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Les flics, les juges et la droite n’auront pas raison de la lutte

PepsiCo Argentine. Chronique d’une bataille exemplaire contre la répression et les licenciements

Après une forte résistance qui s’est échelonnée sur plusieurs heures, les travailleurs et les travailleuses en lutte ont ratifié que le combat continue. Chronique d’une journée de lutte exemplaire qui est déjà un emblème de la bataille contre les licenciements en Argentine.

Après la veillée d’armes des travailleurs, les forces de sécurité, avec à leur tête la gendarmerie nationale et la police de la province de Buenos Aires, se sont lancées à l’assaut de l’usine et contre les grévistes et les organisations qui se trouvaient à leurs côtés.

La résistance des travailleurs a été exemplaire. Ils s’opposaient à l’ordonnance d’expulsion illégale qui avait été dictée par le gouvernement qui soutient la multinationale nord-américaine. L’opération de police, retransmise en direct par La Izquierda Diario puis par les principales chaînes de télévision nationale a commencé à 3h30 du matin, avec une énorme nasse mise en place autour du quartier où se trouve le site de production. Les travailleurs y ont répondu par cinq piquets organisés avec les militants et les habitants du quartier, solidaires, qui s’étaient rendus devant les grilles de l’usine dès que la menace d’expulsion s’était précisée.

C’est donc la gendarmerie nationale qui a ouvert le passage pour que la police de la province de Buenos Aires puisse commencer à réprimer à sa guise, à partir de 8h du matin. Les charges répétées de la police se sont opérées à coups de balles en caoutchouc mais n’ont pas réussi à entamer le moral des travailleurs qui ont continué à résister à l’intérieur du site de production puis sur les toits.

L’appui de la population aux travailleurs a été énorme. Aux côtés des organisations solidaires, les habitants du quartier ont appuyé les travailleurs pourchassés, en ouvrant leur maison. Des centaines de milliers de téléspectateurs ont suivi en direct la répression et ont manifesté leur sympathie et leur soutien sur les réseaux sociaux vis-à-vis des travailleurs de PepsiCo qui se sont transformés en un exemple de lutte contre les licenciements et contre l’austérité du gouvernement Macri.

Dans une usine où la plupart des salariées sont des femmes qui ont souvent, seules, des enfants ou une famille à charge, le slogan le plus repris au cours de la matinée a été : « tu peux avoir honte, Vidal [nom de la gouverneure de droite de la province de Buenos Aires], tu réprimes des ouvrières qui défendent leur gagne-pain ! »

Après 10h du matin, le dernier carré de résistant-e-s se trouvait sur le toit principal de l’usine où ils avaient été contraints de monter pour échapper aux charges policières. Ils ont décidé de redescendre après que toutes les garanties leur ont été données, notamment en raison de la présence de plusieurs élus provinciaux et nationaux, comme Nicolás del Caño, Myriam Bregman et Christian Castillo (FIT) ainsi que Luis Zamora (AyL) qu’ils ne seraient pas interpellés. La police a tout de même procédé à la destruction d’une conduite de gaz pour les mettre en danger et les contraindre à descendre avant l’arrivée des élus d’extrême gauche et de gauche radicale.

A leur sortie de l’usine, les ouvriers ont parlé aux caméras, en réitérant leur détermination à résister et à s’opposer au gouvernement, au patronat et à la bureaucratie syndicale du syndicat de l’alimentation qui veut maintenir l’isolement de leur lutte. Camilo Mones, délégué ouvrier, a ainsi lancé qu’ils allaient « se battre jusqu’au bout et poursuivre leur combat ». L’usine n’est plus occupée par les ouvriers, mais le plan de lutte des grévistes continue à être la défense des emplois.

Au cours de cette matinée de résistance, plusieurs slogans ont également été lancés en direction de la CGT, exigeant de la centrale syndicale une grève générale de solidarité, et ce alors que ce sont plusieurs dizaines de milliers de travailleurs qui sont concernés, en Argentine, par les plans de licenciements. La bureaucratie syndicale poursuit dans sa trêve avec le gouvernement et le principal responsable syndical national de l’alimentation, Rodolfo Daer, a trahi la lutte des ouvriers de PepsiCo, fidèle à la position qui avait été la sienne au cours des luttes sous le gouvernement péroniste néo-libéral de Menem, dans les années 1990.

Plusieurs centaines d’étudiants et de travailleurs d’autres usines et entreprises étaient présents sur place dès mercredi soir au niveau des grilles de l’usine, de même que des militants d’organisation de défense des droits de l’Homme et de partis d’extrême gauche. Le contact s’est fait entre celles et ceux qui résistent de l’intérieur et ceux qui sont solidaires, à l’extérieur de l’usine.

La répression est fonctionnelle au positionnement absolument illégal de la multinationale américaine par rapport à la question de la fermeture de l’usine et des licenciements et a compté, bien entendu, sur l’appui du Pouvoir judiciaire et du gouvernement de droite de Mauricio Macri.

Trad. CT




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