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Politique

Finies les sinécures ?

Les emplois familiaux au Sénat ou l’illusion d’une moralisation de la vie politique

Le Sénat serait-il devenu tout à coup plus moral avec le coup de théâtre de mercredi soir où l'interdiction des emplois familiaux a finalement été voté ?

Alors que dans la nuit de mardi à mercredi était rejetée au Sénat la fameuse loi de moralisation des emplois familiaux, nouveau coup de théâtre dans la nuit de mercredi à jeudi puisque la mesure a finalement été adoptée. Le scrutin rendu public d’un jour à l’autre aura sans doute permis ce changement de situation. 24h après 306 votes pour et seulement 11 contre. Et si le projet ne passait pas au premier vote, ce n’est pas un hasard puisque au 31 décembre 2016, 59 sénateurs sur 348 employaient au moins un membre de leur famille.

Le projet de moralisation de la vie publique lancé par Macron en pleine campagne présidentielle visait à s’inscrire en opposition aux affaires que traversaient à ce moment-là les Républicains, avec le Penelopegate, et cherchait à laisser imaginer une caste politicienne qui ne mange pas de ce pain-là et qui, elle, se voudrait morale et vertueuse.

Le gouvernement qui travaille beaucoup sur son image cherche aujourd’hui encore à instaurer l’idée de politiciens propres, en prenant dans un premier temps un soi-disant soin à éplucher les CV de ses ministres, puis à sortir du gouvernement ceux qui tremperaient dans des affaires.

Cette promesse de campagne de Macron est finalement votée au sénat et avec elle l’idée, du moins l’illusion, d’une classe politique toute neuve, toute propre, toute « morale » et qui n’a rien à se reprocher. Macron avance ses cartes de promesses les plus « progressistes » au moment même où sa côte de popularité lui fait défaut.

Le texte sera présenté à l’Assemblée avec l’objectif d’une adoption définitive début août, là où la question des emplois familiaux et fictifs est également brulante puisqu’au moins 82 députés ont un membre de leur famille embauchés de près ou de loin au parlement. Il y a quelques mois encore, certains répondaient d’ailleurs au micro du chroniqueur Guillaume Meurice de façon toute décomplexée à l’image de Hugues Fourage député PS de Vendée. « Moi j’ai mon fils qui travaille à mi-temps pour moi, mais il a Bac+5 en Droit ! » et de continuer « Pourquoi se priver d’une compétence ? » A voir donc si en août les 82 seront capables de se priver de ces emplois familiaux ou, plutôt, de ces « compétences ». Sans doute car l’enjeu est de taille à faire adopter définitivement cette mesure puisqu’après le niveau d’abstention des dernières élections bien plus que la moralisation, c’est bien la question de la représentativité qui est en jeu. L’écart s’est en effet creusé entre les politiciens professionnels issus d’une élite qui défend ses propres intérêts et la population toujours plus contrainte à faire des concessions et qui se voit elle véritablement démoralisée ; Macron voudrait la regagner avec cette prétendue moralisation publique et une mesure comme celle sur la taxe d’habitation mais c’est bien pour désamorcer la contestation face à la loi travail puissance 10 qu’il prépare.
Et c’est donc en concédant à cette pseudo moralisation de la vie publique que le sénat rentre dans le doux jeu des concessions de début de mandat Macron pour mieux travailler le second temps, celui de la coercition.

Crédits photo : Lionel bonaventure




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