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Société

Et l'entreprise n'a pris que 2000€ d'amende...

Perpignan. Une famille privée d’eau pendant 12 ans pour 200€ d’impayé

Le tribunal de grande instance de Nanterre a condamné la compagnie des eaux Saur à payer 2000 euros d'amende ainsi qu'à rétablir l'alimentation en eau courante d'une famille qui en était privée depuis 12 ans pour un impayé de 200€.

L’histoire remonte à 2005. Pour un impayé de 200 euros, une mère et son fils vivant à Perpignan voient leur alimentation en eau courante interrompue par leur fournisseur, la compagnie Saur. A l’époque, cette coupure d’eau est légalement admise et il est donc impossible de la contester. Privée d’eau et bien obligée de faire vivre sa famille, la femme s’approvisionne dans des fontaines publiques à l’aide de jerrycans de 8L et finit par avoir recours à un branchement sauvage pour pouvoir assurer les tâches du quotidien. Une situation qui va perdurer 12 ans.

En 2013, la loi Brottes entre en vigueur, rendant illégales les coupures d’eau pour impayés. Cette même année, la compagnie des eaux constate, par le biais d’un agent, le branchement sauvage et décide de porter plainte pour « vol » d’eau. La plainte est déposée en 2016, après constat d’un huissier. Selon France Info, plusieurs demandes de rétablissement de l’eau courante ont été faites par cette jeune femme depuis 2013, notamment via la fondation France Libertés, mais toutes ont été refusées par la compagnie au motif que le droit du contrat prévalait.
Le 11 janvier, la jeune femme est donc condamnée en première instance à trois mois de prison avec sursis pour vol d’eau et acte de destruction, dégradation ou détérioration des équipements de Saur et à 5000 euros d’amende. Quatre jours plus tard, la compagnie d’eau est elle aussi condamnée par le tribunal de grande instance de Nanterre à rétablir l’eau courante chez la femme et à payer 2000 euros aux associations intervenues sur ce dossier. 2000 euros, voici la valeur estimée de la dignité humaine, la somme qui justifie que l’on vous prive de nécessités aussi basiques que celles de boire, manger ou vous laver.

Réductions de débits, coupures d’eau... Malgré l’interdiction, les compagnies d’eau multiplient ces pratiques. Depuis Septembre 2014, Veolia a été condamnée une dizaine de fois et Saur quatre fois. Mais les condamnations, souvent ridicules par rapport à des chiffres d’affaire qui se comptent en milliards, n’arrivent guère à persuader ces compagnies de mettre un terme à ces agissements inhumains. Sur son site Internet, Saur se défend et rapporte, non sans une pointe de fierté, que la demande de dommages et intérêts de 52 500 euros réclamée par la plaignante privée d’eau pendant 12 ans a été refusée, preuve irréfutable selon eux qu’elle a bien eu accès à l’eau durant cette période. Il aurait donc fallu, selon eux et selon le tribunal, que cette femme accepte sans rechigner de perdre sa dignité et aille docilement courir les fontaines des villages voisins pour se fournir en eau. Tout, pourvu qu’elle ne détourne pas l’eau de la société. Face aux intérêts privés, vos vies et vos besoins vitaux n’ont que peu de valeur. Voilà le discours servi aux travailleurs, et notamment aux plus précaires, par la classe dominante et ses institutions.