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Politique

Moralisation annulée

IRFM, les députés LREM veulent garder l’argent

La moralisation attendra. Après les affaires Fillon et Le Roux qui ont révélé la corruption généralisée du système parlementaire, avec ses primes faramineuses et à la discrétion des principaux intéressés, les députés LREM ne veulent pas revenir sur l'indemnité représentative de frais de mandat. Encore 6000 euros par mois et par parlementaire qui échappent à tout contrôle démocratique. Crédits photo LAURENT THEILLET

Élu sur la base d’une loi de moralisation à la vie publique, « rétablissant la confiance dans l’action publique », et d’un renouveau de la société civile, le gouvernement Macron risque de se heurter aux bonnes vieilles habitudes parlementaires qui sont encore loin de la transparence et de la gestion démocratique. 

En effet, le groupe LREM à l’Assemblée nationale, censé incarner le renouveau et voter cette loi de moralisation, montre déjà son hostilité au projet du gouvernement. Les députés souhaitent que les contrôles sur l’IRFM soient les moins nombreux possibles alors qu’on sait que ces fonds sont susceptibles d’alimenter le clientélisme. Quant à la suppression pure et simple de cette indemnité de 6000 euros par mois et exonérée d’impôt, elle effraie particulièrement les députés : « On garderait l’IRFM, mais son utilisation serait susceptible d’être contrôlée par une autorité indépendante de manière aléatoire. ». Une modalité de contrôle beaucoup moins contraignante que celle que le gouvernement avait imaginée : plafonner l’indemnité et rembourser les frais uniquement sur présentation d’un justificatif. 

Dans le même esprit, les députés ont du mal à lâcher la réserve parlementaire que le projet de loi de moralisation visait à supprimer définitivement. Cette réserve de 147 millions d’euros actuellement utilisée à la discrétion des parlementaires, devrait être rendue plus transparente sans que les députés apportent plus de précision sur ce point. En revanche, ce qui ressort des discussions, c’est que les députés, emmenés par Richard Ferrand, veulent garder l’argent à leur disposition, dans la continuité du vote du Sénat qui a opté pour transformer la réserve en une dotation de soutien à l’investissement des communes rurales.

On le voit bien. Derrière une moralisation de façade et un renouveau invoqué en permanence, c’est bien la continuité d’un système corrompu qui s’annonce. Les députés veulent garder leurs prérogatives tout en les soupoudrant de "tranparence" pour se donner une image plus "démocratique". Mais tant que les rémunérations et les financements des représentants ne seront pas indexées sur le salaire moyen d’un travailleur et soumis à un contrôle rigoureux qui puisse aboutir à la révocation de l’élu, la moralisation de la vie publique restera un voeux pieu ou un enfumage délibérément voulu.




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