Politique

La police vous parle tous les soirs à 20h

Le gouvernement et les JT ne nous feront pas oublier l’enjeu du moment : la grève reconductible !

Publié le 18 mai 2016

Avec ses chiens de garde des chaînes d’info en continu, de TF1 et du service public, le gouvernement tente de focaliser l’opinion sur son nouvel ennemi public numéro 1 : la figure du « casseur ». Face à cette offensive médiatique en règle, il convient de ne pas oublier l’enjeu du moment : la grève reconductible interprofessionnelle. La journée de mobilisation nationale du 19, la septième depuis le début du mouvement, s’annonce d’ores et déjà cruciale.

Pierre Reip

Une image ouvrait tous les journaux télévisés mercredi soir : celle d’une voiture de police en feu quai de Valmy. La scène s’est déroulée en marge du rassemblement parisien contre la « haine anti-flic », porté par les syndicats de police Alliance et Unsa. La manif des flics fut un flop, mais « l’actualité » est bien malléable et la réalité est vite maquillée avec les combines les plus grossières.

Comme au bon vieux temps de l’ORTF gaullienne, « La police vous parle tous les soirs à 20h ». La pluralité des chaines ne fait pas celle de l’info et c’est le même plat qui est servi partout, en l’occurrence, du poulet.

Sur France 2, sur fond de musique angoissante, David Pujadas commente les images chocs de la voiture en feu en parlant de « cet incident, cette agression qui vient illustrer cette haine dénoncée aujourd’hui ». Suit une interview du préfet de police Michel Cadot, qui dénonce « des faits d’une violence rarement atteinte » et annonce avoir « déposé une plainte auprès du procureur pour unetentative d’homicide,puisque les deux personnes étaient dans la voiture lorsque l’engin enflammé a été jeté volontairement dans l’habitacle. »

Vient ensuite l’image d’un panonceau en carton, vraisemblablement déposé après les faits. La voix off, grave : « à côté du véhicule calciné, une pancarte a été retrouvée : message explicite.A-t-il été écrit avant ou après l’incendie ? Selon les enquêteurs, c’est peut-être la preuve que l’attaque était préméditée. ». Sur la pancarte qui s’affiche en gros plan, on peut lire : « Poulets rôtis, prix libre ». On serait tenté d’en rire, mais c’est en fait plutôt inquiétant. Le traitement de l’information prend la forme d’un réquisitoire grossier contre les manifestants et d’un plaidoyer mielleux pour la police.

Suit directement le deuxième sujet, sur les manifestations contre la haine « anti-flics » qui auraient rassemblé « plusieurs milliers de personnes dans toute la France ». Pour ne pas voir que celles-ci se réduisent à peau de chagrin, évidemment, pas de vue d’ensemble de la place de la République mais des plans serrés, méthode bien connue des réalisateurs voulant tourner des scènes de batailles sans avoir à embaucher pléthore de figurants.

« Face aux manifestants, les policiers se disent également à court de matériel », nous dit la voix off. Sébastien Thillet, syndicaliste à Unité SGP Police FO, s’exprime ensuite :

« Aujourd’hui on a à disposition comme je vous le disais précédemment des canons à eau, (…) des grenades en nombre insuffisant, ce qui ne nous permet pas de contenir et de maintenir certains belligérants qui sont très mobiles ». Le choix des mots, le poids des photos.

Vient ensuite le troisième sujet pendant lequel un journaliste tente d’interroger des policiers sur une place de la République déserte. Un policier blessé est interviewé, il a été renversé par un chauffard - et non par un manifestant.

Le quatrième sujet débute avec l’interpellation du ministre de l’intérieur par le député LR Bernard Debré, à l’Assemblée : « les voici maintenant qui brûlent les voitures de police, on assiste à une véritable chasse aux policiers. Quand il n’y a plus de pouvoir, c’est la rue qui le prend et le fait dans la violence. Faiblesse partout, Etat nul part ». Cazeneuve lui répond du tac au tac, en citant les « émeutes de banlieues de 2005 ».

Après ce combat de coq, vient enfin un sujet, très court, sur les barrages filtrants des routiers. Et une brève sur la grève à la SNCF, dans lequel le journaliste part à la pêche des usagers en colère… sans en trouver.

Jamais la parole n’aura été donnée aux grévistes.

« La police vous parle tous les soirs à 20h »

« Tous les soirs à 20h …. »

Sur TF1, même topo, Gilles Bouleau ouvre son journal avec la question : « jusqu’où iront les casseurs et les groupes incontrôlables qui sévissent depuis plusieurs semaines en marge des manifestations ? »

Lors de l’annonce des titres, le troisième sujet est remarquable : « la SNCF à nouveau en grève. De nombreuses perturbations jusqu’à demain soir et peut être au-delà. Un syndicat menace de prolonger le mouvement pendant deux mois. Vous verrez comment en Allemagne, la compagnie nationale a su se réformer pour affronter la concurrence ».

Le gouvernement, très impopulaire, tente d’imposer coûte que coûte sa loi, à laquelle restent opposés 70% de la population. Pour parvenir à ses fins, il tente de retourner l’opinion publique. Face aux nombreuses et accablantes vidéos de violences policières à l’encontre de manifestants, qui sont devenues virales sur les réseaux sociaux, le gouvernement a lancé sa contre-offensive médiatique. Il est bien aidé en cela par ses chiens de garde qui diffusent en continu la même vidéo de voiture en flammes et glosent sans fin sur la pitoyable manif de la police. Par ces grossières manipulations, Hollande, Valls et Cazeneuve veulent ouvrir le champ libre à la répression des manifestants. La colère gronde ? L’exécutif fait monter la sauce.

Si la grève à la SNCF n’a pas démarré aussi fort mercredi que lors des précédentes journées d’action, celle-ci est encore en construction. Dans de nombreuses, gares, comme à Austerlitz, où des étudiants ont même apporté une caisse de solidarité, la grève reconductible a été votée très largement. D’autres actions de soutien ont eu lieu, à Saint Lazare par exemple, où des étudiants et des Nuitdeboutistes sont descendus sur les voies aux côtés des cheminots. Évidemment, ces infos ne passent pas dans les JT.

La grève des routiers et des raffineurs se poursuit et elle reste forte dans l’ouest de la France. Après la raffinerie de Donges en Loire Atlantique, celle de Grandpuits, en région parisienne est aussi entrée en grève reconductible. Le 19 mai s’annonce d’ores et déjà comme une journée clé après le tour de chauffe du 17. Étudiants, lycéens, Salariés, précaires, seront encore au rendez-vous, dans la rue et par la grève. Face au bourrage de crâne, refusons le « retour à la normale ». « Ce n’est qu’un début, continuons le combat ! ».