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Monde

Contradictions au sein de la droite européenne

Orban, lâché par ses alliés, est sanctionné au parlement européen

Le parlement européen a voté cette semaine contre la Hongrie l'activation de l'article 7 du traité de l'Union Européenne. L'activation de cette résolution est prévue face un pays qui commet "une violation grave et persistante" des "valeurs de l'UE". Les tensions couvaient depuis plusieurs mois déjà au sein du parlement européen, la Hongrie dirigée par Orban avançant vers un régime de plus en plus autoritaire, multipliant les limitations à l'égard de la liberté de la presse et menant une politique de stigmatisation et d'accusation systématique des migrants.

L’article 7 : une sanction politique contre Orban

Si l’article 7 est activé par le parlement européen, c’est le conseil européen, composé par les états membres de l’UE, qui doit voter à l’unanimité, la validation de cette mesure et décider des sanctions à appliquer, et qui pourraient aller jusqu’à retirer à la Hongrie son droit de vote. Cette mesure avait déjà été employée contre la Pologne il y a quelques mois, et la Hongrie s’y était opposée, bloquant ainsi la procédure. Aussi, en plus d’être une procédure longue et complexe, il est vraisemblable que la Pologne s’oppose à toute sanction et empêche ainsi d’atteindre l’unanimité requise.

En réalité donc, cette sanction est plus politique qu’économique, elle vise principalement à rappeler Orban à l’ordre alors que celui-ci se place en chef de file de la droite et de l’extrême-droite xénophobes en Europe, multipliant les rapprochements avec le Ministre de l’intérieur italien Salvini ou le chancelier autrichien Sebastian Kurz. Toutefois, cette sanction révèle aussi des contradictions au sein du bloc majoritaire au sein du parlement européen, le Parti Populaire Européen – PPE – et qui compte dans ses rangs des partis comme celui d’Angela Merkel ou celui d’Orban.

Orban lâché par ses alliés : les contradictions de la droite européenne

Le cas Orban est révélateur des contradictions d’une partie de la droite européenne. En effet, si Orban est pour le moment encore membre de la coalition de droite majoritaire au parlement européen, le PPE, les membres de la coalition sont tiraillés dans la réaction à adopter vis-à-vis de de ce dernier. Car jusque là, le PPE avait tenté de temporiser et de maintenir Orban sous son orbite. Toutefois, la dynamique des rapports de force en Europe fait de plus en plus pencher le centre de gravité de l’UE vers la droite – et même l’extrême-droite - de l’échiquier politique, à tel point qu’Orban pouvait se targuer de représenter le « futur de l’Union Européenne. » Face à cette prise de confiance, le revirement du PPE a été décisif dans le vote de sanction contre la Hongrie.

A ce titre, c’est moins pour des raisons humanitaires que pour des raisons politiques que le PPE, qui compte dans ses rangs le parti d’Angela Merkel, est obligé de réagir et rappeler Orban à l’ordre. En effet, laisser ce dernier n’en faire qu’à sa guise c’est prendre le risque de le voir se poser en homme fort de la droite xénophobe européenne et bafouer ouvertement les décision de l’UE, notamment en termes de politiques migratoire.

En même temps, le PPE ne peut pas purement et simplement se débarrasser de ce dernier et l’éjecter de la coalition : à l’approche des élections européenne le parti d’Orban devrait sortir renforcé, et ainsi renforcer mécaniquement la coalition du PPE au parlement européen. Pour le PPE, se priver d’Orban c’est prendre le risque de perdre la majorité ou du moins de s’affaiblir dans un contexte de montée de l’extrême-droite en Europe.

Comme l’écrit France Soir : « Ces tiraillements ont été illustrés par la dispersion du vote des eurodéputés du Parti populaire européen (PPE) mercredi – 115 pour le texte hostile à Budapest, 57 contre, 28 abstentions –, auxquels l’Allemand Manfred Weber, leur chef de file, n’avait pas donné de consigne de vote, même s’il a personnellement voté pour. »

Ces revirements sont l’expression, au sein d’une frange de la bourgeoisie européenne, de divergences sur la solution à adopter pour résoudre la crise sociale qui s’exprime à l’échelle de l’Europe pour le moment par l’effondrement des partis du « centre » comme celui du PPE, au bénéfice des partis d’extrême-droite qui capitalisent sur la situation dramatique des migrants en les posant comme bouc-émissaires, attisant la haine xénophobe pour mobiliser leurs électeurs.

Macron chef de file des progressites ? Un pari risqué

Ce sont sur ces contradictions précisément que Macron essaie de miser, en se
présentant comme le chef de file des « progressistes » européens face aux « populistes » d’extrême-droite incarnés par Salvini et Orban.

Pour cela, Macron n’hésite pas à appuyer sur les contradictions du PPE, faisant le pari qu’une frange se détachera et se rangera derrière lui aux élections européennes. Comme le résume un édito paru dans l’Opinion : Emmanuel Macron défend l’émergence, en mai prochain, d’un « réformisme européen ». Il appelle pour cela à une clarification au sein des deux grandes familles politiques qui dominent aujourd’hui le Parlement européen, le Parti populaire européen (le PPE, qui va des chrétiens-démocrates d’Angela Merkel au parti nationaliste de Viktor Orban) et le Parti socialiste européen (le PSE, qui réunit les socialistes et sociaux-démocrates d’Europe). « La frontière véritable qui traverse l’Europe est celle aujourd’hui qui sépare les progressistes des nationalistes »

Mais le pari électoral de Macron pourrait devenir un véritable retour de flammes en cas d’échec. Car force est de constater que pour le moment, au niveau européen, ce dernier reste les mains vides : pas d’accord sur le Brexit tandis que Merkel refuse toute proposition faite par Macron pour un budget de la zone euro. De manière générale, Macron est de plus en plus isolé au niveau européen, et cet isolement prend une dimension dramatique pour lui à l’approche des européennes.

Qui plus est, en termes de politique migratoire, Macron n’a rien à envier à un Orban ou un Salvini. Sur ce point d’ailleurs, le ministre de l’intérieur italien a même déclaré il y a quelques mois : « Macron est en train de faire en partie ce que je compte faire ».

Macron, Salivni et Orban : meilleurs ennemis... de la classe ouvrière 

Comme l’écrit Trotsky dans « Où va la France » : « la politique extérieure est la continuation de la politique intérieure. ». A ce titre, la parade européenne de Macron vise surtout à remobiliser sa propre base sociale, qui s’effrite de plus en plus, sur la gauche comme sur la droite : son objectif est ainsi de rejouer le scénario du second tour de la présidentielle de 2017 en se présentant comme l’ultime barrage aux forces de l’extrême-droite en Europe.

Plus fondamentalement, c’est ce chantage de Macron qu’il s’agit de refuser. A l’inverse, seule une alternative internationaliste des travailleurs et de la jeunesse, est en mesure de proposer une solution réellement progressiste face à l’austérité de Bruxelles d’une part, et le repli national (de droite ou soi-disant de gauche), d’autre part, une alternative anticapitaliste et révolutionnaire : les États-Unis socialistes d’Europe.




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