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Festival néo-nazi en Allemagne

Le retour de la bête immonde ?

Pour le 20 avril, jour anniversaire de la naissance d'Hitler, plus d'un millier de néo-nazis se sont donnés rendez-vous en Saxe en Allemagne pour un festival sur la « reconquête de l'Europe ». Sous forte protection policière,ce festival est une expression de la ré-apparition de l'extrême-droite fasciste en Europe.

Ostritz, petite bourgade allemande de la Saxe d’un peu plus de 2.000 habitants à la frontière polonaise. C’est dans cette ville que se déroule ce week-end un festival néo-nazi organisé par le NPD (Nationaldemokratische Partei Deutschlands – Parti national-démocrate d’Allemagne). Le choix de la date n’a pas été laissé au hasard puisque les néo-nazis commémorent le 20 avril la naissance d’Adolf Hitler.

Au programme de ce festival, intitulé « Schild und Schwert » (Épée et bouclier), des concerts, des débats, des combats d’arts martiaux... Le tout placé sous le thème de la « reconquête de l’Europe ».
Le festival dont les initiales forment le sigle « SS », allusion évidente aux « Schutzstaffel », organe militaire et répressif du régime nazi, devrait rassembler entre 1.000 et 3.000 personnes, selon les sources, d’Allemagne et d’Europe de l’Est.

Si le festival n’a pas été interdit, c’est parce que la justice considérait son influence comme minime. L’organisation de ce festival coïncide pourtant avec une montée de l’extrême-droite dans toute l’Allemagne mais en particulier dans les Bundesländer de l’ex-RDA.
L’AfD (Alternativ für Deutschland – Alternative pour l’Allemagne) a réussi pour la première fois à entrer au Parlement lors des dernières élections législatives et parvient à réaliser des scores importants dans de nombreux Bundesländer. Un parti fasciste comme le NPD connaît également des succès électoraux à une échelle plus locale, notamment dans les Länder de Saxe et Mecklembourg-Pomméranie-Occidentale, où l’on voit désormais leurs affiches apparaître aux murs des villes.

La situation des « nouveaux Bundesländer », comprendre les anciens Länder de RDA (République Démocratique Allemande) rattachés à la RFA (République Fédérale Allemande) lors de l’effondrement de la première en 1990, est globalement moins bonne économiquement parlant qu’à l’Ouest.
Avec un taux de chômage plus fort que dans le reste du pays, un niveau de vie moins élevé, des infrastructures (les routes notamment) inégalement réparties, il existe une réelle fracture Est-Ouest dans l’État allemand.
Les habitants de l’ex-RDA ont subi de plein fouet l’effondrement de l’État bureaucratisé est-allemand, qui garantissait l’emploi, l’accès gratuit à la santé et une retraite.
Par ailleurs, l’industrie est-allemande n’a pas supporté l’ouverture à une concurrence mondiale débridée pour laquelle elle n’a pas été préparée. Malgré la volonté d’investissements massifs pour amorcer la création de pôles industriels « phares », cela ne s’est réalisé que sporadiquement, comme à Leipzig avec l’industrie automobile par exemple.

Il en résulte une colère, alimentée par les trahisons du SPD (Sozialdemokratische Partei Deutschlands – Parti social-démocrate allemand) et la politique anti-sociale menée en collaboration étroite avec la CDU (Chritstllich Demokratische Union Deutschlands – Union chrétienne-démocrate d’Allemagne) d’Angela Merkel, au service de la bourgeoisie allemande . Cette colère et ce manque de perspective, auxquels ne saurait répondre la gauche réformiste de Die Linke, qui parvient tout de même à se maintenir au niveau électoral, se traduisent par un sentiment, qui semble en augmentation progressive, d’ostalgie (nostalgie de la RDA) et vers un soutien grandissant à l’extrême-droite, voire à des courants fascistes ou fascisants.

La persistance de racines liées au régime national-socialiste dont le NPD est aujourd’hui l’héritier (le parti a été fondé en 1964 lors d’une recomposition de partis nationalistes formés au lendemain de la chute du régime nazi) est en partie liée à l’échec plus ou moins assumé de la dénazification à la fois par les puissances occidentales à l’Ouest et par l’URSS stalinisée à l’Est.
En effet, dans un contexte de tension grandissante entre les blocs, aucun des deux États allemands n’a voulu se priver d’une administration solide et de compétences techniques importantes qu’elles soient industrielles, militaires ou policières.

Ce malaise a ressurgi à la fin des années 1960 avec l’émergence de mouvements de jeunesse, en particulier autour de l’APO (Auβerparlamentarische Opposition – Opposition extra-parlementaire) qui ont rappelé que de nombreux hauts-fonctionnaires ou magistrats avaient participé activement au régime nazi. Une situation qui n’est pas sans rappeler la situation française où un certains nombres de cadres de l’État français de Vichy n’ont pas été inquiétés par le pouvoir gaulliste au sortir de la guerre : ce que la jeunesse a vivement dénoncé en mai 68 notamment.

Le festival du NPD se tient sous surveillance policière renforcée, à la fois en Allemagne et en Pologne, de nombreuses contre-manifestations devraient également avoir lieu.
Face à la montée globale de l’extrême-droite ultra-réactionnaire et nationaliste en Europe, et face à l’inertie des gouvernements bourgeois qui voient là une belle façon d’agiter l’épouvantail de l’extrême-droite pour faire passer leur lot de réformes anti-sociales, c’est une réponse unie qu’il faut exiger des organisations, notamment syndicales, du mouvement ouvrier .

Alors que les agressions de groupuscules fascisants contre les étudiants sont devenus coutume, cela illustre que le Front Républicain n’est que le choix, comme nous l’écrivions dans entre « pire » et « moindre mal » ? Le tandem Le Pen-Macron, ou comment être piégé entre deux variantes du bonapartisme, entre les deux faces d’une même pièce. Le premier donnant du grain à moudre au second, et inversement, tout en donnant des ailes, par une politique empruntée au FN, à ces groupuscules d’extrême droite. Sans pour autant que nous soyons dans une situation analogue, nous relayons ci-dessous un article de 1934, « Où va la France ? », de Trotsky qui écrivait ces lignes qui retrouvent aujourd’hui une résonance particulière :

 « Si les moyens de production demeurent entre les mains d’un petit nombre de capitalistes, il n’existe pas de salut pour la société qui est condamnée à aller de crise en crise, de misère en misère, de mal en pis. Selon les pays, les conséquences de la décrépitude et de la décadence du capitalisme s’expriment sous des formes diverses et se développent à des rythmes inégaux. Mais le fond du processus est partout le même. La bourgeoisie a conduit sa société à la faillite. Elle n’est capable d’assurer au peuple ni le pain ni la paix. C’est précisément pourquoi elle ne peut plus désormais supporter l’ordre démocratique. Elle est contrainte d’écraser les ouvriers par la violence physique. Or il est impossible de venir à bout du mécontentement des ouvriers et des paysans au moyen de la seule police ; il est trop souvent impossible de faire marcher l’armée contre le peuple, car elle commence à se décomposer et cela se termine par le passage d’une grande partie des soldats du côté du peuple. C’est pour ces raisons que le grand capital est contraint de constituer des bandes armées spécialisées, dressées à la lutte contre les ouvriers, comme certaines races de chiens contre le gibier. La signification historique du fascisme est qu’il doit écraser la classe ouvrière, détruire ses organisations, étouffer la liberté politique, et cela précisément au moment où les capitalistes sont incapables de continuer à dominer et à diriger par l’intermédiaire du mécanisme démocratique.

Son matériel humain, le fascisme le recrute surtout au sein de la petite bourgeoisie. Celle-ci est finalement ruinée par le grand capital et il n’existe pas pour elle d’issue dans la structure sociale actuelle : mais elle n’en connaît pas d’autre. Son mécontentement, sa révolte, son désespoir, les fascistes les détournent du grand capital pour les diriger contre les ouvriers : On peut dire du fascisme qu’il est une opération de "luxation" des cerveaux de la petite bourgeoisie dans l’intérêt de ses pires ennemis. Ainsi, le grand capital ruine d’abord les classes moyennes puis, à l’aide de ses mercenaires, les démagogues fascistes, il tourne contre le prolétariat la petite bourgeoisie sombrant dans le désespoir. »

Crédits photo : vu sur dailysabah.com




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