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Société

La patronat ne connaît pas la crise

Enquête : 15 patrons du CAC40 touchent 100 fois plus que leurs employés

Les riches sont de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres. Voilà le constat de ces dernières années de crise du capitalisme. Dans son nouvel ouvrage, Le vrai salaire des patrons, le journaliste Thierry Gadault dévoile que 15 patrons français touchent plus de 100 fois le salaire moyen de leurs employés.

Le patronat et les gouvernements nous demandent de nous serrer toujours plus la ceinture dans un contexte de crise du système pour l’intérêt général. Pourtant, les efforts, ce ne sont que les travailleurs qui doivent les faire, comme le montre Thierry Gadault dans son dernier livre sorti cette semaine. Il met en lumière le décalage énorme entre les rémunérations de certains grands patrons français et celles de leurs salariés.

Pour ce faire, les chiffres sur le salaire moyen n’étant pas disponibles, il a mis en rapport la masse salariale du groupe (tous pays confondus) avec le nombre de salarié pour en déduire un « coût salarial » moyen qu’il compare au revenu du patron. D’après l’auteur, « ce coût intègre les salaires mais aussi d’autres éléments, tels que les engagements de retraite. Il est donc plus élevé que le salaire moyen ». Ainsi, l’écart entre les deux revenus est forcément revue à la baisse. De plus, il comprend également les rémunérations des cadres ce qui gonfle les chiffres pour le coût salarial moyen.

Le bilan est éloquent. En 2016, les rémunérations moyennes des patrons du CAC40 représentaient 93,4 fois le coût salarial moyen dans leur entreprise. En 8ans, ce fossé s’est creusé de 19% en 8 ans, en 2008, il n’était en effet « que » 78,5 fois supérieur. Thierry Gadault met également en avant que 15 de ces 40 patrons dépassent de plus de 100 fois le niveau moyen des salaires dans leur entreprise. Un salarié mettra donc 100 ans pour atteindre 1 an de salaire de son patron. C’est Georges Plassat, l’ancien PDG de Carrefour, remplacé cet été par Alexandre Bompard, dont les 9,7 millions d’euros empochés en 2016 (fixe, variable et plans d’actions ou stock-options inclus) qui est largement en tête de ce classement honteux puisqu’il a touché 454 fois le coût salarial moyen de la boîte. Il faudra donc travailler pendant plus de quatre siècles et demi pour espérer atteindre le salaire d’un an du patron de Carrefour. L’homme à la deuxième marche est Michel Landel, PDG de Sodexo avec un revenu 177 fois plus élevé (une rémunération de 4,1 millions d’euros contre un coût salarial moyen de 22.981 euros). Bernard Arnault, le patron de LVMH, complète le podium. Ses 7,8 millions d’euros engrangés étant 160 fois supérieurs au coût salarial moyen du numéro un mondial du luxe...

Ces chiffres sont ahurissants. Ces patrons qui s’empiffrent sur le dos des travailleurs et osent fermer des boîtes qu’ils jugent pas assez rentables sont tout bonnement criminels. Les patrons et les gouvernements successifs nous expliquent qu’on doit faire des sacrifices mais où sont leurs sacrifices ? Eux qui ne cessent d’augmenter leurs salaires et de se partager avec les actionnaires les profits gagné à la sueur et parfois à la mort du salarié. Un mois de travail d’une caissière de Carrefour qui subira toute sa vie des troubles musculo-squelettiques dû à la répétition des tâches correspond à ce que gagne son PDG en une heure : Georges Plassat gagne en effet 1 107 euros à l’heure... Le gouvernement et le patronat viennent nous dire qu’il n’y a pas les moyens d’augmenter les salaires. Ces exemples révoltant montrent bien que ce n’est pas à nous de payer une crise qu’eux même ne subissent pas.

Thierry Gadault, Le vrai salaire des patrons, L’Archipel, Paris, 2017, 18,00€




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