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Monde

Répression en Turquie

Opposition à Erdoğan : le procès de 17 journalistes ouvert

Ce lundi 24 juillet, journée nationale de la presse en Turquie, s’ouvre le procès de dix-sept journalistes et collaborateurs du journal de centre-gauche Cumhuriyet, s’opposant vivement au régime liberticide en place. Faussement accusés de « soutien au terrorisme », cette nouvelle atteinte à la liberté de la presse met encore une fois en lumière le renforcement du pouvoir autoritaire d'Erdoğan.

Museler les journalistes, faire taire l’opposition

Parmi les 17 accusés, des grands noms du journalisme turc, Kadri Gürsel, éditorialiste, Musa Kart, caricaturiste, Aydin Engin, chroniqueur, Ahmet Sik, journaliste d’investigation ; mais aussi le patron du journal et son nouveau rédacteur en chef, Akin Atalay et Murat Sabuncu ; puisque son prédécesseur, Can Dündar a dû s’exiler en Allemagne (et aujourd’hui aussi jugé par contumace). Onze d’entre eux sont en détention provisoire depuis 9 mois. Nombre de journalistes attendent en prison leur procès, ou même seulement de savoir les motifs de leur inculpation.

Selon l’acte d’accusation, le quotidien aurait soutenu trois organisations terroristes, selon l’État : le mouvement de l’ancien associé d’Erdogan, Fethullah Gülen, aujourd’hui accusé d’être à l’initiative de la tentative putshiste du 15 juillet dernier ; le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et un de ses groupe affilié, le DHKP-C, luttant pour l’indépendance du peuple kurde et contre la répression violente d’Erdogan. Accusation qui reposerait sur quelques (anciens) articles de presse, sur des tweets ou des coups de téléphone. Ce qui est au moins la preuve de la surveillance constante du régime pour chaque opposant.

Derrière ces chefs d’accusation permettant de faire emprisonner jusqu’à 43 années ces journalistes, se traduit la volonté d’Erdogan de museler et d’écraser toute forme d’opposition à son régime autocratique. Le quotidien Cumhuriyet, d’obédience kémaliste, a plus d’une fois osé révéler des affaires embarrassantes pour le régime, notamment par rapport à de possibles livraison d’armes à Daesh en Syrie ; ou encore pour avoir publié des dessins deCharlie Hebdo.

Si ce procès est une attaque directe et violente à la liberté de la presse, le gouvernement n’a pas que ce mode opératoire pour empêcher toute forme de résistance. Les finances de Cumhuriyet ne tiennent plus la route depuis les arrestations, les sociétés privées refusant désormais à se risquer à financer un journal d’opposition, et les tirages étant passé de 50 000 à 4 000 exemplaires.

Can Dündar : « Les cimetières et les tribunaux sont les deux lieux les plus visités par les journalistes turcs. »

Depuis 2014, le début de la présidence d’Erdogan, la dérive autoritaire du pouvoir en Turquie est actée, et c’est après la tentative de putsh de la nuit du 15 au 16 juillet 2016 que letournant répressif s’est véritablement renforcé. Cela a permis à Erdogan de mettre en place un état d’exception et d’ouvrir la voie à des purges massives de tous ses opposants. Une semaine après, 150 000 travailleurs de la fonction publique perdaient leur emploi, étaient suspendu de leurs fonctions, ou emprisonnés. On ne compte plus les mises en détention arbitraires. Ce sont 8 membres d’Amnesty International, dont la directrice en Turquie qui ont été arrêtés début juillet. Ou encore 72 universitaires qui se sont vus incarcérés pour les mêmes motifs : refus de se soumettre à l’autorité du régime qui s’acharne à détruire toute forme de pluralisme, par la voie de la répression armée et d’une domination idéologique.

Un rapport de Reporters sans frontières, paru ce 20 juillet faisait état de l’agonie du journalisme indépendant sous Erdogan. La Turquie est 155esur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse avec un recours systématique à la détention provisoire : plus de 100 journalistes sont emprisonnés et isolés. Avec d’autres moyens de censure utilisés : carte de presse annulés, retraits de passeport… Et près de 150 médias ont fermé. Pour faire bonne figure auprès de ses partenaires économiques, notamment l’Union Européenne, une Commission de recours, qui commence tout juste à opérer, a été mise en place par le régime pour étudier les recours des associations, médias et fondations supprimés par le régime, et les quelques 200 000 personnes ayant subies des sanctions administratives. Sur sept membres, cinq ont été nommés par l’exécutif.




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