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Politique

Bataille du rail

Martinez sur la SNCF : « Convergence » pour gagner ou dialogue social pour stopper la grève ?

Dans une interview accordée au quotidien Bien Public, Philippe Martinez revient sur la mobilisation sociale en général, et la grève à la SNCF en particulier. Alors que le secrétaire général de la CGT prône la « convergence des luttes », il réclame en préambule un véritable dialogue social afin d'arrêter la grève. Un discours pour le moins ambigu.

Crédits photo : Francis CAMPAGNONI

Ce mardi 24 avril, Philippe Martinez a accordé une interview paradoxale aux journalistes du Bien Public. En effet, le secrétaire général de la CGT y expose ses velléités à la « convergence des luttes », à l’unité syndicale, à la bataille contre le gouvernement… tout en exposant ce qui, pour lui, constitue le point de blocage à la fin de la grève à la SNCF. À savoir : l’ouverture d’un véritable dialogue social.

De quelle « convergence » Martinez parle-t-il ?

Le terme de « convergence des luttes » peut prendre des significations bien différentes selon les interlocuteurs, voire contradictoire. Une ambivalence qui se ressent tout aussi bien, actuellement, dans la variante 2018 de la « coagulation » des luttes. Dans son interview, Philippe Martinez place sur le même terrain « convergence » des secteurs en bataille et « unité » des appareils syndicaux.

« Je vois bien que le gouvernement essaie de nous diviser, mais ça tient. La SNCF est un bon exemple de ce qu’on pourrait faire partout : on ne nie pas les différences, mais on cultive ce qui nous rassemble » explique ainsi le n°1 de la CGT. Un discours qui a le mérite d’être clair puisque, dans la situation actuelle à la SNCF, c’est bien l’unité des appareils, sans assemblées générales décisionnaires, qui prévaut. Martinez est d’autant plus explicite lorsqu’il affirme, un peu plus loin, au sujet des déclarations du futur secrétaire général de Force Ouvrière expliquant que la convergence des luttes ne lui faisait pas peur, que « c’est bien ! Peut-être [que Pascal Pavageau, NDLR] constate comme nous qu’il y a beaucoup de luttes, et que si on ne fait pas en sorte que ces luttes se rejoignent, on permet au gouvernement de jouer l’opinion contre les cheminots, le privé contre le public, les jeunes contre les retraités… ». La « convergence » ne serait donc qu’une juxtaposition des colères, par le biais d’un accord entre appareils au sommet.

Cette vision a le défaut de déposséder totalement les cheminots de leur lutte, mais est aussi un frein au développement des liens de solidarité et de convergence réels, concrets, entre les différents secteurs et fragilise l’unité des organisations syndicales. En effet, la situation actuelle et les tergiversations de l’UNSA et de la CFDT démontrent que l’unité exclusivement décrétée « par en haut » est mise en péril à chaque élément nouveau de la mobilisation.

L’exemple de la grève victorieuse des Onet à Paris est particulièrement éclairant à ce sujet. Le fait que les syndicats soient totalement subordonnés aux décisions de l’assemblée générale quotidienne et décisionnaire des grévistes a permis le maintien de l’arc de force syndical (CFDT, FO, Sud Rail) durant les 45 jours du conflit. Aujourd’hui, les réels liens tissés avec les cheminots lors de cette grève ont permis la solidarité effective, avec un repas de soutien organisé sur le parvis de la gare de Saint Denis ainsi que la présence des « ex-gréviste » d’ONET dans les cortèges cheminots et même lors des assemblées générales.

« Ce sont les cheminots qui décideront ». Alors à quand des assemblées générales décisionnaires ?

À la question « alors, la grève à la SNCF jusqu’à quand ? », Philippe Martinez répond sans hésiter que « ce sont les cheminots qui décideront ». Une réponse avec laquelle nous ne pouvons qu’être d’accord ! Il est évident que ce sont les grévistes eux même qui décident du cours de leur mobilisation !

Pourtant, cette réponse apparaît comme cynique à la vue du déroulement actuel de la mobilisation. Non seulement, la CGT Cheminots a imposé le modèle de la grève perlée comme modalité d’action non-négociable, mais l’écrasante majorité des assemblées générales actuelles ne permet pas à l’ensemble des cheminots de pouvoir exprimer leur point de vue sur le mouvement, et encore moins de décider du cours de la grève. Bien au contraire, les AG actuelles ressemblent plus à des meetings syndicaux, qui débouchent sans discussions sur le vote (lorsque ceux-ci sont organisés, ce qui est loin d’être toujours le cas…).

Tant que des assemblées générales démocratiques et décisionnaires ne seront pas organisées, la belle phrase de Martinez, teintée de démocratisme, ne sera rien d’autre qu’une parole creuse, à la limite de la langue de bois. En ce sens, les assemblées générales organisées à Paris Nord, mais aussi à Saint Lazare et Austerlitz, doivent être prises en exemple pour que les assemblées générales soient réellement démocratiques, et que les grévistes eux-mêmes, ceux qui luttent pour leur emploi et perdent des journées de salaire, puissent prendre en main la mobilisation.

Le « dialogue social » pour canaliser et stopper la contestation. C’est dans la rue que les travailleurs peuvent imposer un rapport de force à même de battre Macron !

Mais c’est bel et bien la première affirmation de Martinez qui fait le plus débat, et qui soit dit en passant est repris en titre de l’interview. En effet, le leader de la CGT a ainsi affirmé que « la grève peut s’arrêter si on trouve enfin des interlocuteurs qui ne font pas semblant de pratiquer le dialogue social ». Ainsi donc, Martinez montre au gouvernement – qui reste inflexible sur la nécessité de la réforme – la marche à suivre pour pouvoir faire cesser la grève des cheminots !

Si l’on pourrait ironiser sur le « ce sont les cheminots qui décideront » cité un peu plus haut, c’est surtout l’absence d’une ligne claire qui choque le plus. Martinez, a aucun moment, ne met en avant le retrait pur et simple de la réforme du ferroviaire !

Dans les faits, cette interpellation a le mérite d’être éclairante sur le rôle des directions syndicales, celui de contenir le mouvement par le biais de pseudo-concertations, alors qu’il apparaît plus clairement que jamais que le « président des riches » est aujourd’hui en guerre contre les travailleurs et les classes populaires.




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