Jinping pour assurer en ce début d’année des carnets de commande bien remplis à Airbus. Brégier, le n°2 d’Airbus était aussi de la partie.

Pas encore officiellement finalisée, la commande compterait pas moins de 184 A320 pour une valeur totale de 18 milliards d’euros, prix catalogue, c’est-à-dire sans compter les pots-de-vin (c’est-à-dire une vente à bas coûts) que peuvent souvent nécessiter ce genre de commandes, et que cette fois-ci Airbus devra déclarer s’il ne veut pas avoir une nouvelle affaire derrière lui. Commande qui vient s’ajouter à celle conclue par Merkel qui prévoyait la livraison de 140 Airbus à la Chine.

Airbus n’a pas encore annoncé les chiffres officiels mais devrait totaliser un carnet de commande s’élevant à plus de 700 avions pour 2017. Cela pourrait rassurer les actionnaires. Par contre du côté des ouvriers de l’entreprise et de ses sous-traitants (qui assurent parfois plus de 50 % de la fabrication d’un avion), le poids du « succès » risque d’être très lourd puisque cette nouvelle commande d’A320 devrait être livrée d’ici 2019-2020, de quoi accélérer les cadences et mettre la pression sur les ouvriers pour que les avions soient livrés à temps, logique habituelle chez les deux avionneurs.

Une commande reflétant les intérêts économiques des deux partis

La Chine ne commande pas tous ces avions uniquement poussée par la demande. La croissance démographique en Chine et l’élévation rapide du niveau de vie pousse certes à l’achat de nouveaux moyens de transport, néanmoins, ces commandes faramineuses ne sont pas uniquement fondées sur une anticipation de la demande, mais représentent une stratégie économique de la part de la Chine. Et réciproquement, il est certain que la Chine représente un intérêt direct, du fait de sa puissance économique et démographique, pour Airbus comme pour Boeing.

La Chine elle-même tente de se construire une puissance industrielle dans l’aviation, et pour ce faire, elle a aussi besoin du savoir-faire, et des appuis de l’un des deux géants de l’aviation pour notamment lui transférer leur technologie, en plus de questions de brevets que seuls les États-Unis et l’Europe sont pour l’instant en capacité de délivrer. Renforcer le duopole pour pouvoir un jour le concurrencer, voilà la logique dans laquelle s’engage la Chine ; quand Airbus et Boeing sont prêts à transférer leur technologique, au risque donc sur le long-terme de voir émerger un nouveau concurrent de taille pour s’assurer, sur le court terme, de quoi rassurer les actionnaires et se garantir une position concurrentielle.

De ce fait, les promesses de commandes sont aussi motivées par un transfert de technologie. En 2008, Airbus implantait une chaîne d’assemblage à Tianjin, puis un site de production de pièces d’A350 à Harbin, et tout récemment, un centre d’équipement d’A330 à Tianjin. Plus récemment encore, Airbus aurait proposé de localiser à Tianjin une activité d’aménagement de cabine pour l’A380, en échange de commandes concernant ce même avion. Après la commande de 184 Airbus, Brégier a annoncé une augmentation de production de 50 % dans l’usine de Tianjin, soit le passage de 4 à 6 A320 produits par mois d’ici la fin 2020. Une stratégie qui a permis à Airbus de voir sa part de marché en Chine bondir de 6 % en 1995 à plus de 50 % aujourd’hui. Et Macron de déclarer : « nous avons également des ambitions pour les A350 et les A380 dans les semaines ou les mois à venir ».

La course aux commandes entre Airbus et Boeing

La Chine a déclaré qu’elle assurerait une parité de part de marché entre Airbus et Boeing. Un équilibre de commandes vient donc d’être rétabli entre les deux avionneurs. Laissant ainsi ouverte la concurrence sur son territoire, concurrence qui lui est extrêmement bénéfique puisque les deux avionneurs cherchent à avoir un maximum de commandes de la part de cette puissance économique, qui valent à cette dernière de voir se localiser sur son territoire de plus en plus d’antennes d’Airbus comme de Boeing. De quoi continuer à assurer une parité.

En effet, cette stratégie de transfert de technologies en Chine commence aussi à être développée par Boeing. Et lors de la visite de Trump en Chine, Pékin avait commandé rien de moins que 300 appareils. Après cette commande record, l’avionneur avait annoncé l’ouverture d’un premier site industriel en Chine, destiné à équiper l’intérieur des Boeing 737. Cette course aux commandes se fait dans un contexte où les experts du marché de l’aéronautique annoncent que le pic de production des avions de ligne devrait être atteint en 2020, soit dans à peine deux ans. Un pic que les deux avionneurs cherchent à anticiper, d’une part en conquérant les parts de marché les plus importantes, d’autre part à investissant de plus en plus sur d’autres secteurs d’activités, notamment les services et l’entretien de toute la flotte qu’ils sont en train de construire.

En attendant cette situation concurrentielle conduit Airbus comme Boeing à délocaliser leur production pour payer au rabais des travailleurs à l’international et donc à développer des stratégies managériales pour produire toujours plus et plus vite en mettant sous pression les ouvriers.




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