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Politique

De 45 à 90 jours d’inhumanité

Le temps de rétention des réfugiés en attente d’expulsion va passer à trois mois

Trois mois : c’est le temps que pourront désormais passer les réfugiés en attente d’expulsion en rétention administrative, contre 45 jours auparavant. Un nouveau coup de barre à droite pour un gouvernement qui assume de façon de plus en plus décomplexée son racisme.

Crédits photos : Alexandre GELEBART/REA

En termes de migrations, Emmanuel Macron et son gouvernement, malgré sa tentative d’apparaître comme un « renouveau politique », ne change ni la politique des précédents quinquennats ni les façon de les présenter. Ainsi, la nouvelle mesure envisagée par le gouvernement commence par dire que « pour lutter contre l’immigration », il faut « allonger la durée de rétention des étrangers en attente d’expulsion ». Evidemment, c’est sans complexe que le gouvernement annonce qu’il va séquestrer comme ça, parce que ça l’enchante bien, des humains durant 90 jours. Si le retour à la frontière ou au pays d’origine est déjà un acte monstrueux en-soi, déconnecté de toute compréhension de la souffrance de ces réfugiés qui fuient des guerres dans lesquelles la France est souvent impliquée, la séquestration comme solution est la démonstration définitive que le « progressisme » du gouvernement s’arrête bien aux discours électoraux quand il faut prendre des mesures pour faire des appels du pied à la droite.

Pour justifier cette mesure, le gouvernement prétend vouloir s’aligner sur ses voisins européens puisque la France serait « dans la fourchette basse de la moyenne européenne », concernant le nombre de jours de détention avant expulsion. Les communicants de Matignon ont ainsi pris comme exemple le voisin allemand comme pour minimiser l’impact de 90 jours de détention puisque à côté ils prévoyaient un délai de 180 jours : le concours de la politique la plus raciste est lancé.

La mesure a surtout pour but de séduire la droite en décomposition et cherche à légitimer un gouvernement peu stable en attaquant à coups de mesures réactionnaires. La proposition qui serait mise en oeuvre début 2018 aurait pour vocation à « expulser plus efficacement ». Seulement la manoeuvre de séduction côté droite prend peu puisque François-Noël Buffet, sénateur Les Républicains qui avait fait passer la durée maximale de 32 à 45 jours de détention de ces clandestins illégaux en 2011, ne se dit lui-même pas convaincu de cette proposition d’allongement du délai à 90 jours.

Pour ces migrants venus chercher refuge dans un « pays des droits de l’Homme » qui se targue de ses valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, le gouvernement Macron réaffirme haut et fort que cette devise doit rester dans livres d’Éducation civique et s’arrêter aux portes des centres administratifs de rétention. Après les petites phrases du président qui s’amusait sur le sort des Comoriens morts dans l’océan Indien en tentant de rejoindre Mayotte, cette nouvelle mesure montre le racisme décomplexé de l’exécutif.

Face à un Etat raciste qui refoule hors de ses frontières tous les réfugiés des guerres qu’il a causé, il faut voir que les quelques cas de résistances et de solidarité sont de surcroît durement réprimées. C’est le cas par exemple de Cédric Herrou, qui a fait pas plus tard qu’hier son 8ème séjour en garde à vue. Face à ces situations dramatiques, de nombreux militants, comme ceux de la Roya Citoyenne (l’association fondée par Cédric Herrou), les collectifs de migrants ou encore le NPA, se battent pour imposer l’ouverture des frontières, la liberté de circulation et d’installation comme seule réponse digne à la « crise des migrants ».




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