^

Notre classe

Mort au travail

Livreur de Colissimo, il meurt noyé dans la Seine. La Poste mise en examen

Le 15 décembre 2012, Seydou-bagaga, postier non déclaré, se noie après avoir essayé de récupérer un colis tombé dans la Seine. Cinq ans plus tard, l’inspection du travail, revenant sur l’affaire, révèle la façon dont La Poste exploite des travailleurs illégalement et à outrance, profitant de leurs situation d’extrême précarité pour leurs imposer des conditions de travail ignobles.

Seydou Bagaga, âgé de 34 ans, marié et père d’un bébé de 11 mois, est malien et ne possède qu’un titre de séjour en France. Il travaille de manière informelle, et subit un chantage quotidien au travail. Comme le révèle Médiapart qui a mené l’enquête, ses employeurs le menacent de ne pas le payer en cas de fautes, ou pire, de le licencier. Lors d’une livraison mi-décembre, période de l’année ou l’afflux de colis est énorme à cause des fêtes de fin d’année, Seydou avait 150 colis à livrer dans la journée. Lors d’une livraison sur une péniche, il fait tomber un colis à l’eau. Craignant les répercussions, il décide d’aller le récupérer, malgré le fait qu’il ne sache pas nager. Les pompiers ont récupérer son corps peu après, en vie, mais inconscient. Dans le coma depuis sa noyade, il meurt à l’hôpital le 8 janvier 2013.

Alertée, l’inspection du travail ouvre une enquête : Seydou travaillait pour DNC transport, une entreprise sous traitant exclusivement pour Coliposte, l’une des filiales de La Poste. Au premier abord, la responsabilité de l’accident en incomberait pleinement à l’employeur direct, DNC transports. Mais après recherche, il est clair que La Poste était à l’origine de ces pratiques : dans un rapport sur le sujet, l’inspection du travail affirme qu’il existe « un lien de subordination juridique entre SA COLIPOSTE et les entreprises sous-traitante avec lesquelles elle contracte (dont l’entreprise DNC transports l’employeur du salarié décédé) ». D’après les témoignages, c’est l’entreprise Coliposte qui décidaient à la place des entreprises sous contrats des embauches, des licenciements, de l’organisation des tournées comme des commandes… Pour sud PTT, « c’est de la fausse sous-traitance ». La Poste met également en danger le personnel sous-traitant en ne respectant pas ses obligations en termes de sécurité et de prévention. Le directeur du centre Coliposte d’Issy-les-Moulineaux, le dirigeant de DNC transports, ainsi que La Poste ont donc récemment été mis en examen.

Malgré ça, « la direction de La Poste a continué avec la même logique, comme si de rien n’était, en ne tenant compte d’aucune des préventions et des irrégularités soulevées par l’inspection du travail et en justifiant cela d’un “tout le secteur fonctionne comme cela” », rapporte Thierry Lagoutte, militant Sud à Coliposte à Médiapart. « Le recours à la sous-traitance a même augmenté », précise-t-il.

Les raisons pour lesquelles La Poste fait appel à la sous-traitance sont claires : en divisant, tout en contrôlant une portion toujours plus grande de ses employés, La Poste peut balayer d’un revers de la main les conventions collectives, les mesures de sécurités, ainsi que toutes responsabilités en cas d’accident, comme ça a été le cas pour la mort de Seydou Bagaga.




Mots-clés

souffrance au travail   /    La Poste   /    Notre classe