Monde

Reprise des raids contre PKK

Et pendant ce temps, Erdogan bombarde les Kurdes

Publié le 21 juillet 2016

Ce ne sont pas que les gülénistes qui sont sous le feu de la répression, en ce moment, en Turquie. Les Kurdes en savent quelque choser. Un an, jour pour jour, après le massacre de Suruç, attribué à Daech, l’aviation turque a bombardé comme jamais les positions du Parti des Travailleurs du Kurdistan, dans le Nord de l’Iraq.

Ciro Tappeste

Erdogan, de par sa politique du vide, ne se limite pas à la seule purge des secteurs gülénistes qui seraient derrière la tentative de coup d’Etat du 15 juillet dernier. C’est toute l’opposition qui est la cible de l’offensive renouvelée du président et de l’AKP, le parti au pouvoir, et, parmi les multiples cibles, les Kurdes ne sont pas oubliés.

Dans la vague d’arrestations massives qui a suivi le putsch raté, les députés et élus du HDP, le parti de gauche pro-kurde, figurent sur les listes noires confectionnées par le ministère de l’Intérieur, de même que les journalistes kurdes. Au niveau militaire, les bombardements contre les positions du PKK, dans les montagnes du Kandil, dans le Nord de l’Iraq, ont repris comme jamais.

Ce sont donc au moins vingt combattants kurdes qui ont été tués dans les bombardements de ces deux derniers jours. Il s’agit d’attaques menées, comme de coutume, au mépris du droit international puisqu’Istanbul viole allégrement la souveraineté aérienne iraquienne sans que quiconque, pas même le gouvernement fantoche en place à Bagdad, n’y trouve à redire. Après l’échec du coup d’Etat, les Kurdes de Turquie, du Nord iraquien et du Nord syrien, ont tout à craindre.

En dépit de l’épuration en cours dans l’état-major, notamment de l’aviation militaire au sein de laquelle le général Ozturk a été démis de ses fonctions, pour Erdogan, la reprise des bombardements a plusieurs objectifs : il s’agit, bien entendu, d’un message aux Kurdes mais également à l’ensemble de l’armée, visant à montrer que l’AKP continue à avoir la main et que le parti au pouvoir ne renoncera en aucun cas à sa politique nationaliste.

Pour ce qui est des Kurdes, la reprise des bombardements après plusieurs jours d’accalmie dans le ciel à la frontière turco-iraquienne a un contenu double. Si nombre d’habitants des zones kurdophones, où plus de 355.000 habitants ont été déplacés au cours des derniers mois du fait des opérations de l’armée, ne savaient que penser du coup d’Etat du 15 juillet, les bombardements d’Erdogan viennent, à leur manière, leur rappeler ce qu’a fait le gouvernement jusqu’à présent et célébrer l’anniversaire du massacre de Suruç.

Il y a un an, en effet, 33 jeunes militants et militantes de la gauche radicale turco-kurde se préparaient à rejoindre Kobanê, de l’autre côté de la frontière, lorsqu’ils ont été fauchés par la bombe d’un kamikaze. Cet attentat, attribué à Daech, avait été l’occasion, pour Erdogan, de relancer avec encore plus d’intensité les raids contre le Kandil, le Rojava syrien et le Bakur, dans le Sud-est turc, soi-disant pour « lutter contre le Califat » mais pour frapper, en réalité, les positions de la gauche kurde. Un an après Suruç, le coup d’Etat raté du 15 juillet donne à Erdogan les coudées franches pour monter encore d’un cran dans sa politique de répression contre les Kurdes.