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Politique

Stigmatisation

Plus de matraques et de tasers. Les candidats à la présidentielle contre les jeunes du 93

Mardi, la police a raflé aux abords du lycée Suger à la suite de l’évacuation de l’établissement ordonnée par l’administration après une intrusion violente dans l’enceinte du lycée. A droite comme à gauche, personne ne s’est retenu pour taper dans le tas, condamner en bloc les jeunes et mettre en avant le sérieux des policiers. Sur fond de compétition électorale, tout le monde s’est adonné à la surenchère. Elsa Darin et Corinne Rozenn

En chute libre dans les sondages, François Fillon s’est engouffré dans la brèche et, fort du soutien des franges les plus réactionnaires de son électorat, a dénoncé sur Twitter « une véritable émeute suivie d’une guérilla urbaine dans les rues ». Malgré sa délégitimation totale et sa mise en examen il réaffirme sa volonté d’établir la majorité pénale à 16 ans. Autrement dit : pouvoir jeter en prison les plus jeunes et écraser toute tentative de mobilisation.
Cette offensive ultra-répressive à l’encontre des jeunes est appuyée par Valérie Pécresse, présidente LR de la région Ile-de-France qui, dans un communiqué de presse, revendique l’obtention depuis janvier 2016 de 15 millions d’euros pour assurer la « sécurisation » des lycées (caméras de surveillance, dispositif anti-intrusion, renforcement du sas d’entrée, etc). Des moyens, il en faut, mais pour les personnels et la formation. A la rentrée 2016, déjà, les personnels du lycée Suger avaient fait grève pour dénoncer le manque criant de moyens dans l’établissement. A l’opposé de cette réalité, Mme Pécresse porte plainte contre les lycéens et demande « au ministre de l’Intérieur de protéger les abords des lycées franciliens ».
Sur ce terrain, Marine Le Pen n’est évidemment pas en reste. Après s’être immédiatement positionnée du côté des policiers au lendemain du viol de Théo, elle fait aujourd’hui d’une pierre deux coups, reprochant au gouvernement sa « réaction minimale » et défendant son programme : la suppression du versement des aides sociales aux parents des « mineurs récidivistes ». Cette mesure réactionnaire, qui stigmatise les populations, non seulement les plus précaires, mais aussi celles qui subissent au premier chef le racisme de la police, est proposée comme une réponse au « laxisme » du premier ministre. Celui-ci serait « trop occupé à faire campagne contre (sa) candidature pour se soucier de ce qui se produit dans le pays ». Elle a demandé un meilleur armement de la police dans les « zones que la République doit reconquérir ». Plus de matraques et de tasers, donc.
Bernard Cazeneuve a immédiatement riposté dans un communiqué par une mise en garde à l’égard de « ceux qui cherchent à exploiter ces violences à des fins électorales », estimant qu’ils n’ont « comme objectif ni la justice ni l’ordre, mais au contraire de provoquer et d’entretenir le désordre ». Il s’empresse toutefois d’assurer, au cas où nous pourrions en douter, que le gouvernement fera preuve « d’une fermeté totale à l’égard de ceux qui s’en prennent à l’ordre public ». Cazeneuve... le premier à exploiter ces violences à des fins électorales en faisant du anti-FN à bon compte.




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