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Politique

Jupiter tremblerait-il sur ses bases ?

Macron et Philippe dévissent dans l’opinion

Un peu Jupiter, un peu César et beaucoup Bonaparte, Macron a voulu, depuis son élection, faire la démonstration de sa force. Bénéficiant, durant les premiers mois de son mandat, de l’habituelle bienveillance post-électorale, il a engagé, en partie victorieusement, des attaques brutales contre les travailleurs, qu’il s’agisse des ordonnances en septembre dernier ou même de la récente signature du pacte ferroviaire. Pourtant, à peine plus d’un an après les présidentielles, des résistances, des désaveux et des signes de fragilité apparaissent de divers côtés. Même formellement gagnant sur certains combats, l’exécutif marque le pas et donne des signes d’hésitation. Jamais un état de grâce n’aura duré si peu.

Crédit photo : François Guillot / AFP

La déception de « la gauche » et le désamour de la droite

En ce mois de Juillet, Emmanuel Macron et Edouard Philippe reculent encore dans les sondages. Le dernier en date, réalisé par Ifop-Fiducial pour Paris Match et Sud-Radio, montre que les deux hommes perdent respectivement 2 et 5 points dans les sondages. Ce sont maintenant, d’après cette source, 59% des français qui n’approuvent pas l’action de Macron. Quant à Edouard Philippe, il n’a plus que 38% d’opinions favorables. C’est la première fois qu’une des têtes de l’exécutif dépasse la barre des 60% d’opinions défavorables.

Les scores se sont dégradés de jour en jour au fur et à mesure que se multipliaient les actions, propos et comportements arrogants. Que ce soit l’échange méprisant avec le collégien qui a appelé le président « Manu », le renouvellement somptuaire de la vaisselle de l’Élysée en même temps que la dénonciation du « pognon dingue » consacré aux dépenses sociales, le projet d’installation d’une piscine au fort de Brégançon sous couvert de dispositif de lutte contre l’incendie !… Plus gravement encore, la réforme des retraites qui se profile et surtout l’épineuse question des pensions de réversion, ont suscité la colère jusque dans les rangs des Républicains.

Emboitant le pas à un Borloo qui, dépité du rejet pur et simple de son rapport sur les banlieues, est monté violemment au créneau contre Macron, de nombreux ex-soutiens du candidat à la présidentielle le lâchent et passent à un désaveu ouvert de sa communication aussi bien que de sa politique. « Nous n’avons plus confiance » ont expliqué Dominique Bussereau, Hervé Morin et François Baroin dans une tribune.

Du coup, l’exécutif est obligé de battre en retraite et d’affirmer haut et fort qu’on ne touchera pas aux pensions de réversion, désavouant ainsi les propos du haut-commissaire Christophe Castaner chargé du dossier des retraites.

Une base sociale qui se réduit comme une peau de chagrin

Macron, voudrait, et il l’a déjà largement démontré, servir jusqu’au bout les intérêts du MEDEF et des riches. Son ambition serait de mener une politique ultra-libérale à la Thatcher. Mais mener une telle politique « de fer » nécessiterait une solide base sociale.

Or, rappelons d’abord que Macron n’a dû son succès électoral qu’à l’effondrement du PS, parti de gauche traditionnel, d’une part, et à l’épouvantail d’extrême droite, Marine Le Pen, d’autre part. A quoi il faut ajouter le taux record d’abstentions. Seuls l’état de grâce et une communication menée tambour battant ont pu, pendant un certain temps, masquer combien le président Macron avait été mal élu, avec une base sociale étroite et composite.

Progressivement, ceux qui, « à gauche » avaient soutenu sa candidature pour « faire barrage » à l’extrême droite ont été chaque jour un peu plus déçus du voyage et constituent une base sociale de plus en plus volatile. Leur déception s’est traduite dans les sondages durant tous les derniers mois. C’est maintenant, au tour de la droite, essentiellement dans le camp des Républicains, de prendre ses distances comme le montrent les chiffres du dernier sondage Ifop-Fiducial.

Sous l’effet peau de chagrin qui frappe ceux qui l’ont élu, Macron risque de perdre son ancrage. Situation très contradictoire avec une posture jupitérienne qu’il ne veut pas lâcher. Car pour manier la foudre, il faut être solidement implanté sur la terre !

Le rempart du « dialogue social » s’érode

Dans le droit fil de sa politique ultralibérale et autoritaire, Macron a cru pouvoir faire fi du « dialogue social » dont un Hollande s’était servi jusqu’au bout. Qu’il s’agisse de la CGT ou même de l’UNSA et de la CFDT, la surdité de l’exécutif face à l’ample mouvement des cheminots et à leurs revendications n’a fait que couper de leur base les dirigeants qui acceptaient des négociations bidons, sans pour autant éteindre la colère. Beaucoup, à la base, attendent la deuxième manche et s’y préparent.

Au-delà de cet épisode de la lutte des classes, le projet porté par les ordonnances Macron de fusion des instances représentatives au sein du CSE aura pour effet inévitable de réduire le nombre et le pouvoir des représentants syndicaux qui se verront cantonnés au rôle de courroies de transmission du pouvoir patronal dans l’entreprise.

Si, aux yeux de Macron et du MEDEF, un tel projet a le mérite d’affaiblir considérablement les syndicats, il a pour corollaire la fragilisation des appareils syndicaux et l’affaiblissement de leur capacité à contenir les débordements de la base, comme ce fut le cas avec les journées saute-moutons et plus récemment les grèves « perlées » 2/5.

Les coups que Macron veut continuer à porter aux travailleurs, la lutte qu’il devra mener contre leurs capacités de mobilisation, d’auto-organisation, et de riposte nécessitent un pouvoir fort, pas seulement de sa police et de son armée, mais aussi politiquement. En perte de vitesse aussi bien sur le terrain international, où il vient d’essuyer plusieurs camouflets, que national, comme le révèle sa baisse de popularité, Macron apparaît comme un « Bonaparte faible » qui n’a pas, au moins pour le moment, les moyens de mener une politique inspirée du modèle de « la dame de fer ». C’est probablement ce qui l’incite actuellement à marquer le pas.




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