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Jeunesse

Le gouvernement passe à l’offensive

Face à un mouvement étudiant en pleine extension, Macron réprime pour éteindre le brasier

Alors que la mobilisation étudiante se répand comme une traînée de poudre dans des dizaines d’universités, la répression du gouvernement a franchi un nouveau pas ce lundi 9 avril, alors que les cheminots et étudiants étaient côte à côte dans la rue. Face à une radicalisation et une détermination accrue du mouvement, le gouvernement tente de briser les foyers de mobilisation pour casser les convergences avec les secteurs en lutte, les cheminots en première ligne.

Une mobilisation qui prend de l’ampleur : de nouvelles facs rentrent dans la bataille !

Ce lundi 9 avril, ce sont plusieurs nouvelles universités qui ont profité de la date de grève nationale des cheminots pour se lancer dans la bataille contre la loi ORE. En région parisienne, alors qu’il y a encore quelques jours, la fac de Tolbiac de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne était isolée à échelle régionale dans son combat contre la sélection, elle a été maintenant rejointe par l’Université Paris VIII Saint-Denis, ainsi que par l’Université Paris IV Clignancourt, l’Université de Nanterre et depuis lundi par l’Université Sorbonne-Nouvelle (Paris III), toutes occupées jusqu’à nouvel ordre. A échelle nationale, en plus des universités en grève depuis plusieurs semaines comme Nantes, Rennes ou Toulouse, ce sont des dizaines d’universités habituellement peu investies dans les mouvements sociaux, à l’instar de la fac de Saint-Etienne, qui organisent des assemblées générales et qui votent le blocage pour protester contre les réformes de l’éducation. Il est d’ailleurs difficile d’avoir un chiffre exact des universités actuellement en grève, ce qui ne peut qu’être bon signe.


Source : Libération

Le gouvernement entame un tournant répressif contre les étudiants ...

Il y a quelques semaines, le gouvernement avait déjà tenté de tuer la mobilisation dans l’œuf en multipliant les attaques policières dans les universités mobilisées, comme Bordeaux, Dijon ou encore Nantes. Mais la médiatisation de l’affaire de Montpellier avait contraint ce dernier à freiner dans la répression policière un temps. En effet, l’attaque du groupuscule fasciste à la faculté de droit de Montpellier avait eu l’effet inverse que celui escompté, et les étudiants avaient répondu par une Assemblée générale réunissant 2500 personnes votant la grève illimitée.

C’est dans cette optique que sous pression de la mobilisation, le gouvernement n’a pas tenté de déloger l’occupation de la fac de Tolbiac, faisant le choix de ne pas risquer un retour de bâton en cas de forte répression policière. Mais ce temps est révolu, car alors que Macron comptait sur un pourrissement des occupations, c’est bel et bien le contraire que montre la réalité des universités occupées qui commencent à devenir des réels carrefours pour la convergence des luttes. Et face à un mouvement d’ampleur qui gagne de nouvelles universités chaque jour, à la détermination des cheminots le gouvernement, pour qui cette situation devient de plus en périlleuse, change de stratégie et tente de réaffirmer sa détermination et autorité en réprimant les militants.

Les étudiants de l’Université de Nanterre en ont payé les frais ce lundi. Alors que, depuis ce week-end, la fac était occupée suite à l’organisation de la Coordination Nationale Etudiante (CNE) réunissant des étudiants mandatés de 35 universités différentes, les forces de l’ordre ont passé à tabac les étudiants mobilisés, dont un a dû être évacué par une ambulance. Cette université, symbole du coup de départ de mai 68, a en partie été la cible numéro 1 des forces de l’ordre car elle a accueilli la CNE, le cadre qui permet aux étudiants de décider eux-mêmes de la suite du mouvement, en se coordonnant nationalement, grâce à l’auto-organisation. Six étudiants de Nanterre ont été arrêtés et placés en garde à vue. Ces arrestations, visant les figures étudiantes militantes de la fac, ne sont pas anodines. Tout comme dans le mouvement ouvrier, à l’image du licenciement de Gaël Quirante, elles ont pour objectif de casser la mobilisation en réprimant ses figures les plus combatives.

A Lille 2, ce lundi 9 avril, le gouvernement n’a pas non plus hésité à sortir la matraque pour réprimer les étudiants mobilisés. Les professeurs d’université avaient en effet décidé de se mettre en grève pour empêcher la tenue des examens et demander leur report, ce à quoi le gouvernement a répondu par une répression massive. Sept fourgons de CRS attendaient les étudiants censés passer leurs examens, et ont délibérément gazé les étudiants, professeurs, qui protestaient contre la tenue des partiels ainsi que les cheminots qui avaient fait le déplacement en soutien. Face à ces conditions scandaleuses de tenue d’examens, la majorité des étudiants a décidé de rendre copie blanche, avec pour seule indication « Grève générale + 10 améliorable ».

Dernière tentative de répression du mouvement étudiant en date ? L’intervention des CRS à Grenoble pour empêcher la tenue … d’un comité de mobilisation. L’objectif est sans aucun doute de réprimer en province, là où la lutte est moins médiatisée et où la mobilisation est encore assez jeune pour que des coups de matraque ne provoquent pas, comme ce fut le cas à Montpellier, une radicalisation encore plus grande du mouvement, et une détermination accrue des étudiants. En revanche, dans des universités telles que Paris 1, Montpellier ou encore Toulouse, le gouvernement est face à une impasse, et les tentatives de décrédibilisation du mouvement prennent une autre tournure.

... Couplé à une complicité médiatique

« Manipulation de l’extrême-gauche », « minorité agissante  », « violences grandissante », « revendications allant bien au-delà de la loi ORE », « une situation intenable » … autant de tentatives de décrédibilisation qui font la Une des grands journaux depuis quelques jours, et qui résonnent dans chaque déclaration du gouvernement. Tous les prétextes sont bons pour décrédibiliser le mouvement étudiant, qui, même si il ne l’avoue pas encore à haute voix, fait bel et bien peur au gouvernement, à l’image de la tentative grossière du Quotidien d’utilisation de l’affaire des tags antisémites pour discréditer l’occupation de l’Université Paris 1. De même, la revendication du « 10 améliorable » exigée par les profs et étudiants mobilisés pour ne pas pénaliser les étudiants en grève n’a cessée d’être utilisée pour tenter de nous faire passer pour des « fainéants », qui seraient complètement « hors de la réalité ».

Mais si tous ces scandales éclatent, et que les tentatives de décrédibilisation s’intensifient avec le mouvement, c’est bel et bien parce que lorsque le gouvernement parle de « minorité agissante », il ne convainc absolument personne, pas même dans ses rangs car il s’est senti obligé de déclarer que la « jeunesse en marche » avait été envoyée dans les facs pour surveiller l’ampleur du mouvement, preuve d’une crainte réelle. Car les Assemblées Générales qui rassemblent 1000, 2000 voire 3000 personnes, comme on a pu le voir à Toulouse, Montpellier, Tolbiac, ou encore à Paris 3 ce lundi (fac qui rassemblait seulement quelques centaines d’étudiants lors de la lutte contre la loi travail en 2016) sont la preuve réelle d’une mobilisation massive, très radicale et extrêmement déterminée.

La multiplication des attaques de groupuscules d’extrême-droite

Le 22 mars au soir, anniversaire du début de mai 68 et journée de grève nationale, les occupants de la fac de Montpellier subissaient une attaque d’un groupuscule d’extrême-droite armé de battes et de tazers qui envoyait quatre étudiants à l’hôpital. Mais surtout, cette attaque fut organisée par le doyen de la fac lui-même, et avec la complicité de la police qui escortait les agresseurs à la sortie de la fac. L’affaire a été extrêmement médiatisée, et a même poussé le doyen à démissionner et le gouvernement à condamner l’attaque. Aujourd’hui encore, Macron tente à tout prix d’étouffer le scandale, comme le montre l’enquête de Médiapart, qui a révélé que l’un des témoins-clé avait été menacé par un policier pour l’obliger à se taire. Suite à cette attaque très médiatisée, de nombreuses autres tentatives, parfois réussies, de groupuscules d’extrême-droite organisés ont émergé. A Strasbourg, une quinzaine de membres du groupuscule fasciste Bastion Social a attaqué des étudiants devant leur campus mercredi dernier. De même, à Lille 2 et à Nantes, des groupes d’extrême-droite s’en sont pris à la mobilisation.

Vendredi soir dernier, c’est l’épicentre de la mobilisation parisienne, la fac de Tolbiac, qui subissait à son tour une tentative d’attaque, qui a vite rebroussé chemin au vu du rapport de force en faveur des occupants.

Mais surtout on pourrait s’interroger sur les raisons qui ont encouragé ces franges organisées de l’extrême-droite à passer l’acte. Durant l’entre-deux-tours, les grands médias nous expliquaient qu’il fallait voter Macron pour éviter que l’extrême-droite soit au pouvoir et que des milices agissent au grand jour, mais c’est bel et bien Macron et son gouvernement qui appliquent des politiques ultra-répressives dignes du FN. Entre la traque aux migrants organisée par Gérard Colomb, la loi asile-immigration, l’intégration de l’Etat d’urgence dans le droit commun et la répression que subissent les étudiants mobilisés contre la sélection depuis plusieurs semaines, c’est la politique de Macron qui en définitive encourage ces groupes à sortir du terrier, se sentant les mains libres pour attaquer des étudiants mobilisés.

Tolbiac, la peur de la tâche d’huile ?

Le président de La Sorbonne, Georges Haddad, l’a lui-même admis : « Il y a déjà eu des blocages, mais jamais à ce niveau-là et avec cette dimension politique et idéologique. Cela a commencé comme une contestation de la loi sur Parcoursup, par des étudiants, avec des revendications que je peux comprendre. Mais maintenant, j’observe une contestation globale ». Sous cette déclaration, c’est la même peur qui hante le gouvernement, celle d’une jonction réelle avec le mouvement ouvrier.

Et G. Haddad a raison, lorsqu’il affirme que nous ne nous battons pas uniquement contre le Plan étudiants. Nous luttons aussi, en tant qu’étudiants mais aussi en tant que futur travailleur, contre la casse du statut des cheminots, la suppression des petites lignes, la destruction de la fonction publique, des retraites et de tous les secteurs en lutte aujourd’hui. C’est précisément cette crainte qu’a Macron : celle que nous nous rendions compte que celui qui orchestre toutes ces attaques, c’est bien le même gouvernement. Et c’est pourquoi l’occupation de Tolbiac angoisse tant le gouvernement, qui pour l’instant ne peut se permettre une intervention policière. Les occupants ont créé « L’université ouverte », qui organise chaque jour des conférences, des débats, des projections, et qui a commencé à créer cette convergence avec les cheminots par une rencontre qui a rempli un amphithéâtre de la fac la semaine dernière. Cette fac parisienne élitiste attire tous les médias, et c’est bien le scénario de la tâche d’huile — qui est déjà partiellement en train de se réaliser, comme le montrent les mobilisations naissant à Paris 3, Paris 4, Paris 8 et Nanterre — que redoute la bourgeoisie, et qui a précipité la répression policière en ce lundi 9 avril, journée de grève cheminote.




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