Notre classe

Humiliation au travail

Témoignage de maltraitance en milieu médical. "On m’a forcée à changer de prénom"

Publié le 17 septembre 2016

"J’ai tenu 9 mois, puis j’ai craqué". Le témoignage que nous a livré S. est révélateur des conditions de travail du milieu médical. Alors qu’on connait une hausse des suicides dans les hôpitaux, sans parler des burnout et autres maladies professionnelles passées sous silence, S. a tenu à raconter son expérience, les humiliations qu’on lui a faites subir, allant jusqu’à lui faire modifier son prénom.
Elle explique : "Je pense que beaucoup d’autres ont eu la même situation que moi et n’en parlent pas, par honte peut-être".

Propos recueillis par Camille Pons

En formation de secrétaire médicale à Toulouse, S. travaillait en alternance dans le service Esthétique d’une clinique de la ville.
Dès le premier jour au secrétariat, elle a subi sa plus dure humiliation : "A mon arrivée, on m’a expliqué qu’une autre secrétaire avait le même prénom que moi, et qu’il fallait donc que je change de prénom au travail. J’ai même dû m’abaisser à insister pour que, du coup, on choisisse mon deuxième prénom. Même ça n’était pas gagné ! Car mon changement de prénom était même sujet de blagues, comme ce chirurgien en chef qui a proposé qu’on m’appelle ’Pépette’ !". De quoi dégouter pour un premier jour de travail !

S. raconte ensuite comment sa direction lui a imposé des conditions de travail pire que celles de ses collègues, utilisant son statut de précaire : "On m’a dit clairement que comme je n’avais pas d’enfants, je finirais plus tard. On m’a donc obligée à rester entre une heure et une heure trente de plus chaque jour. Quand je suis tombée malade, on a refusé de me donner ne serait-ce qu’un jour de repos. J’ai même surpris une conversation où on demandait à une de mes collègues de ne rien me dire au sujet des chèques cadeau, normalement dûs aux salariés du service... On a surveillé les moindres de mes paroles au téléphone, on m’a reproché de passer trop de temps, et que l’on devait écourter beaucoup plus les appels. On m’a demandé de remplacer ’dépassement d’honoraires’ par ’complément d’honoraires’, etc... Bref, tout ça sous la pression de mon diplôme et d’un futur emploi, pour lesquels je serais censée accepter d’être traitée comme ça...".

"Si l’on ajoute à cela le racisme quotidien et les préjugés de ma tutrice, qui m’expliquait ne pas vouloir voir les immigrés pour des demandes de RDV, qu’elle déteste les patients remboursés à taux plein, ou encore écouter le chirurgien parler des patientes comme des clientes, tout cela a fini de briser mes illusions sur ce qu’est l’hôpital aujourd’hui".

Du côté de sa formation, aucun soutien : "Quand j’en ai parlé à mes profs, ils m’ont juste dit de trouver un autre médecin, en me disant qu’en Esthétique, ’les médecins se prennent pour des dieux’. Comme si ça allait me rassurer. J’ai tenu 9 mois comme ça, puis j’ai tout arrêté. Depuis, une de mes deux collègues a fait un burnout... Mais j’aimerais que mon témoignage soit entendu, que mon expérience ne reste pas sous silence. Je pense que beaucoup d’autres ont eu la même situation que moi et n’en parlent pas, par honte peut-être."

S. : "On ne doit plus rien laisser passer"

Pour ne laisser aucune attaque sous silence, nous publions les témoignages et interviews que l’on nous envoie régulièrement sur Révolution Permanente. Comme nous l’expliquions récemment, ouvrir notre journal, en faire un outil, non seulement au service des luttes, mais dénonçant toutes les attaques aux travailleurs, est une composante clé de notre projet, contrairement aux médias traditionnels qui les traitent au mieux comme des faits divers.

Nous invitons ceux qui subissent ces attaques à ne pas se taire, à se saisir de cet outil, en rédigeant leur propre témoignage, ou en nous contactant directement, sur notre page fb, par mail (siterevolutionpermanente@gmail.com), ou en rencontrant les militants de Révolution Permanente de votre ville.