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Politique

3 mariages un enterrement

Manuel Valls ouvre le bal des départs du PS vers Macron

C’est ce qu’on appelle se prendre un râteau. Manuel Valls a indiqué mardi 9 mai vouloir participer à la majorité présidentielle, avant d’être recadré par les portes paroles du nouveau président qui voit d’un mauvais œil le ralliement du ministre impopulaire. Néanmoins, au PS, nombreux sont ceux qui cherchent une porte de sortie pour les législatives et à profiter de l’assouplissement des règles fixées par Macron pour rejoindre les rangs de la majorité.

Crédits photos : Samuel Boivin/Ciizenfide/AFP

Manuel Valls s’imagine sur les bancs de l’Assemblée dans la majorité présidentielle

 
C’était ce matin sur RTL : l’ancien premier ministre annoncé qu’il « serai[t] candidat de la majorité présidentielle et souhaite [s]’inscrire dans ce mouvement, considérant que : ce Parti socialiste est mort […] Il est derrière nous, pas son histoire et ses valeurs, mais il doit se dépasser  ». Une annonce qui a surpris par son opportunisme, car elle n’était visiblement pas prévue par les équipes du nouveau président, qui ont immédiatement répliqué : « Il faut qu’il fasse acte de candidature et qu’ensuite la Commission nationale d’investiture se prononce. (...) Il ne l’a pas encore fait, selon mes informations. Que des progressistes de l’importance de Manuel Valls veuillent nous rejoindre, c’est une bonne nouvelle  », par le biais de Christophe Castaner, un des portes paroles d’Emmanuel Macron. Imbroglio autour de l’ex-premier ministre qui s’est donc fait rabrouer en moins d’une heure.

Le début de la fuite des socialistes chez le président ?

 
Si l’improbable maladresse de Manuel Valls a de quoi faire rire, elle est cependant symptomatique des recompositions qui se déroulent autour du Parti Socialiste en vue des législatives. Car les socialistes sont plus que jamais divisés, et trois lignes se dégagent : une ligne qui veut tout simplement s’intégrer dans la majorité d’Emmanuel Macron, une qui souhaite construire une opposition de gauche avec les insoumis et les communistes, et une dernière qui cherche à construire un groupe parlementaire qui pourrait s’opposer ou accompagner des réformes selon celles-ci.

Trois lignes pour un parti

 
Évidemment, ces fractures ne sont pas nouvelles et s’étaient déjà exprimées lors du dernier quinquennat puis des présidentielles, notamment après la primaire socialiste. Chez les anciens frondeurs, regroupés autour de Benoît Hamon pour la présidentielle, on espère travailler avec les insoumis et le PCF. Ainsi, Christian Paul, une des figures de proue des frondeurs a réagi à l’annonce de Manuel Valls en souhaitant l’émergence d’une nouvelle force sans Valls :

Cependant, cette ligne, déjà celle de Benoît Hamon au soir du premier tour, qui avait appelé la gauche à se rassembler « dans sa diversité -socialistes, écologistes, citoyens, communistes, insoumis » pour « être majoritaire à l’Assemblée  » à condition de «  surmonter les vieilles rancunes  » est très loin d’être majoritaire. A la droite du parti, les lieutenants de Manuel Valls et ses proches cherchent à tout prix à acter un regroupement le plus large possible vers Emmanuel Macron. Didier Guillaume, président du groupe PS au Sénat a appelé ce matin de ses vœux une politique de dissolution dans En Marche : « s’inscrire dans la majorité présidentielle, c’est absolument indispensable pour travailler pour le pays », a-t-il dit avant d’ajouter que le ralliement à la majorité présidentielle du mouvement La République en marche se ferait « sans condition » : «  il n’y a pas à négocier [...], il s’agit de savoir si oui ou non [...] nous sommes favorables au programme présidentiel d’Emmanuel Macron ». Il est même allé juste qu’à plaider pour l’absence de plateforme PS aux législatives, estimant que le parti était trop divisé.

Finalement, la dernière ligne coupe la poire en deux : Jean Christophe Cambadélis cherche à sauvegarder à tout prix l’appareil du parti en proposant de rester dans « une autonomie vigilante  ». C’est aussi la position de Stéphane Le Foll, qui a dit vouloir «  participer au cas par cas  » pour les «  perspectives ouvertes » par l’élection d’Emmanuel Macron. Une ligne digne du roi Salomon qui risque de ne pas convaincre un parti qui est tout simplement en pleine implosion. De son côté l’équipe d’Emmanuel Macron a mis également de l’eau dans son vin pour achever de convaincre les plus réticents : l’abandon de l’étiquette PS n’est plus un préalable pour rallier le camp d’En Marche aux législatives. Exception faite de Valls.
Concernant l’évolution du Parti Socialiste, la seule question qui se pose encore est d’ordre temporelle : l’implosion aura-t-elle lieu avant ou après les législatives ?




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