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Politique

Paradise papers

Quel est le point commun entre Nike, la reine d’Angleterre et Vladimir Poutine ?

Les premiers noms de personnalités et de grands groupes capitalistes commencent à tomber suite aux révélations des paradise papers. Depuis la reine d'Angleterre et Poutine jusqu'à Apple et Nike, c'est un seul et même système d'évasion fiscale international qui se dévoile devant nos yeux et nous fait voir en face le vrai visage du capitalisme.

Les Echos dénoncent un véritable « name bashing » à propos des révélations des paradise papers et une confusion entre optimisation fiscale, fraude fiscale et évasion fiscale qui mélangerait des pratiques accomplies « dans leur bon droit » car légalement permises et des actes illégaux. Nous y voyons au contraire une mise à nue des rouages du capitalisme. N’en déplaise au journal qui fait quotidiennement l’apologie de l’entreprise et du Medef, l’opinion publique ne s’y trompe pas quand elle s’offusque des sommes astronomiques qui échappent à l’impôt dans les paradis fiscaux, véritables relais du capitalisme depuis plus d’un siècle.

« Ce qui caractérise le capitalisme actuel, où règnent les monopoles, c’est l’exportation des capitaux », analysait déjà Lénine en sont temps. Et force est de reconnaître que la réalité n’a pas changé. Dominique Plihon, économiste et membre d’Attac, constate la complicité des États qui ne luttent pas activement contre les paradis fiscaux puisque « l’optimisation fiscale est inhérente au capitalisme et à la globalisation financière ». Ainsi, les grands groupes exportent toujours leurs capitaux pour optimiser leurs profits. Mais que l’optimisation fiscale soit une disposition légale dans quasiment tous les pays ne change rien à l’affaire : il n’en reste pas moins que chaque année des sommes considérables sont accaparés par ces moyens.

Sur la liste des entreprises ayant eu recours à cette optimisation fiscale si généreusement permise par les Bahamas, Malte et d’autres paradis fiscaux, on compte entre autres Apple et Nike. Le groupe à la pomme a ainsi eu recours à l’île de Jersey pour réduire ses impôts depuis qu’il ne peut plus pratiquer ce type d’opération en Irlande. À la clé : près de « 128 milliards de dollars de profits offshore » selon le New York Times. Le groupe Nike s’est livré à des manœuvres similaires aux Bermudes qui lui ont permis de récupérer près de 12 milliards de dollars de bénéfice en réduisant drastiquement ses impôts.

Mais les personnalités politiques ne sont pas en reste en ce qui concerne les relations troubles avec les paradis fiscaux. Le Consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ) pointe en particulier les placements de la reine Elizabeth II aux îles Caïman et aux Bermudes. 11 millions d’euros de la couronne auraient ainsi été « optimisés » auprès de BrightHouse et de Threshers. Ces deux chaînes sont respectivement accusées d’abus des consommateurs et d’avoir mis au chômage 6000 personnes en plus de laisser un manque à gagner de 17,5 millions de livres au fisc anglais.

On peut aussi relever les relations troubles qu’entretient le ministre du commerce de Donald Trump, Wildbur Ross. Avec Navigator Holdings, il entretient ainsi des liens très étroits avec Sibur, une entreprise russe qui regroupe Guennadi Timchenko, un proche de Vladimir Poutine, et Kirill Shamalov, qui n’est autre que le gendre du président russe. Malgré, ces faits accablants, Wildbur Ross nie tout conflit d’intérêt...

La liste des compagnies et des personnalités politiques n’est pas exhaustive et de nombreuses révélations vont encore venir grossir le scandale des paradise papers. Mais, en tout état de cause, cet aperçu nous donne déjà suffisamment à voir pour comprendre que le capitalisme n’est pas réformable. Les lois protègent, encadrent et même favorisent de telles pratiques. Aucune mesure, toujours partielle, n’est à même de moraliser un système qui ne le sera jamais. C’est donc contre la corruption structurelle du capitalisme qu’il faut lutter -. Après les Panama papers, les paradise papers nous en donnent encore une fois la preuve.

Crédits photo : © AP Photo/ Andrew Matthews




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