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Notre classe

Interview de Mathieu, militant SUD Rail à Strasbourg

Ordonnances et ouverture à la concurrence à la SNCF : « Même le meilleur des tracts ne pouvait pas suffire à expliquer la gravité de la situation et l’urgence à agir »

Face aux attaques en règle contre les cheminots et contre l’ensemble de salariés mises en place par le gouvernement Macron et ses ordonnances, quelques cheminots de Strasbourg, appuyés par le syndicat SUD Rail, ont décidé de ne pas rester les bras croisés. Des réunions d’information, de discussion et d’échange avec les collègues sont organisées dans la Région Grand-Est. L’objectif est celui de sensibiliser les cheminots, et surtout commencer à s’organiser et à se battre pour ne pas laisser tous les acquis être laminés par les attaques du gouvernement et de la direction de la SNCF.

Révolution Permanente : Quelle est la situation de la SNCF dans la région Grand-Est actuellement ?   

Mathieu : La convention TER signée entre la Région et la SNCF prévoit que 10% de notre charge soit ouvert à la concurrence dès 2019. Ces 10%, en kilomètres train, compte tenu de la taille énorme de la Région Grand-Est (Alsace, Champagne-Ardenne, Lorraine), sont une véritable menace pour tous les bassins d’emploi de la région. En effet, la présentation des "portefeuilles cohérents" imaginés par la Direction, montrait que les mises en appel d’offre se feraient sur des bassins d’emploi complets. Pour exemple, Mulhouse, mon dépôt, malgré toutes les lignes hyper cadencées que nous parcourons, ne représente que 7% des kilomètres train de la région. Il fait donc partie dans son intégralité des portefeuilles cohérents... c’est le lot numéro 5. 

RP : Souvent on nous dit que les cheminots ne sont pas concernés par les ordonnances du gouvernement Macron, tu en penses quoi ? Quel est le sentiment des collègues ?

Mathieu : Mon avis c’est que les ordonnances détruisent tellement le droit social et installent une telle précarité dans notre société, que personne, de notre classe, ne devrait se sentir à l’abri.
Mais plus directement, les ordonnances dans le cadre de l’ouverture à la concurrence permettront de licencier pour faute les agents qui refuseront les transferts de personnel. Elles permettront au PDG Guillaume Pepy (et aux Directeurs d’établissement, DET, en local) de modifier l’ensemble des règles qui régissent notre entreprise (congés, salaires, horaires, etc.) sans même se soucier de l’accord de branche, tout ça sous prétexte de résister à une concurrence, épouvantail qui n’existe que dans ce but. Enfin la fusion des instances représentatives du personnel (Comité d’Entreprise, Délégués du Personnel, CHSCT) et la suppression des outils tels que le droit d’alerte, les demandes d’expertises ou l’obligation de résultat pour les DET en matière de sécurité du personnel, sont une catastrophe pour l’efficacité de notre action syndicale. Un nombre effroyable de barrières vont sauter et les premières victimes seront les agents.

RP : Pourquoi avez-vous décidé, avec les camarades du syndicat SUD Rail Strasbourg, d’organiser des réunions d’information pour les collègues ? Quels sont les premiers retours ?

Mathieu  : On a rapidement compris qu’il n’était plus possible d’empêcher l’ouverture à la concurrence. L’an dernier la signature de l’accord d’entreprise par certaines organisations syndicales a permis de porter le dernier coup de massue sur un édifice que la SNCF et le gouvernement ont mis des années à détruire. Mais nous ne sommes pas résignés. On continuera à lutter contre la casse de nos métiers et de notre réglementation, grâce à la solidarité des travailleurs du rail, quelle que soit leur entreprise. Et c’est dans cet esprit de résistance que les ordonnances nous sont apparues comme le premier obstacle à abattre.
Même le meilleur des tracts ne pouvait pas suffire à expliquer aux collègues la gravité de la situation et l’urgence à agir. Nous avons donc décidé d’organiser une réunion sans étiquette syndicale, inter-services, ouverte à tous et l’invitation a été diffusée largement sur les réseaux sociaux et lors des permanences (elles aussi composées de syndiqués divers et d’agents de plusieurs services). 
L’accueil a été bon et c’est plus d’une soixantaine de collègues sur les deux réunions de Mulhouse et Strasbourg qui ont pu s’informer et échanger. Un vrai coup de massue pour certains et de grosses difficultés à sortir de la résignation pour beaucoup. Mais nous n’avons pas dit notre dernier mot. Nous allons continuer à informer et à préparer la suite.

RP : Quels sont les prochains rendez-vous ?

Mathieu : Le 7 novembre on remet ça sur Strasbourg, des élus de Metz-Nancy doivent participer à la réunion pour s’inscrire dans une démarche collective sur la grande région. Un représentant de la Fédération SUD-Rail viendra donner un point de vue national. Nous allons inviter tous les délégués des autres syndicats de la Région à participer. Le but n’est pas de mettre SUD-Rail en avant, bien au contraire. Les cheminots doivent se sentir tous concernés et comprendre qu’ils sont les seuls à pouvoir se défendre eux-mêmes, avec notre soutien.
Nous comptons proposer des pistes de défense, avec notamment un pacte de solidarité appuyé par une pétition en ligne que nous ferions signer massivement pour promettre l’aide et le soutien à ceux qui lutteront dès 2019, dans les filiales ou dans le privé, pour conserver leurs droits. L’entrée de la concurrence ne se fera pas en douceur si le principe de base est de casser du cheminot !!!
Nous sensibiliserons aussi sur la nécessité absolue de rejoindre les actions menées à la mi-novembre contre les ordonnances.
Du collectif, de la détermination et de la solidarité, les seules armes qu’aucune loi ne saurait nous retirer.




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