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Politique

L’entre-soi des élites

La French-American Foundation, cette usine à dirigeants capitalistes

Le point commun entre François Hollande, Nicolas Dupont-Aignan, Hillary et Bill Clinton, Alain Minc, Emmanuel Macron et Édouard Philippe ? Tous sont issus du programme très sélect Young Leaders, dispensé par la French-American Foundation. Retour sur une école de formation des cadres du capitalisme français.

Ce mardi, la French-American Foundation adressait ses « sincères salutations » et tous ses « vœux de réussite » au « Président de la République nouvellement élu, Emmanuel Macron, ainsi qu’au Premier ministre, Édouard Philippe ». Cette organisation très particulière, la FAF pour les intimes, se donne officiellement pour objectif de « renforcer les liens entre la France et les États-Unis » en dispensant des séminaires à des personnalités jouant un rôle de premier plan dans le monde de la politique, de la finance ou des médias, « à fort potentiel de leadership et appelées à jouer un rôle important dans leur pays et dans les relations franco-américaines ».

Du président d’ARTE à celui d’Europe 1, du fondateur de Slate à celui de Rue89, en passant par des dirigeants de grands groupes comme Henri de Castries, d’AXA, ancien soutien de Fillon, celui de PriceMinister ou encore les deux derniers présidents de la République en date, nombreux sont les représentants directs du capitalisme français et leurs chiens de garde médiatiques à être passés par le programme Youg Leaders de la FAF. L’organisation, inconnue du grand public, assure donc une « formation » à une élite triée sur le volet. 19 Young Leaders français sur 20 sortent de l’ENA ou sont diplômés d’une autre grande école, les trois quarts sont des hommes, ils sont majoritairement parisiens… Particulièrement représentatifs de cette classe dominante minoritaire, confortée dans un entre-soi élitiste.

Cette bande de copains, tous passés par les mêmes bancs des mêmes grandes écoles et des mêmes programmes sélects, se font par la suite une joie de se nommer entre eux à des postes interchangeables de ministre, de PDG, de journaliste… La French-American Foundation, organisation à but non lucratif, certes, mais sponsorisée par la banque Lazard et haut-lieu de reproduction des élites, véritable usine à cadres du capitalisme.

Et la FAF, au-delà de son élitisme discret, brasse large : de Najat Vallaud-Belkacem à Nicolas Dupont-Aignan, tout l’échiquier de la politique républicaine y est représenté, ce qui peut s’avérer utile pour former des gouvernements. Parmi la petite dizaine de membres du Parti socialiste « formée » par la FAF ces 20 dernières années, 6 ont été nommés ministres par François Hollande en 2012.

Même musique du côté du nouveau président, Emmanuel Macron, qui, à mille lieues du renouveau qu’il cherche désespérément à incarner, a également suivi ce programme (en 2012), et pioche dans le même panier pour son nouveau gouvernement : Édouard Philippe, Premier ministre récemment nommé, est issu de la fournée 2011, à l’instar de Richard Ferrand, nouveau ministre de la Cohésion et des Territoires (Young Leaders 2005).

La French-American Foundation est ainsi l’illustration même de ces instances de formation d’une élite qui fonctionnent en vase clos, à l’image de Sciences Po ou de l’ENA, ayant tout à la fois une mainmise sur les grands groupes capitalistes qui génèrent du profit sur le dos de millions de travailleurs, protégés par des dirigeants qui mènent tous la même politique pro-patronale, des « experts » et des journalistes issus du même milieu. Alors, Emmanuel Macron : incarnation de la jeunesse et du changement ou pointe avancée des attaques envers notre camp social ?

@French American Foundation / @ French American Foundation




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