Politique

Un pic dans la mobilisation ?

Montée à Paris, manifs en province. Ce que mardi (et Martinez) nous réserve

Publié le 13 juin 2016

Grosse montée à Paris, annonce par le Medef qu’il ne signera pas l’accord sur l’assurance chômage, silence radio du côté du gouvernement, hier, lundi. Tous les ingrédients d’une veillée d’armes sont réunis. Mais quelles sont les perspectives pour gagner la bataille, après la journée de mardi qui s’annonce centrale ?

Comité de Rédaction

« Faire plus que le 31 mars ». Ce n’est pas seulement l’ambition de Philippe Martinez, leader de la CGT, mais le ressenti des dizaines de milliers de manifestants qui vont faire le déplacement depuis la province et se joindre à l’Île-de-France pour une première mobilisation nationale, sur la capitale, depuis le début du mouvement contre la loi travail.


Une grosse mobilisation en province et dans les fédérations

Les remontées, en régions, sont impressionnantes. 80 cars sont prévus par la CGT pour la Seine-Maritime. Côté Saint-Nazaire, l’un des bastions du mouvement, ce sont trois cars qui monteront sur Paris, affrétés par l’UL, et 200 militants qui prendront place à bord d’un TGV. Dans l’Aube, cinq bus sont organisés par l’UD, du« jamais arrivé depuis une quinzaine d’année », selon un responsable CGT local, « ce qui indique la détermination des copains ». A Saint-Nazaire, d’ailleurs, les manifestants ont pris d’assaut les voies, jeudi dernier, pour imposer à la SNCF de lâcher cent places supplémentaires pour la manif d’aujourd’hui. Même de plus loin, ce ne sont pas neuf heures de bus qui font peur aux militants. Plusieurs départs ont été annoncés du Finistère, avec des rendez-vous à 3h du matin pour revenir mercredi, à la même heure.

Au niveau des fédérations, la mobilisation sera également très forte. Cinq bus pour les Ports et Docks nazairiens ; plusieurs cars de raffineurs, avec, notamment, un de Gonfreville (Normandie), de Donges (Loire-Atlantique) et une descente des travailleurs de l’ancienne raffinerie de Flandres, près de Dunkerque. Au niveau de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine, en pointe du mouvement, un car a été affrété spécialement, avec à bord des électriciens très remontés.

« A la montée des camarades de Saint-Nazaire, il faut rajouter toutes les boîtes où il y aura des grévistes », pointe Cédric Turcas, responsable de l’UL. C’est la raison pour laquelle des manifestations et des actions sont prévues en province, là où les salariés et les jeunes opposés à la loi travail n’auront pas pu faire le déplacement. A Brest, avant la manifestation de fin de matinée Place de la Liberté, des blocages de ronds-points sont prévus. Sur les pôles plus grands, comme à Lyon, Marseille ou Bordeaux, les syndicats promettent également des actions coups-de-poing.

Dans plusieurs secteurs, des arrêts de travail spécifiques ont été déposés, notamment dans les transports, avec la grève de 48h de la CGT Marins, dans les transports publics locaux, dans l’aérien, à Air France, sans compter les AG cheminotes qui ont reconduit. Côté énergie, de nouvelles actions Robin des Bois, des baisses de charge et des coupures sont à prévoir et annoncées au niveau des fédérations CGT, FO et CFE-CGC.


Une journée le 14, une autre le 23 et une troisième le 28… ou 72 heures de grève ?

Si la journée de mardi s’annonce chargée niveau lutte, on ne peut pas en dire autant en termes de perspectives pour les directions du mouvement. Ce ne sont pas les raisons qui manquent, pourtant, surtout quand l’on voit la détermination toute thatchérienne de ceux que l’on a en face.

On a, d’un côté, un gouvernement qui a brandi la menace des réquisitions, poussé sur sa droite par un Medef à l’offensive qui décide de ne pas signer, pour la première fois depuis 1983 (l’époque de Yvon Gattaz), un accord sur l’Assurance chômage, et flanqué d’une CFDT qui fustige les blocages et des « salariés et d’agents [en grève mais] qui ne sont pas concernés par le projet de loi » et qui condamne « la dérive de mouvements d’extrême gauche qui insultent des salariés » .

De l’autre, on a la direction de Force Ouvrière qui se félicite, le 10 juin, au sortir du ministère, que Myriam El Khomri soit « plus attentive » et qui voudrait se convaincre qu’il serait possible que le gouvernement modifie l’article 2 alors que jusqu’à présent « il ne voulait pas bouger » ; mais aussi Philippe Martinez qui ne parle plus de « retrait d’un texte ni amendable ni négociable », mais s’apprête à se rendre rue de Grenelle le 17 juin pour évoquer la nécessité de « retirer les cinq articles qui font la colonne vertébrale du texte » et de « rediscuter » l’article 2 sur l’inversion de la hiérarchie des normes. Ce rendez-vous permet autant à Hollande et Valls, perçus comme trop intransigeants y compris par certains ministres, qu’à la CGT, présentée jusqu’à il y a peu comme une centrale extrémiste, de sembler plus ouverts au dialogue, une opération de com’ absolument stérile et dont il ne peut rien sortir côté syndicat quand on sait que le gouvernement n’a pas cédé un iota jusqu’à aujourd’hui et ne compte pas le faire, moins encore en pleine session de discussion du texte au Sénat.

La journée du 14 va être massive. En faire une nouvelle étape, avec deux autres dates, les 23 et 28 juin, en lieu et place d’un appel à continuer 48 heures de plus, pour actionner tous les leviers de pression, est incompréhensible, compte-tenu du mandat qui s’élève des piquets, des actions, des grèves et réitéré par la journée de mardi : retrait de la loi travail. Quelle idée de préférer répondre aux appels d’El Khomri plus qu’au mandat de la rue…