Jeunesse

Toulouse-Mirail. Un CA prêt à des concessions… c’est le moment de passer à l’offensive !

La grève en Psychologie au Mirail en passe d’être victorieuse ? AG décisive ce mercredi pour étendre la lutte

Publié le 4 octobre 2016

Le conseil d’administration (CA) du Mirail, dont la présidence SNESUP 2.0 élue au printemps, dans la continuité revendiquée d’une présidence SNESUP 1.0 dont nous savons assez largement qu’elle a bien plus appliqué les politiques d’austérité qu’elle ne les a combattues, a semble-t-il cédé, ce mardi 4 octobre, sur un nombre conséquent des revendications légitimes émanant des grévistes de l’UFR de psychologie. Ce mercredi 5, une assemblée décisive de cet UFR va se tenir, l’enjeu étant le vote de la fin : la poursuite d’une grève qui dure depuis le 19 septembre.

Julian Vadis

On ne peut que se réjouir du fait que cette lutte semble porter ses fruits : c’est avant tout la preuve que se battre n’est pas vain. La preuve que ce qui était présenté par la présidence comme impossible, ingérable, au-delà des moyens du portefeuille local, ou tout ce que l’on veut, était en réalité possible. Revendications grosso modo satisfaites, donc fin de grève ? Quoi de plus normal au premier abord. Mais quand on y réfléchit, n’est-ce pas au contraire l’indication que l’occasion est idéale non pas d’arrêter la grève, mais au contraire de la maintenir et de l’étendre, pour que ce qui est devenu possible en psychologie, le soit également ailleurs ?

Une grève qui prouve qu’on peut gagner

Cela fait des années qu’il n’y avait pas eu de grève de ce genre au Mirail. C’est-à-dire une vraie grève, portes fermées, qui empêche le processus normal de l’institution de fonctionner, sans cours à la sauvette. C’est dans l’évidence la ténacité des personnels, enseignants et personnels administratifs, grévistes, soutenus par les étudiants de psychologie, qui a fait plier la présidence de l’université. Selon les informations glanées sur le piquet de grève hier mardi midi, les avancées sont en effet significatives, alors que le discours tenu jusque-là par la présidence menait à la conclusion que les revendications du mouvement ne pouvaient pas être satisfaites (parce que le « budget » ne permet pas, que « ce n’est pas notre faute », que « vous savez on fait au mieux », etc., etc.).

Alors qu’il jouait la carte de l’essoufflement et du mystificateur« nous sommes dans le même camp », le président Lacroix, faisant face au 17éme jour de grève à un mouvement objectivement puissant - la dernière assemblée générale de l’UFR de psychologie du vendredi 30 avait réuni près de 500 étudiants et personnels - a sûrement fini par se rendre compte qu’il avait plus à gagner qu’à perdre et à lâcher du lest.

En effet, que 150 membres de l’université, personnels et étudiants, aient pu le mardi 27 mettre un solide coup de pression à la présidence, après un rassemblement devant le rectorat en compagnie des grévistes de l’université Paul Sabatier de Toulouse , eux-mêmes aux prises avec un plan de restructuration financière impliquant la destruction de 200 postes, ne pouvaient pas laisser indifférent. A pu jouer également la tenue d’une première assemblée générale dans l’UFR Lettres-Philosophie-Musique du Mirail la semaine dernière (une nouvelle à lieu ce mercredi à 12h30, en même temps que celle de psychologie) dans le prolongement de la motion de soutien émanant du département de philosophie à la grève de ce même UFR. Du côté du pouvoir local, on sait parfaitement que les travailleurs et étudiants de l’université ne sont pas suffisamment obtus pour croire que des nouveaux beaux bâtiments font disparaître par enchantement les problèmes de postes, de budget, de rythmes de travail, et la précarité massive. Bref, il est clair que la présidence a compris qu’il fallait éviter que la sauce prenne, et que la grève de psychologie, par le rapport de force qu’elle a su instaurer, se généralise.

Or tel est bien l’enjeu : un peu comme les augmentations de salaires dévorées en quelques années par l’inflation après 68, ou encore les indemnités obtenues suite à un licenciement, s’arrêter à la satisfaction des revendications immédiates de la psychologie serait dommageable pour les conditions de travail et d’étude au Mirail.

Une mobilisation victorieuse ? Alors qu’elle s’étende sur le Mirail et converge au-delà avec toutes celles et ceux qui luttent pour la même chose !

La tentation pour les grévistes, ou plus précisément par la direction de l’UFR de psychologie et ses alliés (notamment syndicaux), d’accepter le deal, si les revendications sont effectivement satisfaites, sera totalement compréhensible. Pourtant, au vu de la situation globale sur le reste du Mirail, et sur les universités (et en dehors), la poursuite de la grève serait un véritable point d’appui pour aller plus loin. Non seulement pour récupérer tous ces postes d’enseignants-chercheurs, de secrétaires, de bibliothécaires, d’administrateurs détruits pendant des années, mais aussi pour titulariser tous les précaires qui font tourner, à moindres frais, toute la machine. Mais aussi pour s’assurer que le CROUS ne supprimera pas illégalement des bourses étudiantes, pour imposer que ne soient pas fermées encore plus brutalement des cursus « non rentables », que le contingentement – illégal – soit systématiquement évité. Que la pression soit mise sur le ministère pour qu’il lâche à la jeunesse qui veut étudier autant d’argent qu’il en déverse dans les caisses des entreprises privées. Etc.

La stratégie de l’isolement, qui fait plier ceux qui luttent, n’a pas fonctionné en psychologie. Mais un certain degré de corporatisme et une manque de mise en perspective d’ensemble restent frappants. Une stratégie assumée d’extension aux autres UFR de cette grève a jusqu’ici fait défaut. Pourtant, il y aurait bien besoin de s’appuyer sur cette dynamique pour soutenir, notamment, les grévistes de Paul Sabatier (en STAPS tout particulièrement) ; pour aller en force sur place envoyer des délégations dans leurs AG, pour imposer au président Vinel qu’il mange le torchon qu’est « l’accord » imposé la semaine dernière au nom de déficits produits uniquement par une politique d’État, droite et droite pseudo-de-gauche de pouvoir confondues depuis 15 ans, qui préfèrent financer les ventes d’armes et la police que la production des savoirs.

Université Paul Sabatier, secteur hospitalier, Latécoère, etc. : que ceux qui luttent se rencontrent et s’unissent

Enfin, il suffit de lever le nez pour se rendre compte que sur Toulouse, par-delà l’université, le service public de la santé est en situation critique (suicides, destructions programmées de services…) ; et, dans le privé, une grève dans l’un des principaux sous-traitants d’Airbus, Latécoère, s’affronte à un plan social de licenciements, sans parler de la Poste et de tant d’autres secteurs en bataille en ce moment. Nous sommes dans une situation où, privé comme public, on pressure les travailleurs jusqu’à plus soif, jusqu’au moment où on les jette comme des Kleenex parce que ça coûte trop cher, avec des « usagers » qui trinquent lorsque les travailleurs n’en peuvent plus.

#TravailleursEtudiantsDuMirailValentMieuxQueCa

AG de psychologie ce mercredi, AG générale jeudi à la fac, une politique pour gagner vraiment est possible

Ce mercredi, c’est cette situation que l’AG de psychologie demain devrait mettre en avant, pour voter la poursuite de la grève dans le sens d’une politique d’extension au reste de l’université, et de solidarité avec les autres secteurs toulousains actuellement en lutte. Et si le problème est financier pour une partie des travailleurs, qu’à cela ne tienne ! Une large caisse de grève sera aisément organisable, et les catégories de personnels les mieux loties, en particulier les enseignants-chercheurs, pourront soutenir très concrètement les catégories les plus modestes et précaires. C’est ce que l’intersyndicale combative du Mirail doit défendre. C’est cela que l’AG de l’UFR Lettres-Philosophie-Musique doit défendre. C’est ce que nous devons tou-te-s défendre ensemble !

Et ce, même dans le cas où la fin de la grève serait souverainement votée en psychologie : c’est cette perspective de mobilisation collective qui devrait tout de même être portée jeudi dans l’AG générale qui est prévue : pas pour le plaisir, mais parce que c’est la seule voie pour ne pas se contenter, au final, de quelques miettes, en soi non négligeables, mais sur la durée et à l’échelle de la fac, plus que minimes.

L’État français poursuit donc aujourd’hui sans détour la précarisation et la destruction de l’enseignement supérieur public et de la recherche, et s’acharne à préparer une sélection aussi drastique que généralisée. Le Mirail n’échappe pas à ce spectre. La grève en psychologie est un premier sursaut qui montre la voie, qui redonne courage et prouve que le toujours pire n’est pas inéluctable. Faisons en sorte que ce sursaut ne soit pas confiné par un corporatisme plus ou moins conscient, et ne se réduise, au final, à une variante locale de « dialogue social » avec une présidence qui sait parfaitement ce qu’elle fait et pourquoi : #TravailleursEtudiantsDuMirailValentMieuxQueCa !