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Hôpitaux de Plaisir (78) : une fusion qui fait mal

Dès l’annonce de la fusion du Centre Hospitalier Charcot et de l’HGMS de Plaisir, dans les Yvelines, les salariés s’étaient mis en grève pour protester contre les dégradations des conditions de travail et de la prise en charge des patients qu’elle allait entraîner. Aujourd’hui, près d’un an plus tard, ils ne savent toujours pas « à quelle sauce ils vont être mangés ».

Chronique d’une dégradation annoncée

C’est en janvier 2018 qu’est devenue effective la fusion de l’hôpital Charcot, à vocation psychiatrique, et de l’HGMS, Hôpital gérontologique et médico-social, nouvelles cibles du projet de regroupement des établissements hospitaliers prévu par la loi de santé du 27 janvier 2016. Ce projet national, porté par les ARS, et dont les avatars se multiplient sur tout le territoire, affiche un objectif qui est de « soigner mieux à moindre coût ». Pour le « moindre coût », il est certain que les pouvoirs publics, cherchent par tous les moyens à l’atteindre. Quant au « soigner mieux », les personnels hospitaliers sont désormais sûrs que ce ne sera pas possible compte tenu de la dégradation constante des moyens et conditions de travail.

Au Centre Hospitalier de Plaisir, la direction commune puis la fusion se sont immédiatement traduites par une réduction drastique des effectifs avec une perte de près de 200 postes de soignants. Les emplois de médecins sont également touchés par le jeu des modifications de découpages sectoriels. Les résultats sont d’ores et déjà visibles. Une plus grande fatigue pour les personnels, des secteurs désorganisés, des médecins expérimentés qui partent et une coordination entre les personnels des deux hôpitaux qui, contrairement à l’objectif affiché de meilleure coordination des ressources, ne fonctionne pas mieux, voire plus mal, qu’auparavant.

Après la tenue d’une AG, rassemblés vendredi dernier devant, puis dans les locaux de la direction, les salariés sont venus en nombre exiger du directeur de savoir enfin quel était le projet réel de l’hôpital en matière de temps de travail, d’organisation sectorielle et donc de prise en charge des patients.

Ils estiment en effet avoir été jusqu’ici mis devant le fait accompli, sans que se soient tenues de réelles négociations.

Une pratique bien connue, le nivellement par le bas

Ce qui reste une inconnue aujourd’hui, mais dont la menace se précise, c’est la perspective du nivellement par le bas des conditions de travail des personnels des deux entités. Avant la fusion, les conditions de travail, et notamment les temps de travail, étaient régies par une charte locale, celle de Charcot étant notablement la plus favorable des deux. L’alignement sur la charte de l’HGMS ferait perdre aux soignant.e.s de Charcot jusqu’à 13 jours de repos compensateurs et RTT. Les conséquences sur la prise en charge des patients en seraient inévitablement gravissimes ; surtout quand on sait qu’avec la réduction d’effectifs opérée pendant la fusion alors que la situation antérieure n’avait déjà rien de mirobolant, les personnels sont désormais à bout de surcharge et de fatigue.

Le prix qu’ils auraient ainsi à payer est d’autant plus insupportable à leurs yeux que la course à la réduction des coûts est non seulement injustifiée pour un service public qui n’a pas vocation à la rentabilité, mais qu’elle aboutit, paradoxalement, au contraire même de ce qui est visé. La fermeture d’un certain nombre de lits n’est qu’une apparence d’économie dans la mesure où elle entraîne une réduction de la dotation financière. C’est une spirale tendant à la baisse de l’activité qui s’amorce et ni les personnels, ni les patients, ni leurs familles n’ont à y gagner.

Elle pourrait même, dans la foulée, entraîner la remise en cause d’une expérience dont l’hôpital Charcot s’enorgueillit : « Eric », un service mobile d’urgence médico-psychologique sectorisé représentant une alternative positive au traitement des urgences psychiatriques. Quand on sait la difficulté pour les familles et la misère pour les patients des prises en charge urgentes de pathologies psychologiques, on ne peut que s’inquiéter de l’avenir.

Des personnels déterminés à se battre

Las d’être baladés de réponses dilatoires en informations diffusées au compte-goutte, de DRH en CHSCT n’aboutissant à aucun engagement clair et acceptable de la part de la direction, les personnels ont obtenu, vendredi dernier, grâce à leur détermination affirmée, que s’ouvre enfin un véritable espace de négociation.

Accompagnés de leurs représentants syndicaux, ils rencontreront, dès ce lundi 19 novembre à 10 heures, le directeur du Centre Hospitalier. Nul doute qu’ils ne seront pas prêts à se laisser imposer des décisions aussi négatives pour eux-mêmes que pour les patients qu’ils ont à cœur de soigner au mieux.

En se battant pour le CH de Plaisir ils tentent aussi de résister au rouleau compresseur qui partout sur le territoire met à bas une médecine de proximité que les patients ne cessent d’appeler de leurs vœux.




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