Société

Témoignage d’une scène de violence ordinaire

Que fait la police ? Elle menace les petites filles !

Publié le 29 juin 2016

Nous relayons ici le témoignage de Charlotte qui a été témoin d’une scène de violence ordinaire de la part de la police de Marseille ;

Aujourd’hui dans le centre-ville de Marseille, j’ai assisté à une scène d’humiliation de la part de la police envers deux personnes sans-abris. J’ai écrit ce billet pour témoigner des faits et partager mon indignation.

Marseille, mardi 28 juin. Jour de grève et manifestation nationale. Je descends la Canebière pour rejoindre les drapeaux. Je suis seule. Comme à l’accoutumé, la police est de sortie. Arrestation de manifestants ? Pas cette fois-ci. Une femme et une petite fille – que j’identifie comme appartenant à la communauté rom – sont la cible de quatre policiers à vélo. La scène se passe à l’entrée de la boutique André où elles font les manches, installées sur des morceaux de carton. Je crois que les policiers leur demande de partir. La petite, qui visiblement ne comprend pas bien le français, répète mécaniquement : « Vous n’auriez pas 50 centimes s’il vous plaît ? » Emue, je m’arrête un instant. C’est là que j’entends un des quatre policiers lui répondre : « 50 centimes ? C’est des coups de pied dans la bouche qu’on va te donner oui ! ». Outrée, je me rapproche. Le type ajoute : « Vous avez-vu les gars, elle ne prend pas en dessous de 50 centimes ! » Et ses collègues rigolent en cœur. Dégoutée je réagis : « Vous ne trouvez pas que c’est complétement déplacé vos blagues là ? ». Il me répond : « Et vous, vous trouvez pas ça complètement déplacé de faire la manche alors qu’un arrêté municipal l’interdit ? Allez, circulez, on vous a assez vu ». Tremblante de rage, je poursuis mon chemin. La femme et la fille sont en train de bouger aussi. Après quelques pas, j’éclate en sanglots. Faire la manche c’est déplacé, il se moque de qui ? Il pense franchement que cette petite fille fait la manche par provocation ? Pour braver l’interdit ? 
Je me sens tellement impuissante. Que fallait-il faire ? Comment empêcher ce sale mec de menacer et d’humilier une petite fille sous mes yeux sans me retrouver au poste ?

Quand le cortège est passé devant la boutique André, j’ai revu la femme et la petite fille. Elles s’étaient réinstallées exactement au même endroit : à l’entrée de la boutique André, sur des morceaux de carton. Elles partageaient un sandwich de snack. J’ai alors réalisé que ce qui m’avait bouleversée une heure plus tôt était pour elles tout à fait banal : les roms sans-abris se font sans cesse expulser des lieux qu’ils occupent. 
Pauvreté, mal logement, racisme, humiliation policière (dans ce cas clairement sexiste), je refuse qu’une telle réalité puisse être banale dans le quotidien d’une personne, qui plus est d’une petite fille.

Charlotte, une maîtresse d’école en colère.