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Politique

« Une médecine à deux vitesses »

Le ministère de la santé met fin au remboursement des médicaments anti-alzheimer

Ce vendredi 1er juin, un arrêté du ministère de la Santé a acté la fin du remboursement des médicaments anti-alzheimer, et ce à compter du 1er août. Jugés peu efficaces et potentiellement risqués par le ministère de la Santé, de nombreux médecins, gériatres, associations de professionnels et de malades dénoncent cette décision, qu'ils jugent « infondée et dangereuse ».

Crédit photo : LP / Olivier Corsan

Ils sont jugés peu efficaces et potentiellement risqués par la Haute autorité de Santé (HAS), qu’Agnès Buzyn dirigeait avant son entrée au gouvernement. Les quatre médicaments concernés (Aricept, Ebixa, Exelon, Reminyl), ainsi que leurs génériques qui traitent les symptômes d’Alzheimer ne seront dès lors plus remboursés à partir du 1er août.

Les effets de ces médicaments ne sont en effet pas assez efficaces selon la HAS et le ministère de la santé, dont la politique est marquée par des coupes budgétaires et un détricotement de la sécurité sociale, pour bénéficier d’un remboursement par l’assurance maladie. En 2016, la HAS déclarait en effet que ces médicaments avaient « un intérêt médical insuffisant pour justifier leur prise en charge », une prise en charge coûtant environ 90 millions d’euros par an à la Sécurité sociale, pointant également « l’existence d’effets indésirables potentiellement graves ».

Cependant, nombre de neurologues et de gériatres sont en désaccord avec le constat de la non efficacité de ces médicaments et de fait avec la décision prise par le ministère de la Santé. S’il n’y a aujourd’hui pas de médicament qui guérisse la maladie d’Alzheimer, « l’efficacité des médicaments, même modeste, existe », déclare Benoit Durant, délégué de l’association France Alzheimer, qui affirme également qu’il « a été prouvé que les arrêts des médicaments engendrent une accélération du déclin cognitif ».

Concernant la dangerosité de ces médicaments, cinq sociétés savantes et organisations professionnelles médicales (la Fédération des centres mémoire, la Fédération française de neurologie, la Société française de neurologie, la Société française de gériatrie et de gérontologie, et la Société francophone de psychogériatrie et de psychiatrie de la personne âgée) ont déclaré mardi dernier dans un communiqué que s’ils sont bien utilisés, en respectant les précautions d’emploi, « ces médicaments n’ont pas montré d’effets délétères ».

Ainsi, les raisons « médicales » prônées par Agnes Buzyn, qui justifient le déremboursement des médicaments anti-alzheimer, sont infondées. Contrairement à ce qu’elle affirme, cette décision relève bel et bien de volonté de faire des économies, sur le dos ici des malades et de leurs familles, et non d’une prétendue préoccupation médicale.

Pour faire passer la pilule, cette dernière a en effet annoncé que les 90 millions économisés seront « intégralement réorientés vers l’accompagnement des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ». Un accompagnement non-médicamenteux que le personnel médical, les familles et les associations prônent depuis longtemps, mais « en complément des médicaments » comme l’affirme Benoit Durand.

Ainsi, la réponse à apporter au manque de moyens auquel sont confrontés actuellement le personnel médical, les malades et leurs familles, est celle d’un réinvestissement massif de l’Etat dans la santé, et non à un déremboursement des soins, qui vont creuser les inégalités d’accès aux soins déjà existantes, pour placer ces 90 millions d’économies dans l’accompagnement non médicamenteux dont les malades ont besoin. Une somme qui est par ailleurs totalement insuffisante pour développer un véritable accompagnement pour les 900 000 personnes atteintes aujourd’hui d’Alzheimer.

Contrairement à ce que veut faire croire Agnes Buzyn, cette mesure est donc une attaque contre les personnes atteintes d’Alzheimer ainsi que leurs familles. Pour les familles qui n’en ont pas les moyens, le déremboursement des médicaments risquent de signer un renoncement au parcours de soin, à l’heure où la charge des familles s’élève déjà à 1200 euros par mois. A travers cet arrêté, le gouvernement condamne en effet les familles qui sont dans l’incapacité de payer les médicaments à renoncer aux soins.

Comme l’affirme Olivier de Lacoudette, président de la Fondation pour la recherche sur l’Alzheimer, cette mesure créera une « médecine à deux vitesses », avec d’un côté ceux qui ont les moyens d’acheter les médicaments, de l’autre, les familles les plus précaires qui vont devoir renoncer à la prise de ce traitement. Une mesure qui s’inscrit dans la lignée de la politique menée par le gouvernement dans le domaine de la santé.

Une politique qui tend à creuser les inégalités d’accès aux soins, à coup de coupes budgétaires, de suppression de la généralisation du tiers-payant et de déremboursement des médicaments, de mise à sac de l’hôpital public avec une dégradation des conditions de travail et une hausse du forfait hospitalier, et ce dans une logique globale de privatisation et de démantèlement de la sécurité sociale incarnée notamment dans le projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale(PLFSS)




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