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Militant et syndicaliste, Thomas Portes est poursuivi en justice par Génération Identitaire

Thomas Portes, porte parole du PCF dans le Tarn et Garonne et militant syndicaliste à la CGT Cheminots, est actuellement poursuivi en justice par l'organisation d'extrême droite, Génération Identitaire. Révolution Permanente a recueilli son témoignage, dans lequel il nous explique sa situation et les perspectives pour la suite.

Révolution Permanente : Est-ce que tu pourrais nous expliquer ce qui t’es reproché par l’organisation Génération Identitaire ?
 
Thomas Portes : Le 6 juillet dernier, j’ai reçu par huissier une assignation à comparaître en septembre prochain devant la 17ème chambre correctionnelle de Paris suite à une plainte déposée par Génération Identitaire pour injures publiques. Cette plainte fait suite à mon tweet du 21 avril 2018 où je m’indignais de l’opération StopMigrantsAlpes et dans lequel je parlais de groupuscule aux comportements fascisants sans d’ailleurs nommer qui que ce soit. Il semblerait que sans être cité, ils se soient reconnus dans mes propos d’où l’assignation reçue.
 
RP : Au delà de la plainte en justice, qu’est ce qu’il y a derrière cette attaque ? Quel lien peux tu faire avec ton activité militante ?
 
Thomas Portes : Génération Identitaire est un groupe actif qui distille des idées nauséabondes mais au delà de ça qui passe aux actes. On le voit avec l’opération Defend Europe en Medittérannée lorsque le Cstar avait été affrété pour empêcher les ONG de porter secours aux réfugiés, ils en étaient co organisateurs. L’opération du Col de l’Echelle dans les Alpes où ils ne se sont pas contentés de manifester puisque par la suite ils ont organisé la chasse aux migrants en raccompagnant au poste frontière plusieurs clandestins ce qui de fait veut dire qu’ils s’octroient des missions d’Etat. C’est encore eux qui ont occupé le chantier de construction d’une mosquée à Poitiers ... Ce groupe cherche à infuser la haine et le rejet de l’autre tout en essayant de se donner une légitimité politique. Leur stratégie aujourd’hui est d’attaquer toutes celles et ceux qui dénoncent leur pratiques inacceptables lorsque des mots forts sont posés sur ce qu’ils sont réellement. Cette organisation qui sert de vivier au FN puisque certains de ses membres en sont devenus des cadres cherche à être dédiabolisée et à apparaître comme victime de campagne de calomnie lorsque est pointé ce qu’ils sont réellement ... des militants de la haine de l’étranger.

Je suis un militant engagé syndicalement et politiquement. Les batailles que je mène ne sont pas communautaristes ou corporatistes mais pour l’égalité des droits dans une société française telle qu’elle est aujourd’hui avec toute sa diversité. Alors on peut comprendre que quand GI réclame comme elle l’a fait, en déployant une banderole sur un toit du port de Dunkerque, ceci : "terminal méthanier, emploi pour les Français », un monde nous sépare et notre vision de la société dans laquelle nous voulons vivre est à l’opposée l’une de l’autre. Je suis de ceux qui veulent vivre dans un pays où les mots solidarité et fraternité ne sont pas que des mots aux frontons des mairies mais sont une réalité au quotidien. Malheureusement, et on le perçoit bien aujourd’hui, nous sommes dans un contexte où l’on criminalise davantage des comportements humanistes, Cédric Herrou mais aussi Martine Landu et bien d’autres acteurs venant en aide aux réfugiés en sont des exemples frappants, plutôt que de mettre un coup d’arrêt à des actions militantes émanant de groupes qui promeuvent le rejet de l’autre, la délation voir la haine pure et simple de "l’étranger".
 
RP : Quelles sont les perspectives pour la suite ?
 
Thomas Portes : Pour l’heure nous organisons ma défense avec le comité de soutien, co-présidé par Catherine Philippe (secrétaire départementale du PCF82) et Marie-Pierre Vieu (députée européenne), rejoint déjà par 2700 personnes (https://www.comitesoutienthomasportes.com/), et mon avocat Antoine Comte. Depuis mon assignation en justice, les témoignages de soutien sont nombreux et émanent de différents horizons. Cela fait vraiment chaud au cœur. Plus qu’une bataille judiciaire, c’est une bataille politique et idéologique qu’il faut mener avec l’ensemble des progressistes de ce pays. Il n’y a pas à baisser la tête devant les intimidations et les menaces de l’extrême droite mais au contraire les affronter en étant persuadés de la justesse de ce combat. Aujourd’hui, et on l’a vu notamment au travers des débats sur la loi asile et immigration, il faut assumer de façon claire et déterminé le choix d’être du côté de l’humanisme et des droits de l’homme. Comme je l’entends souvent, cela ne revient pas à faire « preuve d’angélisme » mais de responsabilité. Au contraire, ce sont celles et ceux qui refusent de prendre en compte les questions relatives à l’avenir de notre société qui sont irresponsables. N’inversons pas les rôles. 
 
Pour finir, nous entendons à travers ce comité porter publiquement notre souhait de voir l’interdiction de ces groupes dangereux pour notre démocratie et espérons dans un deuxième temps créer un collectif permettant d’engager une bataille publique à partir de cette exigence.




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