Notre classe

Pas de trêve estivale, pas de trêve sociale

Le Havre de la lutte. Rétrospective

Publié le 5 juillet 2016

Crédit photo Normandici

Maryline Dujardin

Hier au Havre, des centaines de personnes se sont rassemblées devant la sous-préfecture pour continuer à dire non à la loi travail et au passage en force du gouvernement.

Depuis début mars le Havre est plus déterminé que jamais à faire reculer le gouvernement sur sa proposition puis son passage en force de la loi travail. Les mobilisations ont rythmé ces quatre derniers mois avec à chaque fois des défilés massifs dans les rues de la ville. Beaucoup de secteurs sont rentrés en grève et ont tenté de faire plier le gouvernement par le biais du blocage économique notamment. Les AGs interprofessionnelles regroupant les différents secteurs en lutte, syndiqués certes, mais auxquelles participaient également des non-syndiqués, ont su permettre l’organisation de la lutte durant ces mois de mobilisation contre la loi travail. L’unité et la combativité qui en ont découlé ont permis au Havre d’être une ville d’avant-garde dans la mobilisation nationale.

Les travailleurs des ports et docks, les travailleurs des raffineries, puis plus tard les éboueurs et même le secteur des transports Lia ont arrêté leurs activités pour des grèves massives qui se sont inscrites dans la durée et qui ont fait réellement pression sur le gouvernement. Des opérations de blocage avec distribution de tracts pour informer la population havraise des méfaits de la loi étaient régulièrement organisées bloquant ainsi l’économie de toute une ville et maintenant une pression forte. Sur les mobilisations à travers la ville étaient chaque fois présents de nombreux secteurs : énergie, aéronautique Aircelle, cheminots, raffinerie Total, pétrochimie Chevron, automobile Renault, centrale thermique, métallurgie, CODAH, Exxon Mobil, Dresser, Imperial Tobacco, travailleurs de la santé (pour ceux qui n’étaient pas réquisitionnés), étudiants de l’université et des lycées, mais aussi des retraités, des privés d’emplois, de collectifs… et bien d’autres entreprises du secteur privé et public.

Le Havre a su démontrer une détermination et une force organisationnelle en rassemblant ses forces, en les soudant et en organisant collectivement un calendrier resséré. Ce qui a péché au niveau national a en effet su s’organiser au niveau local. Durant les AG interpro à la maison des syndicats avaient cours des prises de paroles libérés des travailleurs des différents secteurs en lutte, prises de parole souvent très politisées et qui allaient avec beaucoup de lucidité au-delà même du retrait de la loi travail, sur la remise en question de la politique du gouvernement, de l’impact du capitalisme sur le monde du travail en général et sur le quotidien des travailleurs. Les modalités d’action ont su s’organiser dans ce cadre de l’AG interpro et les forces ont su se rassembler.

Aujourd’hui les vacances arrivent mais les Havrais déterminés ne faiblissent pas avec l’organisation chaque jeudi durant toute la période estivale d’opérations de sensibilisation, qui sont par ailleurs chaque fois bien reçues par la population comme l’atteste encore hier le succès de l’opération péage gratuit au pont de Normandie. Ces opérations d’été sont prévues, comme pour ne rien lâcher et continuer de se chauffer pour reprendre avec encore plus de vigueur à la rentrée.

A l’aube des vacances la conviction qu’il faudra encore se battre pour faire retirer cette loi reste forte. La loi travail mais pas que, sur le Havre beaucoup d’autres luttes que l’on avaient pas oubliées ont refait surface ces derniers jours. Avec sur l’usine Sidel un patronat qui a su profiter de l’arrivée des vacances et du départ des employés en congés pour annoncer les licenciements d’une trentaine d’employés.

Avec également une lutte à mener sur l’hôpital Monod du Havre où il y a quelques jours le suicide d’une infirmière, remettant en cause ses conditions de travail, a beaucoup ému la population havraise.

Autre lutte à mener également : celle pour le camarade cégétiste Laurent qui avait déjà pris 6 mois de prison avec sursis pour la dégradation du local PS du Havre et qui va être rejugé dans les mois à venir pour lui asséner une peine plus sévère.

Autant de luttes à mener, mais c’est en vérité une seule lutte qui se mène : celle contre un système capitaliste injuste qui broie des vies et ne fait le profit que de quelques uns.

Les actions perdurent durant l’été au Havre pour préparer une rentrée puissante et offensive. Et d’ailleurs Roselyne Mabille de l’intersyndicale (Solidaires) prévient qu’au mois de septembre « on refait pas des sauts de puces c’est grève générale ! »