Politique

Toujours plus contre la loi travail

Journée du 19 mai à Montpellier : plus de monde que le 17 !

Publié le 19 mai 2016

La journée d’hier, jeudi 19 mai, a encore été chargée à Montpellier qui a réuni 3500 participants le matin, et une action organisée en fin de journée par les intermittents, qui se sont invités à l’apéro des adhérents locaux du Medef.

Dom Thomas

Ce jeudi 19 mai dans l’Hérault, ce sont 3500 personnes à Montpellier et 1000 personnes à Béziers qui ont battu le pavé pour exiger le retrait de la loi travail. Les rangs des manifestants ont donc grossi depuis mardi, et la journée affiche le plus haut niveau de mobilisation du mois, équivalent à celui du 31 mars. Les organisations syndicales de travailleurs étaient très représentées, ainsi que les participants à l’AG populaire et à Nuit Debout.

Les provocations policières ont commencé dès le début de la manifestation, où un manifestant a filmé une tentative d’interpellation. Un policier, manifestement mécontent d’être observé, l’a alors attrapé par le col et menacé d’arrestation. Plus tard, un lycéen a été interpellé devant l’opéra ; un rassemblement de soutien a eu lieu devant l’hôtel de police, et le camarade finalement relâché devra suivre un stage de citoyenneté obligatoire. La République n’a pas fini de chercher à nous lobotomiser avec sa liberté-de-consommer-mais-pas-de-manifester, son égalité-mais-pas-pour-toi et sa fraternité-des-biens-nés.

Comme partout, le traitement médiatique de la manifestation cherche à nuire au mouvement : France3 Région, ne cachant pas sa joie, a ainsi titré « Encore une manifestation à Montpellier », comptant dans le corps de l’article 600 manifestants mardi alors que nous étions 2000 ! Le matraquage médiatique se poursuit donc sans se renouveler, matraquant les lecteurs, auditeurs et spectateurs de commentaires sur les « casseurs » et sur l’essoufflement du mouvement, prédit depuis deux mois mais toujours pas réalisé : peut-être faudrait-il qu’ils pensent à changer de voyante...

Il faut ajouter à cette progression du nombre de manifestants les mouvements de grève qui ont touché différents secteurs. Des perturbations importantes ont ainsi touché les écoles montpelliéraines, témoignant du fait que le mouvement y a bien pris : quatre écoles maternelles et primaires et 29 cantines sont restées fermées, sans compter les temps d’accueil du matin et du soir ainsi que les activités périscolaires annulés dans de multiples écoles. De son côté, la CGT Universités avait déposé un préavis de trois jours du 17 au 19 mai. Malheureusement, dans un secteur clé comme les transports en commun locaux (TAM), les syndicats n’ont pas jugé opportun de déposer un préavis de grève, empêchant ainsi les salariés de se mettre en grève. Ceux qui ont voulu manifester ont donc du demander un jour de congé... De son côté, la société privée Pays d’Oc Mobilité, sous-traitante de la TAM, affichait également des perturbations.

En fin de journée, à l’appel des intermittents, une trentaine de précaires et de chômeurs se sont invités à l’apéro de l’entre-soi offert par le Medef local à la Voile Bleue, club sélect installé sur une portion de plage privatisée. Entrés discrètement par la terrasse, les invités improvisés se sont payés un coup à boire aux frais des patrons, avant de tenter de déployer leur banderole et de prendre la parole. Sur un malentendu, nous avons failli réussir à disposer d’un micro... Mais la sécurité veillait au grain et à la tranquillité des nobles personnages. La police fut dûment appelée – conviée officiellement, elle ! - et les trouble-fête, sortis manu militari par les agents de sécurité, épaulés par quelques membres du Medef, dont le président local, vrai bouledogue hargneux. Une discussion peu constructive, mais instructive, a néanmoins pu se dérouler à l’extérieur. A les entendre, il faudrait pleurer sur leur sort car ce sont eux qui sont à plaindre, pauvres petits patrons partis de rien, ayant créé leur entreprise dans des caves et s’étant dévoués, dans leur grandeur d’âme, à créer des emplois. Le fait que leurs employés soient payés une misère pendant que eux s’offrent des coups à boire dans des clubs sélect, ça, c’est une autre histoire, qui ne leur pose par ailleurs aucun problème de conscience, l’un d’entre eux reconnaissant sans aucun problème que la Voile Bleue s’adresse « à une clientèle ayant un certain niveau de vie ». C’est probablement ce cher patron qui s’occupera du module « égalité » du stage républicain du lycéen réprimé ce matin !

Arrivées un peu après la bataille, ce sont malgré tout pas moins de deux voitures de policiers municipaux et une voiture de la gendarmerie qui sont venues protéger le club privé et vérifier que la petite trentaine de déviants pauvres ne risquait pas de se réintroduire dans les lieux.