Société

La « démocratisation du dialogue environnemental », c’est du flanc

Mines d’or à Espelette et à Cambo. Au Pays Basque, on s’apprête à polluer sans consulter

Publié le 3 octobre 2015

Espelette ? Ses piments AOC. Cambo-les-Bains ? Une station thermale réputée. Mais tout cela reste secondaire pour ceux qui veulent faire du fric vite-fait bien-fait. Selon Sudmine, société extractive, il paraît que, « déjà du temps des Romains », on exploitait l’or qui se nicherait au pied des Pyrénées. Emmanuel Macron et ses services ont donc concédé un permis de recherche sur un périmètre de 126km2 dans la région, et qu’importe si, à grands coups de mercure et autres substances toxiques, rien n’est plus polluant que l’exploitation d’une mine d’or.

Corinne Rozenn

Si les élus du coin n’ont eu droit qu’à une simple communication de la préfecture des Pyrénées Atlantiques, ils peuvent s’estimer heureux. L’État qui concède les permis minier n’a pas d’obligation réglementaire de divulguer des informations au public ou aux élus. On imagine qu’à ce stade, la population n’a même pas été mise au courant de ce qui se tramait. D’autant plus que, parmi les « grands travaux inutiles » qui sont prévus sur le territoire, et qui suscitent pas mal de remous, il y a déjà la ligne à grande vitesse transfrontalière Paris-Madrid qui passe précisément dans la même région

Des mines d’or en Iparralde ?

Depuis que le cours du métal jaune a fortement remonté, la prospection et l’extraction, même en quantité réduite, s’avéreraient rentables. D’où le dossier qui a été déposé par Sudmine, une société créée en 2013 et qui, que l’on se rassure, affirme défendre un « modèle de développement raisonné ». Par-delà ces belles paroles, on n’en saura pas plus, excepté le fait qu’à l’instar des autres sociétés minières, il ne reste plus grand-chose après son passage...

Côté cabinet du ministre de l’Économie, à Bercy, on s’est contenté d’une énième macronnerie : « le code de la mine actuel n’impose aucune consultation avant l’accord du préfet ». Au mieux, une consultation du public peut être réalisée, « mais ça ne sera qu’un avis ». Et, de façon à ce que le message soit bien compris, « en aucun cas les élus ne peuvent se substituer à l’État pour accorder un permis ».

Un an après, le gouvernement autiste

En début d’année, après le meurtre de Rémi Fraisse, tué il y a presque un an sur le site du barrage de Sivens, Ségolène Royal avait fait la promesse de « réinventer la démocratie participative en matière environnementale ». C’est donc une « Commission pour la démocratisation du dialogue environnemental » qui est sortie de son chapeau, à laquelle sont censés participer des collectifs et des associations de défense de l’environnement, triés sur le volet. Le Cade, un collectif basque d’associations avait été, dans un premier temps, associé aux travaux. Néanmoins, sur la question de la mine d’Espelette et Cambo, on s’est bien gardé de leur souffler la moindre information.

Entre Royal et Macron, le Code de la mine et les élucubrations de la ministre, on se demande vraiment ce qui est plus nocif pour la santé et pour l’environnement.