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Monde

Montée de la répression en Catalogne

Le gouvernement espagnol s’apprête à durcir son offensive judiciaire contre la Catalogne

Après l’intensification du coup institutionnel contre la Catalogne de la semaine dernière, qui a impliqué l’incarcération de six politiques catalans y compris Carles Puigdemont, le gouvernement espagnol prétend briser le mouvement démocratique catalan en attaquant les Comités de Défense de la République (CDR), les cadres d’auto-organisation nés lors du référendum du 1er octobre.

Le coup institutionnel contre la Catalogne, qui a débuté le 21 septembre dernier avec la mise sous tutelle de la trésorerie de la région par le gouvernement espagnol, prend une autre envergure depuis fin mars avec l’incarcération de cinq membres du gouvernement catalan et l’arrestation et la mise en détention provisoire de Carles Puigdemont en Allemagne.

Ce dernier fait, qui confirme la collaboration réactionnaire des gouvernements de l’Union Européenne dans le coup institutionnel contre la Catalogne, est un coup dur contre la direction bourgeoise et petite-bourgeoise du mouvement indépendantiste, confiant en une intervention favorable de l’Union Européenne. Cela ouvre également la voix à l’émergence d’une nouvelle direction du mouvement, potentiellement basée sur les Comités de Défense de la République. C’est-à-dire, sur les cadres d’auto-organisation de masse nées il y a six mois lors du référendum du 1er octobre pour protéger les lieux de vote.

En effet, depuis fin mars et cette offensive répressive, à l’initiative des Comités de Défense de la République la mobilisation a repris dans les rues de toute la Catalogne et le mot d’ordre « grève générale » est revenue à l’ordre du jour. Des milliers de catalans ont envahi les places et les rues. Ils ont encerclé le bâtiment de la Delegacion del gobierno, ont fait des barrages routiers et ont fait des opérations péages gratuits.

Les Comités de Défense de la République avaient déjà joué un rôle fondamental lors des mouvements et des grèves du 3 octobre et du 8 novembre, c’est-à-dire, quand le mouvement menaçait fortement de dépasser les cadres institutionnels et la direction bourgeoise et petite-bourgeoise de Junts per Catalunya (JxCat) et d’Esquerra Republicana de Catalunya (ERC).

Pourtant le bloc monarchique, dirigé par Philippe VI, composé du gouvernement du Partido Popular (PP), de Ciudadanos, du Parti Socialiste Obrero Espagnol (PSOE) et le pouvoir judiciaire, n’a pas tardé en réagir devant le rôle primordial des CDR et des leurs dernières actions. Les médias et les principaux représentants politiques ont entamé une campagne de diffamation des CRD allant les accuser de violence, voir de terrorisme, ce qui s’est traduit hier matin par une offensive judiciaire et policière.

Le procureur du cour d’assises (Audiencia Nacional), après avoir annoncé que ces comités « mettent en danger la paix publique, l’ordre constitutionnel et l’essence de la démocratie » a affirmé que la réponse judiciaire sera dure. Le procureur, n’étant pas encore satisfait avec les plus de 900 enquêtes judiciaires déjà ouvertes contre activistes et militants, est prêt à accuser les membres des CDR de rébellion, un des crimes les plus grave du code pénal espagnol puisque la condamnation peut aller jusqu’à 30 ans de prison.

Face à l’intensification de l’attaque du bloc monarchique contre le mouvement démocratique catalan et face à l’impuissance des directions de JxCat et ERC qui défendent le dialogue avec l’État central et se sont résignés à se contenter de l’autonomie, le développement des cadres d’auto-organisation de masse reste indispensable. C’est seulement en coordonnant, en massifiant et en étendant les Comités de Défense de la République aux quartiers, aux lieux de travail et d’étude que l’on pourra, ne pas seulement mettre en danger « l’essence de la démocratie » bourgeoise, mais la vaincre.

Crédits photo : Lluis Gene / AFP




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