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Fichiers TES. Aux portes d’une société Orwelienne

Publié le 17 novembre 2016

Le 30 octobre dernier a été décidé par décret du gouvernement le fichage de… tout le monde. Toute personne âgée de plus de 12 ans ayant une pièce d’identité française aura sa petite fiche centralisée dans des serveurs utilisables par tous les appareils de l’Etat.

Kévin Arapo

En parallèle d’une nouvelle prolongation de l’état d’urgence se déicde en silence le recul de nos libertés et droits démocratiques. La plus grande base de donnée de fichage biométrique de l’histoire, le Titre Electronique Sécurisé (TES), continuité directe de la loi sur le renseignement, centralisera les données telles que le nom, le prénom, la taille, les empreintes digitales, la photographie, la couleur des yeux, les liens aux fiches des parents, l’adresse physique, l’adresse e-mail et le numéro de téléphone des individus.

Authentification et identification


Sous prétexte de simplification administrative d’authentification, on impose une mesure qui servira potentiellement (et évidemment) à bien d’autres choses, notamment à l’identification. Ce projet ne servira en première instance qu’à authentifier les individus (c’est à dire à vérifier que la personne correspond bien à l’identité officielle), mais on peut très vite imaginer qu’il servira à l’identification (c’est à enquêter et identifier quel personne a commis tel ou tel acte).
Le problème n’est pas en premier lieu le fait que l’Etat ait connaissance de ces données, mais plutôt qu’elles soient toutes réunies dans un seul et même endroit dématerialisé. La Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) proposait d’ailleurs une alternative balayée d’un revers de main par Cazeneuve sous prétexte qu’il ne garantie pas l’équilibre économique : que les données biométriques soient inscrites sur des cartes à puces individuelles donc non centralisées sur une unique base de donnée.

A quoi ça peut donc servir ?


Que se passera-t-il si cet outil tombe dans les mains d’un gouvernement autoritaire mal intentionné (non pas que le PS ne le soit pas) ? Comme l’explique François Pellegrini de la CNIL dans un entretien donné à Mediapart, dans les années 30, les hollandais avaient fiché la population pour pouvoir organiser la société (places dans les écoles, hôpitaux etc.) et y avaient inscrit la religion des personnes. Il s’en est suivi une exploitation de ces fiches à des fins fascistes que nous connaissons bien. La réponse de Cazeneuve est sans équivoque : « À vous de l’éviter ». Autrement dit, votez pour le PS si vous ne voulez pas que pire qu’eux soit armé à tous les niveaux contre celles et ceux qui relèvent la tête. Oui, le gouvernement fait du chantage électoraliste, et ça ne sera pas la première fois (on se souvient de la déchéance de nationalité par exemple).

Plusieurs structures d’ailleurs, dont L’Observatoire des Libertés et du Numérique, qui regroupe le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des Avocats de France, la Ligue des droits de l’Homme, La Quadrature du Net, le Cecil et le Creis-Terminal, réclament l’abrogation du décret TES. Posons nous quelques question. Que se passerait-il si l’Etat décidait un jour d’imposer ou de marchander que les données de nos cartes d’abonnements aux transports en commun soient dans cette fiche ? Que se passera-t-il lorsque, dans un bonapartisme plus avancé, avec le prétexte du terrorisme et de crise systémique, on décidera de lier votre carte de crédit aux fichiers TES ? Le projet de reconnaissance faciale par vidéosurveillance en sera la prochaine étape, et le contenu des fichiers TES est déjà suffisant pour le mettre en place. On saura alors où vous êtiez, quand vous y étiez, avec qui, et on sera tout à fait capable de faire une grossière caractérisation de ce que vous pensez, comme l’explique bien Jacob Appelbaum, activiste de Occupy Wallstreet, spécialisé dans la sécurité sur internet, dans le documentaire de Laura Poitras, Citizenfour. L’affaire Snowden nous a suffisamment enseigné des potentielles pratiques de la bourgeoisie pour faire taire et pister celles et ceux qui remettent en question l’ordre établi. Et même si les serveurs étaient prétendument « sécurisé », tout système informatique EST faillible. Ne les laissons pas institutionnaliser ces pratiques, ou nous foncerons têtes baissées dans un mur de répression qui marquera un point de non retour historique dans la lutte pour nos droits.